‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 95 sur 207 · MÉNINGITE SPINALE ET SCIATIQUE · texte numérisé non relu

MÉNINGITE SPINALE ET SCIATIQUE

et de 1 intelligence, avait conservé la liberté entière des mouvements des membres, (juand vers le 10 mai dernier je m'aperçus que le pied gauche présentait tous les caractères spéciaux de la démarche des ataxiques, c'est-à-dire que les pieds tremblaient ou j)lutùt oscillaient pendant le mouvement en avant et que le talon IVappait fortement lorsqu'il se posait sur le sol. Le 19 mai, e'est-à-dire neui'jours après, elle fut prise d'un frisson accompagné de vomissements etd'une grande agitation. En la couchant, on s'aperçut que le bras tremblait beaucoup lorsqu'elle imin'imait des mouvements à ce membre. Le lendemain malin, ce ti-enibicment persistait de telle façon qu'il lui était impossible déporter à sa bouche sa cuillei" ou son verre. Cette ataxie existait bien davantage à droite qu'à gauche ; les deux pieds, et surtout le droit, présentaient aussi les mêmes phénomènes. M. Coyne, interne de mon service, qui a vu aussi ces premiers symptômes, notait, de plus, dans le membre inférieur droit, une légère hyperesthésie. En outre, la malade se trouvait dans un état semisomnolent, présentait une grande obtusion de rintelligence ; elle répondait à peine aux questions qu'on lui adressait.

Le lendemain, l'hébétude et tous les autres phénomènes étaient les mêmes, et on constatait à la partie supérieure des gouttières rachidiennes, au niveau des masses latérales gauches de la troisième vertèbre cervicale, l'existence d'une douleur très vive, que l'on provoipiait par la pression seule ; cette douleur existe encore, ainsi que vous allez pouvoir le constater, et, circonstance qui pourrait la faire méconnaître, elle occupe à peine une étendue de 1 centimètre La sensibilité électro-musculaire est diminuée dans le dos, le cou, les membres ; la douleur ne se manifeste pas, ou à peine, quelque forte que soit l'excitation, mais la conlractilité électro-motrice n'est pas modifiée ; les muscles obéissent à cet excitant avec leur énergie habituelle; un état fébrile assez marqué a accompagné ces accidents, car la température rectale, qui, auparavant, ne dépassait pas 87o,4, est montée pendant plusieurs heures, et à plusieurs reprises, à 40", "i ; la température axillaire, qui était de .i6",8, est montée à 39% ''2.

Aujourd'hui, (pi'une rémission dans tous les symptômes tend à le faire, la température rectale est descendue à 38o, 4; mais la douleur cervicale persiste, et l'état mental est resté ce qu'il était dès les

PAliALYSIE r.ÉNÉHALE.

premiers jours ; l'hébétude est profonde, l'attention et la compréhension presque nulles, le mutisme à peu près absolu ; en un mot, l'état de cette femme a notablement empiré.

Je considère ces symptômes comme étant l'expression d'une méningite spinale localisée dans la partie postérieure du cordon médullaire. J'en ai vu déjà plusieurs exemples où les lésions occupaient toujours la partie postérieure de la moelle, limitées quelquefois en des points très circonscrits. Je crois que, chez des paralysés généraux, on doit considérer cet état comme le résultat de l'extension aux membranes spinales de l'inflammation des méninges cérébrales pendant une de ces poussées congestives qui sont le propre de la méningo-encéphalite chronique diffuse. Dans les cas que j'ai déjà vus, la douleur rachidienne a toujours été constante, ce qui me paraît un signe certain de méningite spinale. Quant aux troubles ataxiques des quatre membres, ils sont en rapport avec une lésion scléreuse des cordons postérieurs, lésion qui, comme vous le savez, amène infailliblement un trouble dans la sensibilité et la conscience musculaires. II est inipossible, en effet, d'admettre que la démarche ataxique puisse être rapportée à une lésion autre qu'à une lésion de la moelle ; tous les travaux entrepris sur ce sujet, ceux en particulier de Westphal, plus spécialement appliqués à la paralysie générale, et mes recherches personnelles établissent que la cause de ces troubles moteurs réside dans la destruction d'un certain nombre d'éléments nerveux dans les racines et les cordons postérieurs, et que la dégénérescence grise scléreuse de la moelle existe, quoique très superficielle, chez les aliénés qui présentent cette démarche spéciale.

Les autres malades, en assez grand nombre déjà, sur lesquels j'ai observé ces accidents, ont tous été pris presque subitement, comme la femme dont je viens de vous parler; et il est à noter que chez tous, ces phénomènes ont été le signal d'une aggravation de l'état morbide antérieur, comme si ces symptômes indiquaient la généralisation de la lésion ; en effet, la démence se prononce davantage, l'hébétude survient, l'attention devient plus difficile à obtenir, la parole est plus ànonnée et plus tremblée. C'est ainsi qu'une de mes malades nommée Donavie est tombée dans un état bien plus grave dans les premiers jours de janvier, à la suite de phénomènes analogues.

