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TROISIEME LEÇON

DU SOMNAMBULISME

(Schéma, PI. 1, fi g. 1)

SOMMAIRE

du somnambulisme. — Caractères généraux de l’état somnambulique. — Symptomatologie : A. Somnambulisme avec les yeux ouverts. — Procédés pour produire le somnambulisme :

1° Troubles psychiques ; dissociation des facultés perceptives ; changement de personnalité ; crédivité ; exaltation delà mémoire et de l’imagination.

2° Troubles somatiques; anesthésies; hyperexcitabilité et contractures superficielles des muscles ; examen ophtalmoscopique du fond de l’œil.

Marche, durée, diagnostic.

B. Somnambulisme les yeux fermés ; — du somnambulisme spontané; — hémi-léthargie ; hémi-somnambulisme; — hémi-léthargie ; hémi-veille. — Le lobe cérébral droit paraît concourir comme le lobe gauche à la faculté du langage et de l’écriture.

Expériences : Suggestions expérimentales à faire un faux témoignage et à commettre un crime. — Tentative d’empoisonnement. — Exemple d'hyperacuité visuelle. — Action du haschisch contenu dans un tube de verre, et modifiant l’intensité du chant du sujet à distance.

Messieurs,

Vous avez vu, dans les précédentes conférences, le sujet en période de léthargie devenu subitement inerte et abîmé dans le néant de son être ; — puis , dans la période de catalepsie, vous l’avez vu prendre un peu de vie et donner quelques signes de récupération de son activité mentale. Dans ces deux états qui se sont déroulés devant vos

DU SOMNAMBULISME yeux, vous n’avez constaté que des phénomènes silencieux qui se sont manifestés comme les mouvements d’un appareil mécanique, fonctionnant en silence par le glissement régulier de toutes ses pièces ; — dans ces deux états c’est le silence, c’est l’activité tranquille et muette qui domine la scène, — le sujet n’entend pas, il ne perçoit pas les sons phonétiques, et par conséquent il ne réagit pas, il est muet parce qu’il est sourd.

Dans la phase nouvelle dont nous allons aborder 1 étude sous le nom de somnambulisme c’est tout une autre série de phénomènes que nous allons voir se dérouler .devant nous.

G est la vie, du moins la vie apparente, s’exprimant par la parole, qui se manifeste alors. C’est la vie avec la mémoire, avec une certaine dose d’imagination qui entre automatiquement en jeu, et qui donne au somnambulique lucide un aspect insolite et véritablement surprenant. — Le sujet, en effet, les yeux éveillés, la parole sur les lèvres, le geste en action, représente à s’y méprendre les apparences de l’individu normal ; c’était la statue muette, immobile tout à l’heure : actuellement c’est encore la même statue qui s’anime, qui se meut, qui parle et parait être en conflit naturel avec le milieu ambiant (Comparer PI. IX, fig. 1 avec la fig. 2 et fig. 3 avec la fig. 4).

Vous allez donc voir apparaître devant vous, à l’aide d’une modification infinitésimale provoquée empiriquement, dans certaines régions de l’encéphale, des états psychiques tout nouveaux, méconnus la plupart du temps des personnes étrangères à cet ordre d’études, et qui donnent si bien le change sur l’état mental des sujets en expérience.

1)1! SOMNAMBULISME

Je vous parlerai plus tard des conséquences médicolégales que cet état peut entraîner (1) au point de vue de l’appréciation de la responsabilité afférente à certains sujets en période de somnambulisme lucide; on les considère volontiers comme coupables d’actes délictueux ou criminels, alors que ces actes ont été inconsciemment accomplis en période de somnambulisme lucide.

Cette phase étrange de l’hypnotisme, si caractéristique, se distingue des précédentes en ce sens qu’elle présente cette particularité toute spéciale de se prêter à la reproduction artificielle d’un grand nombre de phénomènes appartenant à la pathologie mentale. — C’est un terrain tout préparé, et vous allez voir que, chez les sujets somnambuliques, on peut successivement faire surgir des hallucinations , des illusions sensorielles et viscérales, — des conceptions délirantes appropriées qui peuvent même persister quelquefois à l’état de veille, — des délires orientés dans telle ou telle direction , au gré de l’expérimentateur, et vous verrez que toute cette série d’actes morbides, si fréquemment observés dans le domaine de la pathologie mentale sous le nom d’actes impulsifs, d’impulsions irrésistibles, se trouve reproduite artificiellement dans la période som-

