Sortie dans un étal nnMital à peu près normal
VOISIN. — Leçons cliniques. 17
258 FOLIE l'AH INTOXICATION.
Six autres malades, buveurs d'absinthe et autres liqueurs, présentaient au plus haut point le type abruti.
OBt^. \CI. — Alcoolisme chronique. — Abrutissement. — Lenteur de conception (les idées. — Phthisic pulmonaire. — Pneumonie secondaire. — Mort. — Autopsie. — Dégénérescence graisseuse du foie, du cœur, des reins. — Taches opalines arachnoïdiennes. — Abondante sérosité sous-arachnoidienne. — OEdème de la pie-mére. — Fermeté excessive da la pulpe cérébrale.
Au 11" 'J bis de la salle Saint-Jean-de-Dieu, à la Charité, est couché le nommé Dac..., cinquante-deux ans, terrassier, l'ère mort de vieillesse; mère morte d'une hernie.
Depuis l'âge de vingt-cinq ans, nombreux excès d'eau-de-vie en dehors des repas, il en a bu jusqu'à un demi-litre par jour, et s'enivre au moins une fois par semaine.
Depuis huit ans, tremblement des mains. Depuis cinq mois, douleurs abdominale et épigaslrique très vives, dégoût pour les aliments; diarrhée (selles noirâtres); toux. Recrudescence des douleurs il y a trois semaines; c'est pour cela qu'il entre à l'hôpital.
État actuel au moment de son entrée, le "19 juillet 18G4. — Air abruti au plus haut point. Le bout du nez est tout rouge; la couleur de la peau du corps est pâle. Le malade dit que nous sommes de[mis longtemps en août et ti'ouve étonnant que je lui pose des questions sur les dates. La conception des idées est très lente, et les réponses sont difliciles à obtenir et manquent de précision. Le malade peut à peine raconter les diverses phases de sa maladie. Insomnie; pas de cauchemars; douleur épigastrique La hauteur du foie dans la ligne mamillaire est de 13 centimètres. Tubercules [luimo naires au deuxième degré dans les deux sommets; point pneumonique à gauche, faiblesse musculaire considérable; tremblement des membres supérieurs, des lèvres Pouls mou ; bat 120 fois par minute.
Mort le 3 août.
Autopsie trente-six heures après la mort. — Maigreur considérable dans tout le corps. Très peu de graisse dans l'épiploon.
Foie. — Le foie aune teinte jaunâtre presque générale ; il est ramolli à son bord supérieur, On aperçoit à sa face antérieure des places complètement jaunâtres, et dans d'autres, la capsule de Glisson est tellement arboriséc que cela donne l'idée de plaques rouges. A la coupe, le tissu hépatique se présente dans tous ces points, et en particulier dans ceux correspondant à ces plaques rouges, dans un état exsangue; c'est à peine si quelques gouttes de sang sortent des vaisseaux.
Dans beaucoup d'endroits, la substance du foie est ramollie : la moindre pression du doigt l'écrase et la sépare en grumeaux. .\u microscope, pâleur notable du contour des cellules hépatiques, pâleur des noyaux de beaucoup de cellules, et présence d'une très grande quantité de gouttes d'huile.
Reins. — Le droit a 13 centimètres et demi de hauteur. Il est criblé de kystes, depuis le volume d'une noisette jusqu'à celui d'un pois. Tous sont situés soUs la capsule propre du rein, qui parait former une de leurs parois, tant elle est adhérente à la poche kystique. Le liquide contenu est séreux et un peu lilant; pas d'acéphaloCysleSi La capsule est partout épaissie, à peine transparente; après l'avoir détachée, la substance corticale apparaît parsemée de grains d'un blanc jaunâtre ; elle a, du
ALGOOl.ISME CIIIIONIQUH
reste, à la coupe, une (eiiito jaunâtre sur laquelle trauclieut iiotablenieiil des vaisseaux.
La substance tuhuleuse se présente avec sa couleur à peu près noriiiaie, et est aussi semée de quelques grains blancs très fins. Une portion de la substance corticale jaunâtre, portée sous le clianq) du niicroscope, offre : une gangue granuleuse jaunâtre abondante, de très nombreuses gouttes d'buile, et des cellules très pâles et jaunâtres.
Poitrine. — Tubercules pulmonaires crus au sonuuet du poumon gaucbe. Adhérences à la plèvre costale; un peu de sérosité dans le jiéricarde. Le cœur présente un aspect extérieur graisseux dans toute la face antérieure du ventricule droit; c'est à peine s'il existe un peu de graisse en arrière et à la face antérieure du ventricule gauche.
A la coupe, la paroi du ventricule gauche est formée d'un tissu un peu pâle, mais non graisseux, tandis que la paroi antérieure du ventricule droit est, dans une épaisseur de (l"',0l)"2 sur U"',(JOi, transformée en graisse, et i|ue, au bord liroit, l'épaisseur de la libi'e musculaire est réduite â 0™,00l.
Ue plus, en se rapprochant de la pointe, dans une étendue de Û"',03à 0"',Oi,la paroi musculaire du ventricule est réduite â 1/2 niillinièire au plus; le tissu graisseux est dans ces points serré, d'apparence granuh'M', et s'est évidemment substitué à la libre nmsculaire. .\u microscope, au milieu de la graisse, je retrouve quelques débris Irès pâles de libres musculaires. Dans le cœui-, ([uelques caillots rougeàtres adhèrent modérément aux valvules et aux colonnes.
Encéphale. — Beaucoup de sérosité sous-araclmoïdienne et dans l'épaisseur de la pie-mère, ainsi (|u'eulre elle et les circonvolutions; aussi les méninges sont-elles épaissies, tant par celte sérosité i|ue par la quantiti; de sang que renferment leurs vaisseaux congeslionnés. De plus, nombreuses taches opalines â la face viscérale. ly'in- Jection el l'épaississement des méninges existent presque uniquement à la surface convexe des hémisphères et à l'espace interpédonculaire.
Dans la plupart des sillons des circonvolutions, la sérosité est abondante; après avoir enlevé la pie-mère, ce qui est très facile, les sillons restent béants. Nulle part il n'y a d'adhérences entre la pie-mère et la substance grise. La substance grise et la substance blanche ont une fermeté remarquable par ces temps de grande chaleur (depuis un mois 25 à 39 degrés); elles résistent à la pression du doigt, et, trois jours après l'autopsie, elles avaient conservé ce même caractère, sans que je les eusse arrosées d'un liquide conservateur; elles étaient restées â l'air libre. Dans tous les points du cerveau, même fermeté. Un peu de piqueté dans la substance blanche centrale.
