DÉLIRE MÉLANCOLIQUE AVEC LÉSION VISCÉRALE
Nous la trouvons en proie au délire mélancolique signalé par les certificats de la préfecture et de Sainte-Anne; elle demande ce qu'elle a fait et a l'air d'avoir peur; elle dit qu'elle voit des choses qui l'effrayent, et qu'elle entend des cris dont elle ne peut pas préciser la nature; ce ne sont pas des flammes, ni du feu, ni des fantômes, ni des personnes connues qu'elle aperçoit dans ces hallucinations, il lui est impossible de dire ce qui l'effraye ainsi.
Les autres sens sont intacts : le poivre est reconnu à l'odorat.
Il n'y a pas d'ataxie de la langue ni des lèvres, ni de tremblement des mains. Li parole est lente, mais parfaitement nette; les pupilles sont égales; la pression de la colonne vertébrale ne provoque aucune douleur; la marche est facile; le cœur et les poumons sont sains. Les jours qui suivent son entrée, elle se plaignit de douleurs d'estomac, disant qu'elle était bien malade, et qu'elle l'était depuis deux mois, qu'elle avait une souris qui lui rongeait l'estomac. Il n'a jamais été nécessaire d'employer la sonde œsophagienne, mais ce n'était qu'à force d'instances que les infirmières parvenaient à lui faire prendre un peu de nourriture.
Nous eûmes enfin recours au traitement antispasmodique, sitôt que la malade nous parut en état de le supporter, et les injections de morphine furent commencées à très petites doses, le 28 octobre, c'est-à-dire un mois et demi après l'entrée. Cette médication n'eut pas un résultat bien avantageux, et comme le mois suivant la malade continuait à accuser des douleurs épigastriques, on lui appliqua un vésicatoire sur l'abdomen, dans l'idée qu'elle pourrait bien avoir une gastrite, expliquant la persistance qu'elle mettait à refuser l'alimentation (novembre 187G) ; on la mit en même temps à la diète lactée.
Le 25 novembre, cette femme gagna une pneumonie à droite, pneumonie franche indiquée par tous les signes classiques. Sous l'influence de cette maladie fébrile intercurrente, l'état mental s'améliora, la malade se mit à parler d'une façon raisonnable; elle se rendait parfaitement compte de son état. Malheureusement la pneumonie n'eut pas une résolution franche. Le 7 décembre, il y eut en outre une hématémèse : la malade vomit beaucoup de sang en caillots; elle en ressentit un affaiblissement considérable accompagné d'une soif vive, de fièvre ardente ; elle eut du melajna, garda presque jusqu'au dernier jour sa connaissance, n'eut aucune convulsion, aucune paralysie- Mais, le 8, l'haleine exhalait une odeur gangreneuse, et, le 11, la malade succomba.
Autopsie. — Pas d'eschares à la peau ni au sacrum. A la ptrtie la plus interne de la frontale ascendante droite, piqueté hémorrhagique avec suffusion ecchymolique entre k pie-mère et la substance corticale.
A la partie la plus postérieure du lobe occipital droit, ramollissement avec adhérences aux méninges, piqueté noir et suffusion hémorrhagique dans la méninge. Le lobule occipital est mou, se laisse déprimer; cette mollesse existe aussi au niveau delà frontale ascendante et de la partie la plus interne de la première pariétale droites ; au niveau du point de la méninge ecchymosée,il existe des adhérences entre la méninge et la substance corticale de la frontale ascendante et de la première pariétale dans un espace de 3 centimètres carrés, La substance corticale ainsi arrachée est rouge. Une coupe longitudinale, passant par ces circonvolutions, montre un ramollissement qui a 13 millimètres de haut en bas et 17 dans sa plus grande largeur, bordé par un pointillé rouge formé de percuis vasculaires.
La partie ainsi altérée occupe donc la substance grise des circonvolutions que nous venons de désigner et la substance blanche sous-jacente. Le ramollissement présente