PARTIE EXPÉRIMENTALE
HÉMI-LÉTHARGIE, HÉ MI-CATALEPSIE
Je vais aujourd’hui vous présenter de nouveau la nommée Théo. Elle présente les phénomènes du grand hypnotisme avec une très grande exactitude. Elle a des zones hystérogènes, le lobule de l’oreille, le mamelon des seins qu’il suffit de toucher légèrement pour la faire tomber en léthargie. — Elle est de plus très nettement dédoublée, ainsi que vous allez le voir.
Vous la voyez arriver devant vous en parfaite lucidité, elle parle avec netteté et a pleinement conscience de ses actes. — Vous voyez, je la fais asseoir et, tout en parlant, je lui serre doucement le lobule de l’oreille gauche; incontinent, elle tombe devant vous en résolution complète avec anesthésie totale des téguments et perte absolue de la conscience du milieu ambiant. Elle est, dans cet état, soudainement frappée d’abandon de toute sa personne, en pleine léthargie.
Vous voyez, en interrogeant la sensibilité des avantbras, que, si la sensibilité a disparu des téguments, une
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autre force s’est, révélée avec des caractères d’une intensité
extrême : c’est, l’hyperexcitabilité neuro-musculaire. — Je vais vous montrer que ce sujet est très nettement dédoublé et que, d’un côté, on peut le placer en catalepsie, et de l’autre côté le laisser en léthargie. 11 suffit pour cela d’ouvrir l’œil droit seul, et vous voyez, en raison du mécanisme intime dont je vous ai parlé à la dernière séance, le bras droit demeure en catalepsie tandis que le bras gauche, dont le lobe correspondant n’a pas été éclairé, reste à l’état flasque en période léthargique (PL IV, flg. 1).
J’ouvre maintenant l’autre œil, et vous voyez ainsi que, parle seul fait de l’arrivée des vibrations lumineuses dans l'autre lobe cérébral, le côté gauche du sujet se met à l'unisson de son congénère et passe nettement à l’état cataleptique.
Cet état cataleptique franc présente une série de phénomènes dont je vous ai déjà parlé et dont je vais vous faire la démonstration. — Ainsi, on peut donner au sujet une série d’attitudes variées, et vous allez voir combien les membres sont dociles, malléables et aptes à rester dans les positions qu’on leur donne. — Je prends les bras de Théo, je les étends : ils obéissent sans résistance et peuvent ainsi rester dans cette attitude jusqu’à une époque variable d’épuisemeîit musculaire (20 à 25 minutes).— Je la mets maintenant à genoux en lui joignant les mains dans l’attitude de la prière : vous voyez qu’elle s’adapte parfaitement à cette situation et que des émotions appropriées se développent en elle ; sa figure regarde le ciel, ses yeux sont fixes dans la même direction; ses lèvres marmottent silencieusement quelques paroles d’une prière habituelle, et l’ensemble de sa personne présente une expression extatique des mieux caractérisées (Comparez avec PL V, fig. 1 et 2).
HÉMI-LÉTHARGIE. — HÉMI-CATALEPSIE Maintenant je la relève, j etends son bras droit, je ferme sa main dans l’attitude d’une personne qui montre le poing à un ennemi imaginaire, et vous voyez la figure s’accommoder à la situation nouvelle et devenir menaçante, l’autre main se contractant à son tour (PI. IV, fig. 4).
Dans une autre gamme de sentiments, je prends sa main droite, je la mets devant ses lèvres, je lui fais faire le mouvement d’envoyer un baiser à distance, et vous voyez qu’incontinent sa figure s’éclaircit, ses traits se dilatent, sa physionomie devient souriante, et elle envoie ainsi une série de baisers à un être imaginaire (PL IV, fig. 2).