Ous. \CII. — Alcoolisme chronique. — Dijspepsie crtrème — Abrutissement. — Absence depuis vingt ans de désirs vénériens el de pollutions. — Foie volumineux
— Albuminurie chronique. — Caverne tuberculeuse. — Mort par pneumothorax.
— Abondante sérosité intra et sous-arachnoidienne. — Œdème de la pie-mère.
— Fermeté considérable de la pulpe cérébro-spinale. — Cirrhose des reins, du fuie. — Pas de lésions du testicule. — Ftat gras du ventricule droit du cœur.
Au n" 10 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, â la CJiarité, est couché le nommé iNepl..., cin(juante-six ans, chapelier.
Depuis trente ans, excès nombreux d'eau-de-vie; il lui est arrivé souvent de passer
FOLIE PAU INTOXICATION
lies semaines à ne boire que de l'eau-de-vie, à cause d'un dégoùl profond pour toute espèce d'aliments; fréquemment il s'enivre; le matin à jeun, avant tout travail, il boit de six à dix sous d'eau-de-vie; il convient que telle est la cause de sa maladie.
Il n'a pas remarqué que sa mémoire ait le moins du monde baissé; et il est de fait qu'il raconte avec une grande netteté l'histoire de quelques indispositions qu'il a eues et qui ont consisté en dyspepsie. Cependant l'intelligence est affaiblie dans sa généralité, ainsi que l'énergie morale, si l'on en juge par ce fait que depuis dix ans il gagne beaucoup moins par jour (quarante-huit sous) qu'autrefois. Son caracjére n'a pas changé.
Depuis vingt ans, absence de désirs vénériens et pas de pollutions nocturnes. Depuis douze ans, toux peu forte le matin. Jamais le malade n'a eu de delirium tremens, ni d'hallucinations. Il éprouve depuis longtemps du tremblement de la main. Depuis six mois, faiblesse des membres.
Les phénomènes pour lesquels il entre ont commencé, il y a cinq semaines, par de l'inappétence, du malaise à Tépigastre; puis est survenu rapidement un dégoût absolu pour le vin, la viande, l'eau-de-vie. Depuis vingt-cinq jours il n'a rien mangé d'autre que du lait. Il n"a eu ni vomissements, ni diarrhée, ni frissons, ni sueurs. Depuis vingt jours, il dort presque continuellement.
Etat actuel, le 21 mars. — Visage profondément hébété et abruti; tendance à la somnolence. Le bout du nez est très rouge et la peau y est irrégulière. Le malade raconte nettement son histoire; sa mémoire ne paraît pas diminuée; il sait bien les dates, le mois, le jour; compte bien; écrit son nom en tremblant. Symptômes de dyspepsie. Inappétence absolue. Impossibilité de rien manger autre que le lail. Hauteur du foie dans la ligne mamillaire, 20 centimètres; urine très albumineuse. Tremblement des mains; marche chancelante; hésitation. Facilité de le renverser en arrière. Sensibilité aux piqûres, aux pincements, très diminuée. Le toucher est très net; maigreur considérable. Peau rude, sèche, froide; 68 pulsations. Diminu. tion de sonorité, craquements, retentissement exagéré de la voix dans la fosse susépineuse droite.
Jusqu'au 5 avril, même état, même dyspepsie. Ce jour, signes de pneumo-thorax — Mort le 6 au matin.
Autopsie. — Caverne au sommet du poumon droit qui est refoulé dans la gouttière vertébrale. Fistule pulmonaire à travers une pellicule très mince qui servait de paroi à une cavité du volume d'une petite pomme. Plusieurs tubercules pulmonaires.
Encéphale. — Quantité considérable de sérosité intra et sous-arachnoïdienne cérébrale et spinale. ]>a sérosité sous-arachnoïdienne soulève en plusieurs points la séreuse de près de 0'",005; en d'autres, elle écarte les circonvolutions. Oidème de la pie-mère, qui est très injectée. A peine trois ou quatre plaques arachnoïdiennes blanches. Aucune adhérence entre la pie-mère et la substance corticale. La pulpe cérébro-spinale est d'une fermeté, d'une résistance remarquables au doigt; la protubérance et ,1a moelle sont, en particulier, très dures. Cirrhose du foie au premier degré Epaississemeut considérable des capsules propres des reins par des produits plastiques filamenteux adhérents à leur face viscérale. Nombreux grains de semoule dans la substance corticale. Testicules normaux. Le liquide renfermé dans les lubes ne présente rien de pathologique, au point de vue des cellules, en partJculier. Etal gras de la paroi antérieure du ventricule droit du cœur; ni athéromes arlériels, ni lésions valvulaiies du cœur.
ALCOOLISME CHRONIQUE
Le nommé Croz..., dont je vais vous lire l'observation, présentait quelques particularités que je n'ai pas rencontrées souvent : ainsi, au milieu d'une incohérence intellectuelle complète et après des actes déraisonnables au plus haut point, il disait des phrases justes, sous forme de sentences stéréotypes, telles que celle-ci qu'a provoquée ma demande, s'il avait une femme : « Si je n'en avais pas, j'irais de suite en chercher une. La femme est la société de riioniine, et l'homme la société de la femme. » Évidemment cet homme ne pensait pas un mot de ce qu'il me disait ; mais cette phrase lui venait comme tant d'autres usuelles que nous répétons dans la conversation, machinalement et sans que notre intellect y prenne la moindre part. Il ne m'en a pas moins paru intéressant d'observer une phrase morale et afiective chez un être complètement dépourvu de tout sens moral.
Ubs. XGIlll. — Alcoolisme clironiqui'. — Abrutmement. — Démence.