(1) Jecroisque c’est dans cette direction qu’il faut chercher l’explication physiologique de ces phénomènes étranges dont le docteur Azam nous a tracé un si frappant tableau, dans l’histoire de cette malade Fclida qu’il a observée avec tant de soin et de perspicacité. — Je serais porté à ne voir sous cette forme de dédoublement delà personnalité et d'amnésie périodique qu’un processus de somnambulisme spontané à accès périodiques. — L’indépendance complète des deux états psychiques se succédant l’un à l’autre, sans empiètement, présente un tableau fidèle de ce que nousvoyons tous les jours chez nos somnambuliques, qui ne conservent aucun souvenir de leurs différentes conditions mentales, Azam, Hypnotisme et double Conscience. Paris, 1881.

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nambulique de l’hypnotisme, sous forme de suggestions instantanées ou à échéances.

Je tiens à vous donner un exemple d’une conception délirante suggérée expérimentalement dans l’esprit d’un sujet prédisposé.

Ainsi Théo que je vous ai déjà présentée avait été placée en période de somnambulisme il y a quelques mois; je lui suggérai alors l’idée qu’elle assistait à une scène d assassinat, et que le docteur X en était l’auteur.

Cette scène, qui avait été ainsi imprimée dans son cerveau en période de réceptivité toute spéciale, ne s'éteignit point au réveil. — Théo était redevenue lucide et consciente pour toutes les choses de la vie ambiante, mais, au milieu de son existence nomade, elle continuait à voir dans M. X l’assassin dont la physionomie l’avait frappée dans la période somnambulique. — Elle délirait sur ce point fixe et me répétait sans cesse pendant près de trois semaines, avec une apparence de sincérité complète : — « Vous avez bien tort de garder près de vous M. X et il vous fera un mauvais coup. » — Et finalement, elle s’animait en parlant, et si je l’avais poussée à tirer sur lui un coup de revolver, elle l’aurait fait certainement, convaincue de tirer vengeance d’un crime perpétré par lui. — Il a fallu donc pour qu’elle abandonnât cette obsession, qui n’était que la prolongation d’un état mental artificiellement créé, la remettre dans le même état cérébral on l’obsession avait été inculquée (1). Cette obsession fut ainsi complètement éteinte.

(!) Je cite à ce propos les faits suivants.

<< Des agents en tournée de service sur le Cours-la-Reine remarquèrent, la nuit dernière, vers quatre heures, un homme de misecon-

DU SOMNAMBULISME

Vous voyez donc clans cet exemple bien net un cas qui nous permet d’assister à la genèse d’une conception déli-

venable qui, étendu sur un banc, sanglotait, paraissant en proie à un profond désespoir.

« Dès qu'il eut aperçu les deux gardiens de la paix, il se leva et prit la fuite, mais il fut bientôt rejoint et conduit au poste, où il fit au commissaire la déclaration suivante :

« — Je m’appelle Auguste H... Je demeure rue de Berry. Au cours d’une discussion, j'ai frappé manière de deux coups de couteau. Elle est morte aussitôt! Je suis un misérable!

« Un agent fut envoyé rue de Berry où il fut reçu par Mme H... qui, mise au courant de la déclaration de son fils, dit que depuis quelque temps il avait l’esprit troublé.

u Souvent il avait des accès de folie et, prononçant des paroles incohérentes, parlait d’assassinat et de coups de couteau.

« Le mois dernier, il avait assisté à une séance d’hypnotisme où il s’était fait hypnotiser, et pendant l’expérience, on lui avait suggéré l’idée d'assassiner à coups de couteau un mannequin.

« Depuis cette époque, il est sujet à des accès et croit à chaque instant avoir tué sa mère. »

(Extrait du GU Dlas , 29 avril 1888.)

On trouve encore relaté dans le Bulletin médical de juin 1887 le fait suivant.