Ce sont là des attitudes statiques; vous allez voir qu’on peut développer des mouvements dynamiques chez ces sujets rien que par la vision. -• - Avec mes deux mains, je décris devant elle des moulinets : quelque soit le mouvement que j’opère avec mon bras, ma main, ma jambe, elles les répète automatiquement. — Bien plus , vous voyez ce crochet et cette pelote de fil, il suffit que je mette l’un et l’autre dans la main appropriée pour qu’immédiatement elle se mette à travailler d’une façon machinale, sans la moindre observation de sa part, sans la moindre mauvaise volonté, comme une véritable machine à coudre mue par un moteur quelconque, et vous remarquerez que, dans toute cette série d’opérations, le sujet ne profère aucune parole ; Théo est complètement sourde des deux côtés; elle ne récupère l’audition qu’en période de somnambulisme.
Voyons maintenant ce qui se passe pour les émotions : je lui présente cette petite boule bleue que vous connaissez déjà ; voyez la répulsion immédiate que cette couleur détermine. Elle se jette en arrière dans l’attitude de Lef-
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froi , sa physionomie devient menaçante et elle veut se précipiter sur la petite boule pour la briser, comme elle a déjà fait dans une précédente expérience (Comparez avec PL III, h g. 1 et 2).
Je présente maintenant cette petite boule jaune ; c’est tout un autre tableau; elle est attirée par l’éclat brillant, elle regarde cette boule avec plaisir, sa figure est épanouie, gaie, et bien plus, vous allez voir ce phénomène étrange se développer, c’est-à-dire la joie s’épanouir en raison directe des surfaces réfléchissantes . — Je lui présente en effet cette grosse boule du volume d’un petit melon, voyez alors comme les manifestations sont beaucoup plus expansives ; — elle s’empare de cette grosse boule avec un plaisir extrême, elle la fait tourner, et le saisissement la faisant passer en somnambulisme, elle parle, elle répond et témoigne par ses paroles des émotions qui la traversent. — Ainsi vous remarquerez ce phénomène étrange qui est d’un très haut intérêt au point de vue psychologique. Elle est actuellement en période somnambulique, elle voit, elle entend, elle parle; elle paraît être en pleine lucidité, et remarquez alors toutes les perturbations qui sont survenues dans son esprit. — Ainsi elle a complètement perdu les notions optiques acquises par l’habitude, relativement à la réflexion des rayons lumineux sur une surface brillante. A ce point de vue là, elle est redevenue complètement enfant, elle voit les figures des personnes ambiantes réfléchies sur la surface de cette boule, et, comme une enfant qui en présence d’une image réfléchie sur un miroir croit à l’existence d’une personne réelle derrière , elle cogne sur ce miroir pour l’appeler. Chez Théo , comme chez la plupart des sujets hypnotiques placés dans les mêmes conditions, c’est la même illusion d’optique qui se reproduit,
HÉMI-LÉTHARGIE. — HÉMI-CATALEPSIE c est le même oubli des connaissances acquises ; et, c’est en raison de ce même mécanisme, qu’en tenant cette boule et en voyant les personnes ambiantes réfléchies sur sa surface, elle croit que ces personnes sont incluses dans la boule. Elle cogne alors avec son doigt sur la boule et demande itérativement qu’on lui ouvre la porte pour y entrer.
Cet objet brillant exerce donc sur le sujet une influence puissante qui le maintient comme un véritable support en période de somnambulisme pendant un temps plus ou moins prolongé. — Cette action rayonnante qui va du corps brillant à l’hypnotisé et qui le maintient ainsi, est démontrée par l’expérience suivante qui consiste à interposer soudainement un écran entre le corps brillant et le sujet. C’est ce que je fais devant vous. — Vous le voyez, j’interpose un écran en bois noir, j’interromps l’action radiante du corps brillant, et le sujet, comme le morceau de fer doux d’un électro-aimant qui cesse de recevoir le passage d’un courant, tombe à terre.