\m 2 mai 1861, entre à Bicètre (service du docteur F. Voisin) le nommé ('.... (■in([uante-quatre ans, él)éniste, arrêté pour vagabondage sur la voie publique. Nombnmx excès de vin l)lanc depuis de longues années. Il présente le type le mieux accompli de l'individu abruti par la boisson. Il est impossible d'avoir de lui des réponses suivies, et encore celles qu'on obtient sont-elles originales et visent à être drôles; ainsi, quand je lui demande s'il a une femme, il dit : « Si je n'en avais pas, j'irais bien vite en chercher une. l'Une femme est la société d'un homme, et l'homme est la société de la [femme. » A ma question combien il gagne, il répond : « Quarante sous; avec quarante sous on peut bien boire, et le ménage s'en passe. On boit plus qu'on ne mange, parce qu'on y est plus souvent, » et ainsi de suite. Il est impossible (le savoir de lui le jour, le mois, la date et d'avoir le moindre renseignement sur seg antécédents morbides; il se rappelle son nom, mais non pas son âge, ni la date de sa naissance. Il est un peu vantard et répèle souvent qu'il a beaucou|i à faire, parce (|iril faut qu'il serve tout le monde à Ijicètre. Il est poli, met une grande bonne volonté à travailler, et est très facile à diriger. 11 rit à propos du plus futile motif et souvent sans raison. Il est assiégé par des conceptions délirantes, concernant des animaux; elles surgissent sans avoir été le moindrement provoquées : « Je ne puis refuser aux animaux; hier, ils ont été en route; quand ils sont arrivés, ils avaient faim. » Il a lies illusions et des hallucinations : ainsi il fait le geste de passer quelque chose d'une main dans l'autre, et il n'y a rien dans ses mains; il fait le geste d'éloigner un objet lie devant ses yeux. Je lui demande ce qu'il fait là. Il répond : « J'écarte un ver qui est là depuis hier et qui va en l'air, d II se perdrait dans les cours de Bicètre, lorsqu'on l'euNoie travailler à la imanderie, s'il n'était tenu et surveillé. La parole est hésitante; pas de tremblement des lèvres ni de la langue; pas de différence dans le diamètre des pupilles. La marche est assez ferme; le malade peut me porter. La peau ilu dos des mains est rude, calleuse. ^Mème état le 5 décembre.
FOLIE PAR INTOXICATION
Le malade suivant présentait au plus haut point, comme C..., le type de l'abrutissement etde la démence ; la parole étaitéminemmenl gênée; le malade parlait comme lorsque la langue est appliquée à la voûte palatine; elle était tantôt lente et tantôt précipitée; le malade s'arrêtait au milieu des phrases, puis les terminait en lançant brusquement ses mots.
Les lésions que nous avons constatées à l'autopsie nous permettent d'affirmer, si les symptômes n'y suffisaient pas, que la maladie n'avait rien de commun avec la paralysie générale ; de plus, l'état des méninges et du cervelet me fait croire que l'abrutissement, l'hébétude des ivrognes sont produits par de l'hydropisie des méninges et l'induration de la pulpe cérébrale, celle-ci résultant d'une sorte de macération alcoolique. Il était au moins très singulier de voir ce cerveau, ainsi que celui du nommé Dac... (obs. XGI), se conserver très ferme, trois à quatre jours après l'autopsie par une lempérature de 25 à 39 degrés.
Obs. XCIV. — Alcoolisme chronique. — Abrutissement. — Démence. — Mort. — Fermeté considérable de la pulpe cérébrale. — Abondante sérosité arachnoidienne, sous-araclinoïdienne. — Œdème de la pie-mère. — Congestion chronique des méninges, — Dégénérescence graisseuse du cœur, du foie. — Eta t cirrhotique des capsules hépatique et rénales. — Néphrite albumineusc chronique.
Au n" 6 de la salle Saint-Jeaii-ile-Dieu, est couché le nommé Dub..., soixante ans, mouleur, entré le 27 juillet 1863.
Le père du malade est mort de pleurésie ; sa mère de tubercules pulmonaires. Jamais il ne s'est alité.
Depuis l'âge de vingt ans, Dub... a l'habitude de boire le matin, à jeun, trois petits verres d'eau-do-vie, et souvent, dans le reste delà journée, sept ou huit petits verreS' Deux fois, au moins, par semaine, il se grise; l'appétit est devenu mauvais depuis plusieurs années, et, afin d'exciter sa faim, il boit, au repas, de l'eau-de-vie en place de vin. Depuis l'âge de trente ans, la mémoire des noms, des faits, des jours, a considérablement diminué. Depuis douze ans, ses forces sont bien moindres; la marche est iremblée, la vue s'est affaiblie ; les masses musculaires ont notablement maigri, et la fonction génésique est éteinte depuis longues années. 11 y a deux mois, en l'absence de loute intoxication alcoolique, il dit être tombé sans connaissance dans la rue, et n'avoir repris ses sens qu'au bout d'une heure; il lui en est resté un élat continuel d'assoupissement qui l'a maintenu au lit depuis cette époque. Il a élé traité, dans ces derniers temps, par des sinapismes aux membres inférieurs, et deux bouteilles d'eau de Sedlitz.
Etat actuel. - Le malade est couché sur le dos, dans l'assoupissement; il donne de suite l'idée Je l'abrutissement le plus complet. La physionomie porte le cachet de
ALCOOLISME CHRONIQUE
riii'liéliule la )ilus prononci''e ; siis réponses sont, en rapport avec l'Iiabitus extérieur. Tout est niais dans sa personne. Sa conversation est toute décousue; il n'a pas conscience de sa position, paraît s'étonner de nos interrogations, et est ennuyé que je le dérange de son denni-sommeil et de sa torpeur, par mes questions. La parole est par moments difficile, comme si la langue restait collée à la voûte palatine ; elle est tantôt lent(% tantôt précipitée ; c'est ainsi que parfois il parait chercher ses mots, qu'il lance un moment après avec une certaine voluhiliti'. Le malade peut lirr assez bien, mais la vue est embrouillée.
La peau- est très pâle, saul' aux joues et au nez, qui présentent une teinte lie de vin. lies lèvres sont violacées; la langue est sai)urrale et très peu humide; elle sort facilement de la cavité buccale; l'haleine est fade. L'action de siffler est. possible. Les yeux sont cernés; les conjonctives très injectées dans le segment inférieur des deux globes oculaires. Etourdissements dans la station assise ; il a, du reste, beaucoup de peine à s'asseoir dans son lit. Le corps est très maigre, aussi bien au tronc qu'aux membres. Les muscles des pouces, les interosseux des mains sont très atrophiés. La pression de la main gauche est peu sensible pom- l'observateur. Sensibilité cutanée intacte.