MÉNINGITE Sf'INAF.E ET SCIATIQUE.

Je lii trouvai, à la visite, en état de stupeur, la tète fortement inclinée sur l'épaule droite, les muscles du cou rigides ; je m'assurai, en môme temps, que la pression sur les apophyses épineuses des vertèbres cervicales et surtout de la première, était très douloureuse, que l'application dans le môme point d'un linge mouillé d'eau froide déterminait de l'oppression ; à partir de ce moment, la malade est tombée dans l'obtusion et dans la démence la plus profonde ; elle a commencé à gâter, et n'a pu continuer à faire de la charpie comme avant l'apparition de ces accidents; son état est aujourd'hui aussi grave que possible (1).

Ces phénomènes sont quelquefois le point de départ ou du moins le signe prodromique d'attaques épileptiformes ou môme tétaniformes qui viennent aggraver l'état morbide si grave déjà. C'est ainsi que peu de jours après les phénomènes méningo-spinaux, la nommée B. . . a été prise des phénomènes suivants : Perte subite de connaissance, mutisme, rotation de la tête et des yeux à droite, oscillations latérales des yeux {nijstagnms), rigidité des muscles delà face surtout sensible au niveau de l'union du tégument cutané avec les muqueuses, mouvements de grattage avec la main droite. Cette attaque a duré plus d'une heure, et depuis, l'état mental et l'état physique ne sont pas revenus à celui où ils étaient antérieurement ; l'intelligence a subi une atteinte grave dont elle ne se relèvera pas. C'est dans les mêmes conditions que, trois semaines après l'apparition des symptômes que nous étudions, la nommée Donavie a été prise d'attaques épileptiformes, dans lesquelles la tête était fortement inclinée à gauche et y revenait par secousses brusques, lorsqu'on la portait à droite ; on constatait des grimaces de la face, de l'écume à la bouche, des mouvement convnlsifs cloniques, d'abord dans les deux membres supérieurs; puis, dans le gauche seulement, où existait de la contracture, ainsi que dans les membres inférieurs ; la perte de connaissance, pendant tout ce temps, était absolue. Cette attaque dura, la première fois, cinq heures et sa disparition parut (h?voir être attribuée à une médication révulsive énergique.

(1) Elle est morte eu juin 1869. L'autopsie a montré, au niveau îles deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième vertèbres cervicales, le long du sillon nii'dian postérieur, des adhérences du feuillet viscéral do raradinoïde avec la dure-mère, qui étaient fortement organisés. Toute raraclinoïde avait un aspect tomentcux. Aucune lésion à la face antérieure de la miielle.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Une autre malade qui m'a présenté ces mêmes phénomènes, la nommée R..., a été atteinte de symptômes qui peuvent donner lieu à des erreurs de diagnostic ou du moins dont le mode de production est méconnu, je veux parler de douleurs sciatiques.

Elle a accusé subitement une douleur suivant le trajet du nerf sciatique gauche; douleur ayant son maximum au niveau de la grande échancrure sciatique et s'irradiant dans tout le membre, mais surtout dans la cuisse ; il existait, en outre, une hyperesthésie considérable sur les apophyses épineuses des dernières dorsales ; la pression et l'application d'un linge mouillé d'eau froide y provoquaient une douleur très vive. 11 faut remarquer que ces phénomènes avaient été précédés pendant quatre jours et étaient accompagnés de nausées et de vomissements ; chez cette malade, comme chez les autres, ces accidents ont été le point de départ d'une aggravation dans la maladie : obtusion intellectuelle, indifférence, mutisme ; mais le fait sur lequel je veux insister en ce moment, c'est que cette malade avait une sciatique unilatériile qui était liée à une altération des méninges spinales.

La hilatéralilé de la sciatique doit bien autrement éveiller l'attention du médecin. Remak avait déjà observé ce fait sur des hommes qui, à la suite du tabès cervicalis, souffrent de névralgies excentriques dans les membres, que l'on confond souvent, dit-il, avec des douleurs rhumatismales; mais il n'est pas besoin àe tabès cervicalis pour les observer ; il y a, en effet, des cas où ces douleurs font pour ainsi dire explosion chez des sujets indemnes jusqu'alors de toute affection, et sont trop souvent confondues avec des sciatiques ordinaires.

J'ai eu l'occasion dans ces derniers temps (1868), ayant été appelé en consultation au Havre, auprès d'un malade atteint de ce genre d'accidents, d'éclairer plusieurs honorables confrères de cette ville sur la cause originale de ces douleurs, sur leur valeur prognostique, et sur la thérapeutique à instituer ; jusqu'à ce jour, les résultats obtenus ont dépassé notre attente. Voici, d'ailleurs, la relation de ce fait intéressant : le malade, âgé de cinquante-deux ans, menait une existence de travail continuel et poussé jusqu'aux dernières limites du possible. Sa profession, celle de courtier de commerce, l'exposait à des émotions constantes. Debout de très bonne heure, il ne rentrait chez lui que le soir tard ; mais là même, les affaires le

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