‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 6 sur 207 · INSUFFISANCE DE CETTE CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE CETTE CLASSIFICATION

l'état de laquelle nous n'avons pas de renseignements. Vous suffîrat-il de dire que cette femme est atteinte du délire mélancolique? A vrai dire, il n'est pas besoin d'être médecin pour porter un pareil diagnostic. La première personne venue, en voyant cette malade avec son teint jaune, ses traits tirés, son apparence misérable, dira qu'elle est mélancolique. Le véritable médecin sera celui qui chercbera la cause de cet état pitoyable, qui saura découvrir que cette malade ressent des névralgies qui ont été la cause des hallucinations et des terreurs ; le véritable praticien sera celui qui fera disparaître ces douleurs et le délire consécutif. Chez la malade que je vous montre, nous y arriverons certainement au moyen de la morphine.

Voici encore l'observation d'une malade dont le délire mélancolique était en rapport avec une lésion viscéi'ale, soupçonnée pendant la vie et démontrée après la morL Cette observation est encore intéressante à d'autres titres. Vous verrez par elle combien il faut attacher d'importance à la recherche des troubles somatiques et des lésions viscérales, surtout quand les conceptions délirantes ont un certain caractère de ténacité.

Obs. I. — Cette femme, âgée de trente-deux ans, aliénée depuis quatre mois, avait ressenti, quelque temps avant de devenir aliénée, des douleurs très vives dans la région épigastrique; elle n'avait aucun accident pathologique, pas d'antécédents héréditaires au point de vue de l'aliénalion mentale. Mariée et mère de deu.x enfants, dont le dernier est âgé d'un an, celle femme menait une existence régulière, et rien chez elle ne faisait prévoir l'invasion de la folie. Elle n'avait pas de chagrins domestiques capables d'engendrer une perturbation dans ses facultés mentales.

Sa folie débuta brusquement en août 1876, pendant l'époque menstruelle. Un soir, son mari, rentrant à la maison, ne trouva pas le repas servi comme d'habitude, les aliments étaient préparés, mais sur un réchaud éte'nt. Le lendemain, M""' G... pleurait et jetait de hauts cris, elle disait qu'on voulait assassiner ses enfants ; or, un seul de ses enfants était avec elle, le plus jeune étant encore en nourrice. Pendant la nuit, elle se leva à plusieurs reprises pour aller voir son enfant, sous prétexte qu'elle l'entendait remuer. Les jours suivants, elle resta couchée, prétendant qu'elle se trouvait malade, mais sans donner plus de détails. Sa mère la prit chez elle, et, pendant quinze jours qu'elle resta avec sa mère, la malade s'occupa quelque peu du ménage, mais 'parlait peu et mangeait peu, et pleurait souvent, en disant : « ()u'est-ce qu'on veut me faire? Qu'est-ce que j'ai fait? On dit que j'ai volé, etc. »

En septembre, malgré l'emploi d'un vésicatoire à la nuque, l'état était le même. La malade avait une apparence craintive, les yeux toujours fixés au sol; elle mangeait pou, avait des idées de suicide; on dut la placer dans un asile d'aliénés, et elle entra à la Salpètrière le 8 septembre.

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