PROCÉDÉS POUR DÉTRUIRE L’ÉTAT HYPNOTIQUE
personne, excepté par vous, ou par un autre médecin désigné par vous. — C’est une mesure véritablement philanthropique à laquelle je vous engage d’avoir toujours recours pour éviter à ces sujets une foule de dangers et de surprises dans la vie courante. Cette suggestion réussit en général très bien.
(PI. É fig. 1. — PI. H, fig. I et 2)
L état léthargique est la phase la plus profonde et la plus accentuée des différents états de l’hypnotisme, celle dans laquelle vous constaterez l’anéantissement le plus complet de la Personnalité humaine, qui tombe instantanément dans un état quasi comateux, en quittant tout contact avec le monde extérieur et toute conscience de sa situation.
Cet état léthargique, dont les caractères ont été si minutieusement étudiés dans ces derniers temps, se révèle par des manifestations contradictoires d’une très grande netteté ; — par de la torpidité de certaines fonctions nerveuses d’une part, et, en même temps, par une sorte d’exaltation compensatrice d’autres fonctions qui arrivent parallèlement à un degré d’exaltation extrême.
Ainsi, en même temps que vous constaterez l'anéantissement des forces motrices du sujet, en vertu duquel il tombe affaissé, incapable de se tenir debout par une sorte de sidération instantanée, vous verrez les mêmes forces musculaires acquérir en d’autres régions un degré d hyperexcitabilité extrême ; — vous verrez certains groupes de muscles devenir aptes à engendrer incontinent une énergie dynamique double de leur puissance
normale, et vous constaterez ainsi ce phénomène étrange — d un système musculaire trappé d’asthénie générale, et qui par places est susceptible, sous certaines incita-
tions de doubler son énergie dynamique.
Dans le domaine des régions sensitives vous constaterez aussi des phénomènes dissociés du même ordre.
Ainsi, tandis que vous noterez l’anesthésie répandue sur la peau et les muqueuses, vous verrez, dans le domaine de la sensibilité optique, des foyers d’hyperesthésie se révéler instantanément ; — vous verrez par exemple des sujets hypersensitifs sentir les impressions lumineuses irradiées d’une boule colorée, à travers l’épaisseur d’un écran interposé !
Dans le domaine, de l’activité psychique, si vous constatez qu’à ce moment, plongé en pleine léthargie, le sujet n’entend plus, ne sent plus, ne voit pas le monde extérieur, — qu’il est en quelque sorte fermé à toute incitation et incapable de toute vie consciente, d’un autre côté, vous verrez qu’en présence de certains agents extérieurs, les régions émotives de son être deviennent douées d’une réceptivité telle qu’elles entrent en émoi sous l’action des vibrations infinitésimales irradiées des substances avec lesquelles on les met en présence, même à une certaine distance des téguments.
Tous ces phénomènes, que je vous énumère ainsi à la hâte, sont aussi étranges qu’imprévus, et rien dans le domaine de la physiologie nerveuse moderne n’est encore apteà nous en donner une explication régulière.
Ceci dit, je vais vous exposer rapidement les détails des principaux phénomènes que je viens de vous signaler d’une façon générale.
La léthargie est primitive ou secondaire ; elle est primitive lorsque le sujet est mis directement de l’état de veille en léthargie ; — elle est secondaire lorsque le sujet, déjà en cours d’expériences, en somnambulisme
DE L’ÉTAT LÉTHARGIQUE par exemple, est remis par un artifice quelconque en période de léthargie. — J’appelle léthargie de retour celle dans laquelle retombe un sujet qui en a été tiré par l'action d’une substance tenue à distance et qui y retombe motu proprio , ou par la soustraction de cette substance incitatrice.
J’aurai l’occasion de vous faire voir cette série de curieux processus et vous jugerez ainsi de la sincérité des faits que je vous annonce.
Quelle que soit la façon dont elle est produite, la léthargie de l’hypnotisme moderne présente des caractères tellement tranchés, tellement nets, tellement constants, qu’on peut la considérer comme un ensemble symptomatique très légitimement circonscrit. — Elle est caractérisée par les caractères suivants.
Aussitôt que le sujet est assis dans un fauteuil et que l’on procède à l’hypnose (quel que soit le procédé), aussitôt qu’il se sent envahi, il ferme les yeux, devient silencieux, il tombe comme foudroyé, dans un état d’abandon complet, et se renverse en arrière. — Sa tète oscille à gauche ou à droite, sans soutien — Il est flasque et sans défense, à la merci de l’expérimentateur qui l’a ainsi plongé dans cet état de mort apparente.