Théo, ainsi privée des incitations qui la soutenaient, revient immédiatement en léthargie. Elle tombe à terre foudroyée instantanément en quelque sorte, et vous pouvez reconnaître qu’il s’agit bien là d’un véritable état léthargique en constatant, d’une part la résolution générale des membres avec l’abolition complète de la conscience, et d’autre part l’hyperexcitabilité musculaire développée dans les avant-bras.
Je fais arriver Théo dans la période de réveil parles procédés usuels , en la faisant successivement passer en période de catalepsie et de somnambulisme. Je lui souffle légèrement sur les yeux ; — elle se frotte les paupières, le réveil est complet et vous voyez que, si je lui demande ce qui s’est passé, — elle répond qu’elle n’en
HÉMI-LÉTHARGIE. - HÉMI-CATALEPSIE sait rien et dit même avec le plus grand sang-froid qu’elle ne vient que d’arriver et qu’elle n’a pas dormi.
Je vais vous présenter maintenant un sujet qui offre ainsi que le sujet précédent une grande netteté dans la démonstration des principaux phénomènes hypnotiques dont je tiens à vous faire l’exhibition. — Esther est en ce moment libre, elle n’est pas à l’hôpital ; elle a été guérie d’attaques hystéro-épileptiques très fréquentes et très intenses qui l’ont tourmentée pendant près de six ans. — Le sommeil hypnotique a été pour beaucoup dans ces résultats obtenus; seulement, elle en a contracté l’habitude de l’hypnose, et, une ou deux fois par semaine, pour maintenir sa guérison — quand elle est atteinte de céphalalgie, quand elle se sent excitée et inquiète, elle vient de nouveau réclamer nos soins et se faire hypnotiser.
Vous la voyez arriver, elle est gaie, alerte, et paraît parfaitement normale ; je la fais asseoir sur ce fauteuil et il suffit de pratiquer sur elle une légère pression avec les doigts sur ses globes oculaires pour la voir presque instantanément, en deux ou trois secondes, perdre la connaissance du monde extérieur et tomber comme vous la voyez en léthargie profonde.
Je répète sur elle les expériences dont vous avez été précédemment témoins au sujet du développement simultané de l’hémi-léthargie et de l’hémi-catalepsie. Puis, je lui donne, comme vous le voyez, une série d’attitudes gracieuses, stables, qui seraient une bonne fortune pour- un peintre on un sculpteur, car il pourrait avec un pareil sujet saisir et reproduire les impressions les plus diverses de l’émotivité humaine. — C’est ainsi qu’Esther devient menaçante ou tendre suivant que je lui ferme le poing ou que
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je pose délicatement ses doigts sur ses lèvres (PI. IV. fig. 2, et 4.)
Je lui présente maintenant une collection de dessins
représentant des jeunes enfants larmoyants ; ses regards se fixent sur ces physionomies et vous voyez que lentement l’émotion chemine dans les régions sensitives ; sa figure prend une expression de tristesse, et si on prolonge la durée de la vision, les yeux deviennent humides, de véritables larmes coulent sur les joues en même temps que la respiration devient suspirieuse. — Inversement, si je prends une série de dessins représentant des enfants souriants, sa figure change du tout au tout, vous la voyez; elle fixe avec attention ces dessins, elle s’en imprègne et peu à peu ses traits s’épanouissent ; elle exquisseun sourire, et, pour peu que l’expérience se prolonge, elle rit franchement.
Si je reprends maintenant avec elle l’expérience des boules colorées nous allons voir les mêmes phénomènes se reproduire. — Ainsi, la houle bleue développe une aversion profonde, un sentiment d’effroi, et une tendance à s’enfuir. La houle jaune au contraire l’attire, la fait sou-
rire, et elle cherche à la prendre avec ses mains. La grande boule jaune produit les mêmes phénomènes que nous avons vus précédemment chez Théo. Elle la contemple avec plaisir, la fait tourner entre ses mains, elle exprime sa satisfaction de voir les images des personnes ambiantes réfléchies à la surface et, comme Théo, elle a
les mêmes illusions d’optique ; elle cogne avec son doigt sur. la boule en demandant qu’on lui ouvre la porte
pour y entrer. L’action étincelante de la boule jaune la
fait aussi passer en somnambulisme.
