ALCOOLISME ET RHUMATISME ARTICULAIRE
veut se lever et se sauver en chemise, hors de la salle ; la persuasion n'a aucune prise sur lui, tellement il est en proie à la terreur. Il est rare que cet état morbide ne soit pas suivi de mort, et il est à noter qu'il se produit toujours chez les alcoolisés chroniques chez lesquels il a été fait des émissions sanguines générales. J'ai constaté ce dernier fait au moins une dizaine de fois dans le service de M. Bouillaud, qui l'a reconnu, du reste, et depuis n'a usé qu'avec beaucoup de modération de la saignée, chez les alcoolisés chroniques. Quelques malades, en minorité, résistent à ces accidents redoutables après un laps de temps qui n'est guère moins de dix à quinze jours; ils conservent'pendant cette période du tremblement, des sueurs, du subdelirium par moments, la nuit et le matin surtout; l'intelligence reste généralement obtuse; les réponses sont parfois en désaccord avec les questions, et ils ont des propos, par instants, singuliers.
Voici deux observations de r/mmatisme cérébral, de gravité ditTérente chez des alcoolisés chroniques, dans lesquelles la forme du délire est bien celle que l'on rencontre dans le delirium tremens.
Ors.XCVIH. — Rhumatisme articulaire aigu. — Accidents cérébraux liés à des Iinhitudes alcooliques antérieures, déterminés jmr des' préoccupations morales. — Mort. — Hémorriiagies méningées — Congestion des méninges. — Relation entre les hallucinations de la vue et rinjection des bandelettes optiques, et des corps ijenouillés externes. — Fermeté notable de la pulpe cérébrale, six jours après la mort. — Dégénérescence graisseuse du cœur et du foie.
Au n" 14 de la salle SaiiU-Jean-de-Dieu, est couché le nommé P..., trente et un ans^ ferblantier. Mère morte d'une fluxion de poitrine. Habitudes alcooliques fréquentes, et poussées jusqu'à l'ivresse, au moins deux fois par mois.
Il y a sept ans, douleurs articulaires avec lièvre, traitées à la Charité, dans le service de M. Nonat, qui a fait faire des onctions avec des onguents et prendre du sulfate de quinine. Cet état aigu a duré trente et un jours, et la convalescence, quatre mois. Il dit avoir eu en même temps une péricardite, une pneumonie double et une pleurésie à gauche, qui ont été traitées par une saignée, des ventouses scarifiées et des vésicaloires.
Depuis sept ans, ce jeune homme éprouve de temps en temps des douleurs articulaires, et il a conservé des palpitations. Il y a quatre jours, douleur épigastrique : un médecin consulté a ordonné un purgatif qui a été pris, mais le soir même du jour où il l'a avalé, douleurs articulaires qui ont nécessité le repos au lit, puis sueurs abondantes et fièvre toute la nuit. Le lendemain, douleurs très vives à l'épaule droite nécessitant l'application de dix sangsues, puis à l'épaule gauche; tuméfaction dou. loureuse au cou-de-pied et aux genoux,
FOLIE PAR INTOXICATION
Entrée à l'hôpital. — Le 28 décembre 1862.
État actuel. — Décubitus dorsal. Les mains sont placées sur le ventre ; figure rouge et inondée de sueurs; langue humide, rouge aux bords et à la pointe, saburrale A |a base; douleurs et mouvements limités aux articulations des membres inférieurs et supérieurs droits; hydarthrose dans le genou gauche, qui est très sensible au moindre toucher; tuméfaction et douleurs dans le poignet gauche; hydarthrose dans l'articulation tibio-tarsienne gauche. Peau de chaleur exagérée (39" 3/4) dans l'aisselle et la bouche. Pouls plein, 128 pulsations; sueurs profuses, soif vive, pas de sommeil.
Traitement. — Saignée, 3 palettes; ventouses scarifiées sur les jointures douloureuses, 4 palettes de sang; 4 pots de tisane de gomme sucrée.
29. — Le caillot de la saignée est couenneux, ferme, très rétracti;; sérosité presque incolore dans laquelle il nage. Les rondelles des ventouses sont glutineuses; peau chaude, sudorale, 100 à 104. Veines de l'avant-bras turgescentes; plus d'hydarthrose dans le genou gauche ; douleur moindre aux deux genoux; douleur dans l'articulation coxo-fémorale gauche. Le tic-tac valvulaire est plus difficile à entendre du côté des cavités gauches que dans les droites ; légère rudesse au premier temps à la pointe ; pas de souffle proprement dit.
Traitement. — Saignée, 3 palettes 1/2. Ventouses scarifiées au genou gauche, à la main droite, à la région péricardiale, 4 palettes; cata|>lasmes émollients; décoction de chiendent, 2 pots; gomme, 2 pots; pilule d'extrait thébaïque, 0,03. Diète.
30. — Le caillot est aussi couenneux, moins rétracté ; peu de sérosité libre; peau de chaleur modérée, non sudorale; aux deux genoux les saillies normales sont bien visibles; pas de douleurs; le tic-tac est légèrement voilé; 84 pulsations.
30 au soir. — Légère douleur dans la deuxième articulation métacarpo-phalangienne et dans le poignet gauche.
Traitement. — Ventouses scarifiées sur ces jointures, une palette.
31. — Peau à peine sudorale; 84 pulsations. Depuis son arrivée, il parle beaucoup du cliagrin qu'il a d'être malade, pai ce qu'il doit se marier dans un mois. (Sa fiancée vient le voir ce matin.)
Traitement. — Deux bouillons.
Le soir, un peu de nausées après avoir bu le bouillon.
1-" janvier. — Pendant la nuit, un peu de délire; il a parlé de sa mère morte, de son porte-monnaie qu'il dit avoir perdu, et, pour le chercher, il force la mère de la salle à délaiie son lit (il a oublié son porte-monnaie chez lui). La parole est brève; mots incohérents.