Les dangers de l’hypnotisme. — H y a quelques jours, on conduisait à l'hôpital Saint-André, dans le service du professeur Pitres, un jeune homme qui, dans une crise de sommeil hypnotique, avait cherché à se suicider. Ce malade, employé à la Compagnie des chemins de fer du Midi, était un des sujets ordinaires à l’aide desquels M. Donato faisait dernièrement à Bordeaux des séances publiques d'hypnotisme. Depuis cette époque, il est sujet à des crises de sommeil spontané pendant lesquelles il accomplit des actes inconscients qui ne sont pas sans danger pour lui et pour les personnes de son entourage.

« M. Pitres s’efforce de ramener le calme dans ce cerveau malade. Après une ou deux courtes séances d'électrisation cérébrale, il a recommandé le repos intellectuel le plus absolu. Plus tard, on essayera de détruire une à une les diverses suggestions sous l’intluenee desquelles il paraît encore se trouver. Depuis qu’il est à l’hôpital, une amélioration sensible s’est produite dans son état.

« Cet exemple regrettable démontre les dangers des pratiques d'hypnotisation inconsidérée et non scientifique. Les sujets hypnotisés sont des malades qu'il peut être parfois utile de montrer dans une clinique à un public médical, mais qu’il n’est pas sans inconvénients d’exhiber en public et de soumettre à des expériences fréquemment répétées. »

[Journal de médecine de Bordeaux.)

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rante fixe et indéracinable, comme toutes celles que les fous engendrent en apparence spontanément, sous forme d’une hallucination de la vue, et devant lesquelles les raisonnements d’un esprit sain échouent perpétuellement; — et cela parce quelles ont été conçues dans une phase anormale de l’esprit, dans l’état de sommeil, à 1 état de rêve persistant, comme j’en ai déjà relaté plusieurs exemples, (1) ou peut-être pendant une période

transitoire et fugace d’un état spontané de somnambulisme.

On voit encore ici combien ces conceptions suscitées dans un cerveau malade par ce mystérieux mécanisme sont susceptibles d’avoir des conséquences sociales de la plus haute gravité. — A un moment donné le sujet peut devenii vengeur, dénonciateur, et cela d’une façon tout à fait inconsciente, en vertu d’incitations secrètes suscitées par un hypnotiseur gardant l’anonyme.

Dans l’exemple que je viens de vous citer de Théo, j’ai pu, comme je vous l’ai dit, faire cesser cette incessante

obsession en la mettant comme précédemment en somnambulisme, et en lui disant de ne plus considérer M. X comme un assassin attendu que la Cour d’assises venait de 1 acquitter. — C’est ainsi que j’enlevai cette idée morbide d une façon méthodique : au réveil je pus constater que Théo avait rendu son estime à M. X et que 1 obsession qui durait depuis trois semaines avait complètement disparu.

\ a-t-il dans ce lait le germe de la guérison possible de certaines conceptions délirantes, de certaines obsessions persistantes ! — C est un secret que l’avenir nous

(i) Luys. Des rêves persistants à l’état de veille au point de vue de la genealogie de certains délires. - Le Cerveau et ses fonctions, p. i 57, 1876, Paris.

I)U SOMNAMBULISME

dira peut être, mais ce que nous venons de rapporter nous conduit à supposer la chose comme possible.

En résumé, le somnambulique va, vient, sent, au gré de la volonté de celui qui le dirige ; il ressent ce qu’on veut qu’il ressente, il agit dans le sens qu’onluiimpose. Il raisonne avec des idées fausses qu’on implante dans son esprit et qu’il accepte avec une passivité complète ; il se place en un mot dans le milieu qu’on lui impose.

Incapable de réaction personnelle, au point de vue de la stricte définition légale, il est instantanément transformé en un véritable aliéné , complètement étranger au milieu ambiant et inconscient de ses actions .

SYMPTOMATOLOGIE

Dans l’ordre naturel des choses que nous exposons, et en suivant les étapes que je vous ai indiquées sur le schéma, vous voyez que l’état somnambulique est le dernier effort que fait l’organisme pour remonter à l’état de veille; il est donc intermédiaire, dans la sériation ascendante, entre l’état cataleptique et la veille. — Si vous l’envisagez dans les périodes descendantes, il représente la période initiale de l’hypnotisme, la période primaire que ne dépassent pas la plupart des sujets, incapables de descendre dans la léthargie (les fascinés). — Dans ce cas, l’état somnambulique est dit primitif ; il est dit secondaire lorsqu’il succède à l’état cataleptique.

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