Je vous ai déjà parlé de la prise du présente ce phénomène avec une très g*
regard ; Esther rande intensité.
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Je prends comme vous voyez son regard en mettant deux doigts de ma main devant ses yeux et je les dirige sur mes yeux. — Il y a alors une action attractive qui s’exerce entre moi et elle, comme tout à l’heure avec Théo. Vous avez vu l’action de la grosse boule jaune s’exercer sur elle et la maintenir en état de somnambulisme : Esther étant ainsi fascinée, elle suit automatiquement mes yeux, quelle que soit leur direction. — Si j’arrive à tourner la tête, elle s’incline immédiatement dans la même direction ; si je mets mes mains devant mes yeux pour arrêter l’action rayonnante du regard, voyez avec quelle énergie avec quelle violence elle se saisit de mes mains pour les abaisser. — Si j’abaisse mes paupières, même ardeur pour les relever et récupérer les vibrations lumineuses du regard dont elle est assoiffée. — Si je marche, elle me suit, et elle me suivra ainsi les yeux dans les yeux même pendant un long chemin.
Cette aptitude à produire la captation du regard n’est pas spéciale à l’hypnotiseur, ni à moi en particulier. Une personne quelconque parmi vous, Messieurs, peut produire les mêmes effets ; il en est de même d’un objet brillant : un bouton métallique, une Heur colorée, sur laquelle on attirerait le regard du sujet hypnotisé suffirait aie maintenir immobile pendant un temps indéterminé. — Mais retenez bien ce fait : il y a là un phénomène étrange sur lequel nous n’avons encore aucune donnée précise, c’est que, entre l’objet brillant qui fascine et l’œil de l’hynoptique fasciné, il y a un lien sympathique, il y a des courants d’une nature spéciale qui vont de l’un à l’autre et qui, comme un courant électro-magnétique , soutiennent l'hypnotisé dans l’état où il est. — La preuve en est que, si on vient à l’interrompre à l’aide d’un écran interposé entre l’un et l’autre, ce courant sympathique est
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ipso facto interrompu, et le su jet, qui n’est plus soutenu, retombe immédiatement en période léthargique. — C’est ce que je vous fais voir ici pour Esther et que vous avez pu précédemment constater chez Théo.
Maintenant, avant de finir, je tiens à vous montrer deux malades de mon service qui ont, comme vous le voyez, tiré quelque profit de leur passage dans nos salles.
L’une est cette jeune fille entrée paraplégique, il y a deux mois, à la Charité, après avoir été traitée dans différents hôpitaux de Paris par tous les remèdes usités en pareil cas, sans avoir éprouvé la moindre amélioration. Vous la voyez maintenant complètement rétablie. Elle marche, elle court, et va nous quitter complètement guérie.
L’autre est une jeune fille hypnotisable atteinte d'une carie douloureuse de deux molaires. — On l’a conduite
hypnotisée à la salle clinique dentaire de l’hôpital. On lui
a fait ouvrir la bouche par imitation cataleptique, et l’opérateur n’a eu littéralement qu’à cueillir avec son instrument les deux dents douloureuses. — Le sujet n’a ressenti aucune douleur, et a été fort étonné au réveil de se sentir débarrassé de ses deux molaires.
Vous voyez, Messieurs, que l’hypnotisme peut avoir dans la pratique quelques applications courantes d’un heureux effet. Je vous montre ces cas intéressants, pour fixer dès le début de nos études votre opinion sur ce point. Je me propose de traiter plus loin cette question de thérapeutique hypnotique avec tous les détails qu’elle comporte pour le moment, et de vous montrer les applications fécondes que cette nouvelle inéliode de traitement est susceptible de présenter.