Appétit nul ; soif vive ; constipation ; jet d'urine très peu fort ; le malade a de la difficulté à retenir ses urines; nombreux rhonchus'dans les deux jioumons ; pouls à 88, 1)2, régulier, mais très mou; une faible pression le fait disparaître momentanément; la peau est sèche, comme calleuse. Les bruits du cœur sont irréguliers, au point de vue de la force; le premier cbuiuement valvulaire est, à la pointe, suivi, par moments, l'un souffle rude qui ne dure qu'une partie du pelit silence.
Urine du malin, peu colorée; au moyen de l'acide nitrique, on obtient à la partie noyeime du liquide un nuage blanchâtre qui persiste, sous forme de grains blancs, iprès l'épreuve do la chaleur.
o août. — Assoupissement continuel; faciès ressemblant à celui du crétin.
i. — Même état. ,\ une demande concernant sa santé, il répond : « Du bouillon >' ; I tombe dans le coma et meurt dans la journée.
Autopsie le \> au soir. — .Maigreur considérable de tout le corps. Cyanose sousmguéale. Varices à la jambe droite.
Do'itc rrànii'iiiie ci encéplialu, — Laiboîte crânienne est très facile à casser; elle 'Si peu épaisse. Les méninges cérébrales sont épaissies et opaques; elles sont très 'ouges, et on y aperçoit les vaisseaux augmentés de volume. Les méninges, eti-n pariculier la pie-mère, sont, dans la partie supérieure du cerveau, infiltrées d'une quîinilé considérable de sérosité rougeàtre, que l'on retrouve aussi entre la pie-mère et les irconvolutions dont elle a élargi les sillons. Il en résulte qu'après avoir enlevé cette neinbrane, les espaces qui séparent les circonvolutions l'estent à l'état béant.
La séparation de la pie-mère d'avec la substance corticale se fait avec la plus grande acilité, sans entraîner la plus petite parcelle de substance grise. La substance corticale apparaît alors avec sa teinte habituelle et se fait remarquer par une fermeté iniolile, malgré la chaleur (depuis un mois 25 à 30 degrés). Le cerveau résiste dans oute son ('paisseur sous la pression du doigt, et fait contraste avec d'autres cerveaux •eiueillis le même jour; la consistance de celui-ci se rapproche de celle que l'on )lttient après deux à trois jours de macération dans de l'alcool pur.
A la coupe, nous ne constatons qu'une légère injection (piqueté) de la substance ïrise et de la substance blanche. Les ventricules latéraux sont remplis de sérosité. i''i'rineté remar(iuable de leur plancher et de la voûte à trois piliers. Cette fermeté
FOLIE PAR INTOXICATIOiN.
du cerveau persistait encore, lors de la présentation de la pièce à la Société anatomique, le 7 août.
Cœur. — Hauteur, 0,13; largeur, 0,13. État gras très avancé de la face antérieure du ventricule droit. Dans la partie la plus voisine du ventricule gauche, lajgraisse es; principalement superposée au tissu charnu dont la couleur est très pàle, et qui, au microscope, contient beaucoup de globules graisseux et une gangue granuleuse jaunàtn; abondante ; niais, au fur et à mesure que l'on se rapproche du bord droit, il v a réelle substitution graisseuse, si bien qu'au bord droit, et en particulier vers la pointe, le tissu musculaire est réduit à 1/2 millimètre, tandis que le reste de la paroi, qui est de 0,004, est de couleur jauae bien franche, sans la moindre apparence musculaire : le microscope n'y fait apercevoir aucune trace de fibre musculaire. Le cœur est partout flasque. Pas d'insuffisance. Le sang contenu dans le cœur est noir, fluide, gluant ; on y voit quelques grumeaux noirs très mous ; pas de caillot adhérent aux valvules.
Reins. — Le gauche a 0"',1"2 de hauteur; le droit en a 0"',13; tous deux offrent une teinte rouge, générale; après la séparation des capsules de la substance corticale, on aperçoit de nombreuses taches et de nombreux grains d'un blanc jaunâtre, du diamètre de 1 millimètre au plus, [^es deux capsules sont épaissies, rougeàtres, peu transparentes, et en plusieurs points on amène, en les séparant, des débris de substance corticale, qui se présentent alors sous un aspect irrégulier, chagriné.
Dans le milieu du bord externe du rein droit est un kyste du volume d'une noix, contenant un liquide huileux, rougeàtre; la paroi la plus externe du kyste fait corps avec la partie correspondante de la capsule. Dans l'épaisseur même du rein, nombreux grains blancs ; hyperhémie considérable qui donne aux deux substances une teinte rouge à peu près analogue. Même état du rein gauche, mais pas de kystes. Dans une portion de ce rein, correspondant à un interstice de pyramides de Malpighi, existe une coloration noirâtre du tissu, due, d'après l'examen microscopique, à la présence de nombreux grains de pigment noir.
Foie. — O'",'^!, hauteur; 0"',27, largeur. Il a une apparence générale jaunâtre ; injection considérable (arborisations) de la surface de l'organe. En plusieurs points de la face antérieure du lobe droit, arborisations noirâtres, en forme d'étoiles et d'ilots, siégeant dans la capsule. Dans les parties profondes correspondantes, on voit, à la coupe, un tissu dont le peu de vascularité fait éminemment contraste avec la surface. La teinte est mate, presque uniformément jaunâtre ; c'est à peine si par les veines sortent quelques gouttes de sang noirâtre ; c'est à peine aussi si l'on aperçoit de substance rouge.
A la face postérieure du lobe gauche, existe une teinte ardoisée ; là, on aperçoit dans l'épaisseur de la capsule de nombreuses traînées blanc grisâtre analogues, comme forme, à ces arborisations de la face antérieure du lobe droit. Ce sont, à l'examen microscopique, d'anciens vaisseaux oblitérés et transformés en tissu fibroïde (à 1/350', nombreuses fibres lamineuses allongées, doublant les parois capillaires).
