EXPÉRIENCES SUR LE HACHISCH
dernier moment; mais la motilité arrive à èlre très diminuée, puis à disparaître dans le train postérieur. Le nombre des mouvements respiratoires et la température aui^nientent, puis on observe de la gène dans l'inspiration et du trouble dans l'expiration, qui devient bruyante et ressemble beaucoup au hoquet. Le nombre des inspirations diminue beaucoup; lorsque l'intoxication lait de rapides progrès, on constate de l'opisthotonns siégeant au cou et l'réqnemment alors l'émission de sperme. La mort survient dans le coma et avec les signes de la gène respiratoire.
L'examen cadavérique de ces animaux dont plusieurs ont été sacrifiés avant la mort, nous a montré les signes suivants : l'immobilité du cœur même sous la pince de Pulvermacher ; la distension du cœur droit par des caillots, la vacuité du cœur gauche.
L'une des branches de la pince étant mise sur le diaphragme et l'autre sur le cœur, le diaphragme a toujours présenté quelques mouvements, mais le cœur est resté immobile.
Tons les neris ont été trouvés insensibles à l'action de la pince électrique, tandis que les muscles se montraient sensibles lorsque la pince les atteignait. L'électrisation du nerf et de son muscle a toujours provoqué des contractions musculaires.
Tous les cobayes nous ont présenté une vascularisation exagérée des méninges de la moelle, et de celles qui tapissent les parties inférieure et postéro-supérieure du cerveau et du cervelet.
La moelle elle-même et le cerveau ont toujours offert une vive injection.
De nombreux examens microscopiques nous ont permis de nous assurer que les capillaires médullaires et cérébrauxétaient gorgésde globules, quelquefois dilatés par l'accumulation de ces globules et que cette hypcrhémie était aussi considérable à la base qu'à la convexité du cerveau.
Les poumons nous ont oHèrt des ecchymoses sous-pleurales et de l'hyperhémie dans les portions contiguës du viscère.
Ces données et celles qui ressortent des travaux des dillêrents auteurs, Moreau (de Tours), Gairdner, Lieutaud, Aubert-Roche, Crouzant, Soubeiran, Mongeri, Villard, peuvent déjà indiquer une ligne de conduite au thérapeutiste ; mais ce n'est pas ici le lieu d'insister plus longuement sur ces détails, et je veux vous citer encore quel-
FOLIE PAR INTOXICATION
ques formes d'aliénation qu'on observe dans certaines autres intoxications.
Folifi nicotinique. — La folie par abus du tabac est aujourd'hui encore un point très controversé. Hippocrate dit oui, et Galien dit non. Lippensheim a défendu l'innocuité du tabac; M. Jolly (i) a écrit contre son abus un mémoire plein d'esprit et de littérature qu'il a lu à l'Académie de médecine. Si l'humour et l'imagination suffisaient, la question serait définitivement jugée. Mais contre ce charmant réquisitoire se dresse l'enquête sévère de Mêlier qui se résume en cinq faits négatifs, et les recherches consciencieuses de notre savant collègue, M. Delasiauve, qui déclare n'avoir jamais pu dégager l'alcoolisme de l'abus du tabac. Sans doute, tous les fumeurs ne sont pas des alcooliques ; mais presque tous les alcooliques sont fumeurs; l'abus du tabac est cousin de l'abus de l'alcool. C'est donc là un problème encore en litige. J'ai observé deux faits probants, l'un de paralysie générale, l'autre de congestion méningomédullaire causés par des abus extraordinaires de cigares.
Folie safïïfmne. — La folie par intoxication saturnine a été déjà signalée, décrite par Stoll. Vous connaissez tous l'encéphalopathie saturnine et les troubles variés par lesquels elle se manifeste; elle peut prendre aussi le masque des vésanies pures. D'ailleurs le cas est assez rare ; pour moi je n'ai observé que trois fois la folie par intoxication saturnine.
Dans deux observations que j'ai prises à l'hôpital de la Charité, il y avait un véritable délire maniaque qui durait nuit et jour, et qui s'accompagnait de cette expression hagarde de la physionomie que Stoll a indiquée.
Chez un peintre en porcelaine que j'ai vu à Bicêtre, l'agitation maniaque et l'égarement de la physionomie étaient aussi très accusés, cet état était manifestement subordonné à des hallucinations terrifiantes de la vue.
Le mercure comme le plomb peut, dans certaines conditions, agir sur le cerveau et troubler les facultés mentales. Mitivier, mon prédécesseur dans ce service, a rapporté à ce sujet une observation très intéressante. Il s'agit de deux jeunes filles qui habi-
(I) Jolly, Le tabac et l'absinthe, leur influence sur la santé publique, sur l'ordre moral et social. Paris, 1875.