NEURO-MUSCULAIRE
Les sujets hypnotisés, une fois qu’ils sont plongés en léthargie, se trouvent dans un état de résolution complète, analogue à l’état comateux, ainsi que je vous l’ai indiqué. Tout leur système musculaire est dans un état de relâchement complet. Les bras quand on les lève retombent inertes le long du corps, les jambes de même. Si le sujet est assis, il a de la tendance à glisser. Aucune trace de tonicité quelconque, c’est partout l’état de flaccidité et d’asthénie qui domine.
Mais, à côté de cette résolution complète, on voit se révéler un phénomène excessivement curieux et véritablement pathognomonique, que l’on peut considérer comme le véritable critérium de l’état léthargique. Ce phénomène, qui a été signalé d’une façon toute spéciale par M. Charcot, sous le nom d hyper excitabilité neuromusculaire , se révèle tout particulièrement sur certains groupes de muscles, et principalement sur des groupes à l’exclusion des antagonistes.
Cette hyperexcitabilité, comme il l’indique, est sur-
DE L’ÉTAT LÉTHARGIQUE tout caractérisée par ce fait étrange en vertu duquel — lorsque, par exemple, vous touchez légèrement la peau de l’avant-bras d’un sujet léthargique, ou que vous compressez légèrement le nerf cubital à son passage au coude, vous voyez immédiatement la main se fléchir, le bras entrer en flexion, et cela avec* une vigueur dynamique dont on n’a pas d’idée sans l’avoir appréciée par soi-même. — Les avant-bras sont fléchis avec une énergie telle qu’on ne peut les défléchir sans entraîner le corps avec soi ; la force au dynamomètre, comme je vous le démontrerai, est en même temps plus que doublée: elle s’élève jusqu’à 25 kilogs. — Et, chose étrange! (PL II, fig. 2) ces puissantes contractures qui ont été ainsi expérimentalement provoquées, vous pouvez les détruire immédiatement par un procédé très simple : — il suffit de produire le moindre frôlement sur les muscles des régions antagonistes des extenseurs du bras et de l’avant-bras, pour faire tomber immédiatement ce spasme musculaire et rétablir l’état de flaccidité des membres (1).
Ce sont là des faits expérimentaux, empiriquement acquis, sur la pathogénie desquels, il faut bien l’avouer, nous n’avons pas encore d’explication physiologique satisfaisante à fournir (2) ; ils constituent, comme je vous l’ai indiqué, un caractère somatique d’une valeur indiscutable.
A l’étude de ces phénomènes d’hyperexcitabilité neuro-
(1) On peut produire les mêmes phénomènessur les muscles extenseurs de l’avant-bras. On détermine alors une contraction de tous ces muscles et les doigts prennent les apparences d’une véritable griffe à mesure que l’efïort musculaire se dessine. — L’attouchement de la région antibrachiale antérieure suffit à amener la décontraction.
(2) Les muscles des membres inférieurs sont aptes à présenter les mêmes réaclions, il en est de même pour ceux du tronc ; mais ces études ne peuvent être convenablement faites en public, je me contente de les signaler.
musculaire, qui se révèlent d’une façon si intense sur les muscles des membres, j’ajouterai quelques mots au sujet de l’état d’exaltation fonctionnelle que certains muscles de la face sont susceptibles de présenter dans la phase léthargique, lorsque par un léger contact on vient à solliciter leur mise en jeu (1). — C’est ainsi que, chez certains sujets qui sont dédoublés, on peut d’un côté solliciter les muscles dilatateurs des traits de la face ; celleci se dilate, s’épanouit, et on assiste à l’expression de la gaîté (PL II, fig. 4 et PL VIII, hg. 1). Et de l’autre côté, si on sollicite les muscles contracteurs, on obtient le resserrement des plis delà peau, la physionomie se rembrunit, se concentre, et on obtient ainsi l’expression de la tristesse (PL II, fig. 3). — Et tout cela, rien que par l’effet de l’activité automatique des muscles, sans la moindre participation consciente du sujet, sans la moindre émotion réelle.