A la coupe, le tissu sous-jacent présente d'abord une tranche ardoisée dans une épaisseur de 0"',002, constituée surtout par du pigment noir au microscope, puis une tranche plus profonde, jaune sale, huileuse, et enfin un tissu de consistance molle, se déchirant très facilement. Au microscope, très nombreuses gouttes d'huile, et cellules dont les contours sont excessivement pâles, à peine visibles, et dont tous les noyaux ont disparu. Aucune trace bien nette de vaisseaux. Dans le reste du foie, nous ne rencontrons pas d'autre matière noire le long des vaisseaux. I^a partie supérieure du lobe , droit est ramollie comme le lobe gauche.
ABSINTHISME CHROiNIQlIE.
Examen microscopique du cerveau (1/350'). — Substance blanche. — Beaucoup e matière amorphe. Les tubes nerveux sont pâles; sous le champ du microscope est Il vaisseau à parois très nettes, bien rouge, et dans ses parois se trouvent de nomreuses cellules ovoïdes, dans le sens de la longueur, toutes pourvues d'un noyau. Pas e traces de goulles d'huile dans la substance blanche.
Substance ijrise. — Vaisseaux sains.
Le nommé Rich.. présentait la forme désignée sous le nom cVidioisme par Pinel, et à laquelle je préfère donner le nom ({'imbécillité l'idiotisme représentant toujours une idée de maladie congénitale »u contractée pendant Tenfance).
L'attention de ce malade était très difficile à provoquer et à fixer ; l'est avec peine qu'il comprenait les questions; il y répondait celendant par monosyllabes et des membres de phrases très courts. A liaque instant, il disait les mots ; « S'il vous plait. » — Avez-vous nal quelque part? — « S'il vous plait. » — Que faites-vous '^à re- ;arder à teiTe ? — « S'il vous plait. )■> — Soiumes-nous le jour ou a nuit ? — « S'il vous plait, » etc.
L'expression de sa physionomie était hébétée, niaise, comme elle d'un indiécile. A chaque instant il riait et paraissait satisfail . 1 était et remettait à chaque instant ses sabots; il passait des heures
faire, dans un espace étroit, un pas en avant et un en arrière. Tl vait des hallucinations de l'ouïe.
Obs. XCV. — Absiiilhisiiie chronique. — Imbécillité. — Idiotisme (l'inel). —
Guérison.
Au n" S de la troisième salle de la 5"" division de Bicètre (service de Voisin), est lacé le nommé Rich..., trente et un ans, ébéniste. Père et mère bien portants.
Depuis plusieurs années, il a pris l'habitude de boire le matin à jeun un (|uart di> Ire de vin ou un petit verre d'absinthe, et dans le reste de la journée, il boit une iznine de j)etits verres de cette dernière liqueur. De temps en temps il s'enivre. Il ;i lé arrêté la nuit dans Paris pour vagabondage; il ne pouvait trouver son chemin.
Etat, le 18 mai, douzi' hi'urcs après l'entrée à Bicêtre. — Le malade est couché ans son lit, tranquille, la tète penchée sur la partie antérieure de la poitrine. On a e la peine à le l'aire répondre aux questions, et encore ses réponses sont-elles monot'Ilabiqnes; il commence toutes ses réponses par d S'il vous plint ». — Avez-vous lal quelque part? — « S'il vous plaît, au creux de l'estomac, au dos. » — Soniniesousle jour ou la nuit ? — <c S'il vous plaît, la nuit, le jour » ; et il est à remarquer ue, pour ces dernières phrases, il répète machinalement mes mots, en commençant iir celui qui a frappé en dernier lieu ses oreilles. 11 a im air tout pensif et marmotte
FOLIE PAR liNTOXICATlON.
ijuelques mots inintelligibles. «A quoi pensez-vous? » lui dis-je. Il se met à sourire bêtement et finit par : « Je pense à aller travailler, » dits dans son lit, et dans l'attitude la plus insouciante et la plus ennuyée. Il ne se rappelle pas précisément les jours de la semaine, ni la date. II est très difficile de ie tirer de sa torpeur ; il faut répéter la même question au moins deux fois; aussitôt après la réponse, il retombe dans son immobilité et son mutisme. Dans certains] moments, sa physionomie prend une expression béate et satisfaite, comme certains imbéciles. II a des hallucinations de l'ouïe, il entend souvent la voix d'un monsieur, qui lui dit » des choses particulières ». La voix part du mur; de temps à autre, il prête l'oreille et se penche à droite ou à gauche. Pupilleu normales ; tremblement des mains ; peau chaude, plutôt sèche ; ie pouls régulier, plein, bat 56 fois par minute. Langue sa])urrale ; appétit; soif exagérée; les besoins d'uriner ne sont pas plus fréquents. Bain ; extrait thébaïque, 0'^,05 en "2 pilules.
31. — Même état. Air profondément hébété ; il se promène dans les jardins; il ôte et remet continuellement ses sabots, il n'en détache pas ses yeux pendant plusieurs minutes. Je lui demande pourquoi il regarde ainsi vers la terre : « S'il vous plaîl> rien », répond-il. Je le trouve un moment après dans un coin du mur, occupé à faire un pas en avant et un en arrière; il reste ainsi pendant près d'une demi-heure, ainsi que bien des idiots de la section d'à côté. A ma question, s'il entend encore la voix d'un monsieur, il répond: « Oui. » — Est-ce la nuit ou le jour? — « S'il vous plaît, le jour, la nuit. » Il lève facilement les mains en l'air, mais elles tremblent considérament ; après avoir élevé le bras droit, il l'abaisse, puis il l'élève et l'abaisse, et ainsi de suite, sans discontinuer, pendant cinq minutes à peu près. Tout en faisant ainsi mouvoir son bras droit, il suit tous ses mouvements d'un air hébété. Je lui demande de serrer ma main avec sa main droite, il fait le mouvement sans que je perçoive la moindre pression; et comme j'insiste, il me dit : « C'est assez », et siiurit bêtement.
Lorsque je lui fais tirer la langue hors de la bouche, il oublie de la rentrer dans la cavité buccale, et j'ai de la peine à lui faire comprendre qu'il faut le faire ; il la rentre, mais il reste la bouche ouverte. Il dit tout bas des mots inintelligibles; il a de la peine à so rappeler le jour de la semaine. Immobilité et dilatation des pupilles. La sensibilité aux piqûres, au toucher, est obtuse. — Rains; vin de quinquina; deux portions.
S juin. — Même état; a de la peine à se rappeler son nom. 22. — Même état. Séton à la nuque.