Que constaterez- vous alors ?" Des modifications variées portant sur les différentes régions du système nerveux : — d’abord, des anesthésies multiples, de l’obnubilation psychique (par inhibition) — puis, comme compensations, des hyperesthésies et des hypersthénies diffuses et des hyperexcitabilités émotives par dynamogénie.
ANESTHÉSIES. — HYPERESTHÉSIES
1" Le sujet étant dans l’état indiqué, si vous examinez la sensibilité cutanée avec une épingle, ou une aiguille à transfîxion, vous ne constatez aucune réaction ; vous pourrez faire un pli à la peau, la traverser par cette épingle. Le sujet ne sent absolument rien (PL II, fig. 2) et, la plupart du temps, il n’y a pas d’écoulement de sang par la piqûre, il ne bouge pas; — de même pour les muqueuses nasale, buccale et palpébrale, aucune réaction ne se produit, et bien plus, à l’aide d’une pince vous pouvez serrer un pli de la peau, les muscles sous-jacents, la pulpe des doigts, il demeure impassible. — Chez la plupart des sujets, la perte de la sensibilité au contact, au chatouillement, à la douleur, à l’excitation électrique est immédiate et complète.
Il en est d’autres par contre qui, dans cet état, conservent encore intacte une portion de sensibilité des téguments, c’est la sensibilité spéciale au contact des métaux. — C’est un mode inconscient de sensibilité soit, mais c’est un fait réel. — Alors que la peau ne donne plus aucune réaction en présence des piqûres et des pincements, présente-t-on à sa surface une pièce de métal, d’or ou d’argent, on voit des phénomènes de réaction se produire, et les muscles sous-jacents entrer en contraction.
J’ai vu un sujet, le nommé V. . . , qui présenta à ce propos une particularité des plus remarquables, au point de vue des phénomènes vaso-moteurs des téguments. — L’application d’une pièce d’or de vingt francs sur la peau déterminait chez lui localement une vive rougeur, et, si le contact était maintenu, une véritable escarre.
Comme ce phénomène se produisait en période léthargique, il était souvent très surpris de sentir à son réveil des plaques de véritables brûlures produites par des expérimentateurs non initiés à cette particularité (1).
Si nous passons maintenant àFexamen des phénomènes caractérisés par l’exaltation des fonctions sensitives , nous nous trouvons encore en présence de révélations du plus haut intérêt.
Ainsi, je ne vous parle qu’incidemment de l’exaltation de la sensibilité optique dont je vais tout à l’heure vous donner la démonstration ; — vous allez voir un sujet qui une fois en léthargie est frappé d’anesthésie complète de tous les téguments cutanés ; eh bien ! par contre, la sensibilité est tellement conservée et concentrée dans l’épanouissement de ce même nerf optique, qu’ayant les yeux fermés, si je place devant lui un bouchon de carafe (en ayant soin d’interposer un écran en bois de 5 millimètres d’épaisseur), vous allez le voir aussitôt sentir la lumière, ouvrir les yeux démesurément, avec un regard effaré, sans proférer aucune parole, comme dans un état de violent effroi (PI III, fig. 4). — J’enlève le bouchon, le sujet retombe en léthargie, je le lui présente de nouveau, il ouvre toujours les yeux itérativement ; et, vous vous convaincrez aussi qu’en même temps que la sensibilité a disparu cà la surface des nerfs cutanés, la sensibilité des expansions optiques s’est augmentée d’une façon concordante, et cela dans des proportions tout à fait insolites.
(1) Sensibilité du tégument au contact de l’or. — Gazette des hôpitaux, G mars 1888. — Dumoktpellier et Magnin. — Etudes expérimentales sur la. métal! osco pie. — L' hypnotisme et faction de divers ayents phtisiques dans l'hystérie. (Académie des sciences, 1882.)
Y a-t-il là transposition des activités nerveuses émigrées des téguments cutanés vers les expansions optiques? — les courants nerveux disparus d’un réseau se sont-ils transportés ailleurs ?
Ce sont là des problèmes d’un ordre nouveau que je livre à vos méditations et que je ne fais que vous signaler. — Vous remarquerez encore à ce propos qu’il s’agit là seulement d’un phénomène de sensibilité visuelle d’ordre physique; c’est l’appareil de la vision physique qui seul entre en jeu. La vision mentale est complètement absente.
l’asthénie et l’hypersthénie ; hyperexcitabilité