27. — État notablement plus satisfaisant. Il est possible d'entretenir avec lui une courte conversation.
2 juillet. ^ — Le mieux continue ; il cause facilement ; le sommeil est revenu; il ne se rappelle pas l'objet de son délire et de ses hallucinations; il reconnaît qu'il n'est pas encore guéri.
7. — Il est employé à la culture de la terre ; il y mot beaucoup de bonne volonté. 15. — État de plus en plus satisfaisant. Guérison. Exeat le 30.
Dans la pi-écédeiite leçon je vous ai déjà signalé, Messieui\s, les
IDÉES DE SATISFACTION, d'ORGUEIL, le DÉLIRE AMBITIEUX cliez deS
sujets alLeints d'alcoolisme aigu; je ne reviendrai pas sui^ ce que
ABSINTIIISME CHRONIQUE.
j'ai dil (le ce symptôme considéré dans les rapports diagnostiques qu'il présente avec la paralysie générale; je vous ai exposé les faits, persuadé que les observations appréciées dans leur simplicité valent mieux que toute assertion et toute vue de l'esprit plus ou moins hypothétiques.
Le nommé Rie..., trente-deux ans, boit depuis sa jeunesse beaucoup d'absinthe, et éprouve depuis plusieurs années un peu d'amnésie, beaucoup de faiblesse de caractère et une diminution du sens moral.
Pendant son séjour à Bicôtre, il manifeste des idées très orgueilleuses : « Maintenant je suis artiste, je ne ferai plus payer mes lableaux ; j'aiassez pour vivre, j'ai payé ma dette à l'humanité; je vivi'ai pour moi et pour mes amis., le suis un des premiers apprentis de Paris, j'ai fait l'hùtel Bristol. Tous mes voisins (les autres malades de la salle) ne sont pas dignes de moi. Je rougis d'être marié avec une femme qui ne sait pas lire. »
Tous ces phénomènes ont complètement disparu au bout de deux mois de séjour à Bicôtre, et le malade, après quati'C mois de traitement, est sorti entièrement guéri de tout symptôme d'alcoolisme.
Ors. XCVI. — Absinthixmp, chronique. — Cessation des exci^s depuis dix jours. — Pliénonii'nes aigus. — Délire orgueilleux. — Excitation maniaque. — Guérison.
Au 11° 3 de la salle de l'infirmerie (service de F. Voisin), à Bicèlre, esl couclié le nommé Rie..., Irente-denx ans, peintre, entré le 5 décembre ISfiO.
Son père est mort d'un anévrysme. Il avait eu beaucoup de chagrins, à cause de sa mère, qui était souvent malade et esl morte d'un cancer utérin à l'âge de quaranti> ans.
(Junnt à lui, sa belle-sœur raconte que depuis sa jeunesse il a beaucouii bu d'absinthe, et depuis peu, du bilter. Depuis dix jours, se trouvant indisposé, il ne prenait i|ue du thé; il n'a jamais eu de coliques de peintre (il a toujours travaillé avec de la peinture à la colle); il est facile à émouvoir et sujet aux palpitations à la moindre émotion; il a eu la syphilis (pla(pies muqueuses).
Certificat de la préfecture : l'Acitalion maniaque, l'xcès alcooliques, idées ambitieuses, delirium treinens.
Etat, le G décembre. — Le malade parle sans discontinuer, sans tremblement, ni hésitation.
/). Avez-vous eu une maladie vénérienne?
R. Ecoulez, j'aiélé à Paris, sans pain, maisdepuis j'ai gagné cinq, quinze fiancs à faire le colleur. Je fais des choses artistiques; allez voir le contrôle du théâtre lieanmar-
FOLIE PAR INTOXICATION
chais. C'est un individu qui m'a faitmettre ici. Il m'a fait ficher des coups à Maubeuge. D. Dans quel mois sommes-nous?
R. Nous sommes, je crois, dans l'avant-dernier mois de l'année, au mois de décembre, le 6. J'ai toujours eu plus de goût que tous les apprentis. Maintenant je suis artiste, je ne me ferai pas payer mes tableaux; j'ai assez pour vivre. J'ai payé ma dette à l'humanité ; maintenant je vivrai pour moi et mes amis (en disant ce dernier mot, urire marqué de satisfaction personnelle).
Il raconte toutes ses affaires intimes, celles de ses amis, et dit des injures sur le compte de sa femme. « Il est à rougir, pour un homme de mon nom, d'être marié avec une femme qui ne sait pas lire. Tout ça me retourne, je n'ai pas la tête très solide. » Il dit qu'il dort bien la nuit, cela est vrai; mais la première nuit, il a crié et parlé de rentes à recevoir, d'affaires de famille, de ses amis, de vin.
« Vous ne connaissez pas ma femme? me dit-il. Vous la verrez tout à l'heure; elle a cou... chez le directeur. Je connais ici de très grands personnages, MM. Barthe, Peisigny. »II prend son voisin de lit, un nommé S..., pour son oncle.
Pas de céphalalgie, ni d'hallucinations, ni de tremblement de la langue; pupilles dilatées, contractiles sous l'influence de la lumière; langue un peu blanchâtre et légèrement sèche. Pas de douleur ni de sensations morbides abdominales. Constipation, urine abondante. Battements de cœur énergiques. Pas de souffle carotidien; respiration normale; 80 pulsations; pouls régulier, un peu fort. Pas de douleurs dans la région hépatique ; ni hypertrophie, ni atrophie du foie. Tremblement léger des mains ; motilité des membres supérieurs, inférieurs et sensibilité normale. Pas de douleur le long de la colonne vertébrale.
Au moment où je finis mon examen, il me dit : « Vous mettrez, comme résumé de l'affaire, que je vais m'en aller avec mes oncles. »
Une pilule d'extrait thébaïque ; 2 portions. Bain ; ventouses scarifiées à la nuque.
Il s'est trouvé mal pendant l'application des ventouses.
14. — Divagation complète. « Je vais m'en aller, dit-il, aujourd'hui. Ma femme vient me chercher. » Bains.
17. — Excitation maniaque. Il dit des injures à ses voisins de la salle.
19. — Même excitation, idées d'orgueil : « Tous mes voisins ne sont pas dignes de moi, » et il jette en même temps avec violence son bonnet sur son lit. Il me remet un dessin qu'il a fait aujourd'hui et qui représente un homme et une femme déguisés, le premier en cuisinier, le second en femme, coiffée en travers d'un chapeau à plumes placées toutes droites au haut du chapeau. Le dessin est assez bien fait et encadré dans un paysage.
. 21. — Déraisonne complètement.
24. — Agitation toute la nuit. Injures à tous ses voisins, à la surveillante : « Et tout ça, dit il, pour un c. . qui a renversé un camion sur le parquet de Madame. Je ne suis pas fou, mais il faut avoir une tète organisée pour résister à tout cela. » Il parle continuellement, raconte des faits de son existence antérieure.
« Je vais aller à Madrid, sur la place de Madrid. J'ai été avec l'empereur à l'inauguration du chemin de fer de Poitiers; je le connais. Je m'en vais jouer les quadrilles bientôt, il faut que je m'essaye. J'ai bu beaucoup, étant garçon, mais depuis dix ans je ne me grise plus ; il arrive quelquefois que je m'échauffe, mais en cela je fais comme les autres. Je suis un des premiers apprentis de Paris; j'ai fait l'hôtel de Bristol (on entend des fous de la salle crier et déraisonner) ; quelle drôle d'idée, dit-il, de faire entrer ici ces hommes à moitié fous. »
A1>C00LISME CHRONIQUE.
D. Depuis combien de temps ètes-vous malade?
jR. C'est ma femme qui m'a mis en colère. Ah! je vais lui doiuier .''IHIO iVancs de l'ente et m'en aller voyager avec mon cousin Signol, non, mon oncle. Ma femme est si bête, c'est une bûche. J'ai trop d'instruction pour vivre avec cette femme-là. Je l'ai [trise par reconnaissance; je prendrai une maîtresse; je sorlirai d'ici dans deux jours, il répond, en général, assez bien à mes questions, mais aussitôt après il recommence à déraisonner. — Pouls fort, 9fi pulsations. Il a toujours la camisole. — lîains.
27. — Même état de divagation ; mobilité extrême; humeur gaie; non dangereux. S'occupe de tout dans la salle, de tous les malades, les coiffe, fait avec les plus gravement atteints, avec les déments paralytiques, des conversations étonnantes de singularités. Son agitation et le trouble qu'il porte dans la salle le font transporter aux colonnes.
8 février. — Calme. On le transfère dans le quartier des tranquilles; il a engraissé d'une façon notable; il parle raisonnablement de sa femme et de reprendre son travail ; il a encore cependant une tendance à l'excitation et à la divagation. Ainsi, aussitôt ipi'il m'aperçoit, il s'élance sur moi comme un enfsant. Quand je lui parle de ses anciennes idées, il me répond qu'on lui disait toutes sortes de choses, mais qu'il n'y croit plus.
15 février. — Guérison ron:plète.
6 avril. — santé se maintient. 11 parle en bons ternies de sa femme. l'Ius d'idées délirantes; a beaucoup engraissé depuis six semaines. Exeat ; il est rendu à sa famille.
Un autre malade, alteint d'alcoolisme chronique, présentait, avec un état d'abrutissement très prononcé, un délire de grandeur, parlait de la facilité qu'il a d'avoir 100000 francs (juand il voudra, et du vin autant qu'il désirera en boii^e; il disait qu'il était devenu très riche dans son commerce, tandis qu'il s'y est ruiné.
Obs. XCVII. — Alcoolisme chronique. — Incohérence avec idées prédominanles
de grandeur.
Au n" 4 de l'inlirmerie, 5« division (service de F. Voisin), à Bicêtre, est couché le nommé Legr..., vingt-huit ans, marchand de vins, entré le 2'2 janvier 1861.
Depuis six ans, nondjreux excès alcooliques, consistant principalement en vins, peu de liqueurs.
La femme raconte que depuis un an au moins, le caractère de son mari s'est complètement modifié: il est devenu violent, bizarre : elle l'a placé à cause de ses colères et d'actes incohérents, qu'il fait depuis quelques jours sur la voie publique et dans sa boutique de marchand de vins. Il donne du vin sans se faire payer, dit qu'il n'a pas besoin d'argent parce qu'il est assez riche, et a fait des commandes de vin qui dépassent ses ressources.
Etat actuel. —Il présente le type abruti, hébété au plus haut degré ; il tremble de tous ses membres, des lèvres, de la langue, de la tête ; mouvements continuels de bas
FOI.IE l'Ail INTOXICATION.
en haut et de haut en bas de la mâchoire inférieure. Le malade reste dans un coin de la salle sans bouger. 8a parole est tremblante comme lorsqu'on grelotte de froid. Incohérence complète des idées ; il ne sait où il est, croit être ici depuis vingt mois. A ma question : « Où étes-vous ici? » il répond : « A une lieue, je suis Renaud. » Il parle tout seul et divague complètement. Dans d'autres moments il s'inquiète de sa femme cl se demande ce qu'elle doit penser de son absence. A ma question : « Souffrez-vous ?» il répond : « Comme ci, comme ça; je ne suis pas fort sur la boisson, s... m..., il fan' (jue je retourne chez nous. » Tout cela est articulé sans la moindre expression de physionomie. Je lui demande si son commerce de vin lui a réussi : « Je peux avoir du vin tant que je veux : sur ma signature, j'aurais de suite 100 000 francs. i>
Il me donne des renseignements vrais sur le nom, l'emplacement de sa rue et sur les monuments avoisinants, mais croit être à Noël (nous sommes à la fin de janvier). 11 fait bien tous les mouvements qu'on lui demande, sauf celui d'ouvrir la bouche. Il est impossible de lui faire desserrer les dents. Pupilles égales, normales. La motiiité des membres est normale. Peau froide ; pouls de force moyenne ; 72 pulsations. Bains, lieux portions.
Le 1" février, le malade commence à se promener dans les cours, et présente beaucoup moins d'incohérence. Dans la salle, il s'occupe des autres malades paralytiques généraux, couchés dans leurs lits, les mouche, borde leurs couvertures, leur propose à boire et leur parle avec affection.
lO. — Le malade va travailler à la terre.
25. — L'état est à peu près normal; plus d'idées de richesse. Legr... ji'econnalt que ces idées de richesse sont un effet de maladie et que la cause doit en être le vin. Il demande à retourner auprès de sa femme. Plus de tremblement des mains, des lèvres ni de la parole.
15 mars. — Exeat. Il ne conserve plus de sa maladie qu'un peu d'amnésie et d'hébétude de la physionomie.
Le délire ambitieux, orgueilleux, a jusqu'ici été rattaché à la paralysie générale ; il en a été donné comme un des meilleurs signes pathognomoniques; mais l'on a vu qu'il pouvait se rencontrer dans l'alcoolisme aigu : eh bien ! le voici dans la forme chronique, dans celle qui peut le plus être confondue avec la paralysie générale, car le délire est analogue dans les deux cas; il n'est pas systématique, manque complètement de coordination et est en désaccord absolu avec les actes et la tenue des malades. Ce n'est donc pas le délire qui devra le plus être pris en considération dans la détermination du diagnostic; il faut, dans ces cas, s'attacher à l'ensemble des phénomènes et prendre surtout en considération la date du début de l'affection, les antécédents, la stupeur, l'hébétude du visage, le mode de trouble de la parole, la marche de la maladie. Enfin la guérison du délire dans un temps assez court, et le retour à l'état de santé antérieur au délire, sont des signes certains
Air.OOLlSME CHKONIQUE.
d'alcoolisme , ainsi (|uc le prouvent les deux observations de R... et L...
Nous avons dû rechercher si le délire ambitieux n'avait pas déjà été noté dans l'alcoolisme chronique; aucun médecin ne m'a paru y avoir fait attention, et cependant je l'ai trouvé mentionné, mais sans que les auteurs y aient attaché d'importance, dans les thèses de MM. Brunet (i) et Motet (^2).
Les observations IV, VI, du travail de M. lirunet en sont des exemples; quoiqu'elles soient publiées sous le titre de paralysie générale, il me semble impossible de nier l'influence que l'alcool a dû avoir dans la genèse de la maladie; dans ces deux cas, il est à r(^gretter (|ue l'élat du foie, du ca:'ur, du système artériel ne soit pas signalé, il aurait })U nous donner le moyen de contrôler plus sûrement le diagnostic de M. Brimet; cela est d'autant plus regrettable (pie la description de l'état des reins a été consignée dans ce mémoire consciencieux; l'observation VI montre, en etlel, les lésions propres à l'alcoolisme chronique, la cirrhose capsulaire et la dégénérescence graisseuse de la substance corticale.
L'observation VI de M. Motet est ti ès concluante : le malade avait des idées de grandeur et d'ambition. Ces observations de MM. Brunet et Motet présentent avec les miennes une légère différence au pointdevue delà terminaison de l'alcoolisme qui a abouti, dans ces cas, aux lésions de la paralysie générale. La chose est rare, mais les réflexions pleines de justesse de M. Motet, relatives à l'inlluence des excès alcooliques sur les congestions cérébrales trouvent une a[)plication vraie dans maintes circonstances.
Quant à l'importance pathognomonique que l'on a voulu faire jouer au délire ambitieux dans la paralysie générale, elle vous paraîtra avoir été exagérée, puisqu'on rencontre ce signe dans l'alcoo» lisme. Vous êtes en présence d'une maladie générale qui atteint plusieurs systèmes anatomi(iues; vasculaire, nerveux, séreux, fibreux; plusieurs viscères, si ce n'est tous : le cœur, le foie, la rate,
(1) M. Brunei, Rnhcrclies sur les néo-meiHbranea et les l.ijsles île raniclinoith'. Tlicsc du l'aiis, l.SiS9.
{-2} M. Motet, dont la thèse renferme cependant nn cas de délire ambitieux, dit lui-incnic : Il Avec MM. Marcé, Lasègue et Fairet, nous avons toujours Irouvé, dans les cas d'alcoolisme chronique, une prédominance d'idées tristes. » (Considérations générales sur l'alcoolisme. 'IUùhq de Paris, 1859, p. "25.)
FOI-IE PAR INTOXICATION
les reins, aussi bien que les jjoumons. Avec cette multiplicité d'organes et de systèmes atteints, il est tout naturel que l'on observe des symptômes variables correspondant aux fonctions diverses de l'organe malade : vous ne serez pas surpris d'y rencontrer des idées ambitieuses et orgueilleuses erronées, chez l'homme, lorsqu'à l'état normal il est doué des nobles facultés que l'on appelle désir de réussir, de briller, ambition, en un mot; rien d'extraordinaire à voir se produire dans une maladie générale des phénomènes de toute sorte, qui ne sont, à vrai dire, que l'exagération des fonctions de l'organe; aucun symptôme n'a de valeur absolue, surtout en abénation mentale.
La variété des symptômes dans l'alcoolisme aigu et chronique nous semble tenir à la diffusion pour ainsi dire des causes morbides; et ici quoi de plus étendu que l'action de l'alcool sur la pulpe cérélirale, et l'hyperhémie aiguë et chronique, les épanchements séreux, ainsi que les exsudais que l'impression toxique amène à sa suite ! Vous ne serez pas étonnés de rencontrer chez les alcoolisés chroniques quelques symptômes analogues à ceux des paralysés généraux, parce que ce sont deux affections similaires sous beaucoup de rapports, se traduisant toutes deux par des poussées congestives, et tendant à l'envahissement de toute la surface du cerveau et de ses enveloppes, par des manifestations souvent analogues.
Il est une dernière considération que je désire envisager avec vous dans l'alcoolisme chronique, je veux parler du délire qui se produit chez les alcoolisés chroniques, dans le cours d'une maladie aiguë, pneumonie, pleurésie, rhumatisme articulaire, érysipèle, etc., et ({ue l'on a pris trop souvent pour une vraie métastase, ou une extension de la maladie. J'ai pu observer un certain nombre de malades pris de ces phénomènes cérébraux, et chez tous, ou à peu près, le délire se présentait suivant un certain type, ainsi que dans le deliriuni tremens : les individus sont pris subitement de terreurs, de craintes imaginaires, d'idées de persécution, d'illusions, d'hallucinations effrayantes, d'une agitation continuelle, en même temps que de sueurs profuses, d'un redoublement de fièvre et d'un tremblement des membres, des lèvres, de la langue ; le regard devient inquiet, effaré; les gestes sont inconséquents, sans raison; l'individu