‹ Leçons cliniques sur les principaux phénomènes de l'hypnotismeChapitre 44 sur 59 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

A l’appui des faits que je vous ai exposés, je vais actuellement vous faire connaître plusieurs sujets fascinables, pour que vous ayez une idée nette de leur allure spéciale, aussi bien que de la soudaineté des transformations mentales qu’ils sont susceptibles de présenter. — Je vous présente de nouveau D. , le jeune avocat dont je vous ai déjà retracé l’histoire pathologique dans une des précédentes séances, et que vous revoyez aujourd’hui repasser encore avec la même instantanéité en période de fascination sur la présentation de mes deux doigts dans son champ visuel (PL 1, fig. 2 et 3, et fig. XI).

Voici maintenant un sujet que vous n’avez pas encore vu et qui a consenti volontiers à ce que je le présente devant vous. — C’est un jeune homme de vingt-deux ans, employé de commerce dans une maison de soierie. — Tous les matins il sort pour faire la place. Son père étant à l’hôpital pour y être traité d’une affection cérébrale, il vient régulièrement le voir. Ce garçon est

actif, intelligent et très impressionnable. Il a l’esprit cultivé; par une sorte d’appétition mystérieuse, que vous rencontrerez souvent, il aime à suivre les séances publiques d’hypnotisme et, m’a-t-on dit, à se faire hypnotiser. — Il trouve un certain bien être à être plongé dans cet état, et le repos qu’il y rencontre lui donne une nouvelle activité pour ses affaires. — Je lui proposai de l’endormir, et après son consentement acquis, je reconnus son impressionnabilité extrême, et son aptitude toute spéciale à la fascination. Du premier coup, arrivant dans mon cabinet, je lui présentai mes deux doigts et immédiatement, comme je le fais actuellement devant vous, il tomba en catalepsie avec anesthésie totale et inconscience de ses actions.

Vous voyez en ce moment combien sa physionomie est tout autre. Ses yeux sont fixes — il a la bouche entr’ouverte; le corps immobile, figé sur place, l’air étonné et surpris. — Il est légèrement anxieux. Il me répond et il est suggestionable. Vous remarquerez que le timbre de sa voix a modifié l’accentuation de sa parole saccadée.

Je puis le maintenir un temps quelconque dans cette période d’éclipse de ses facultés, sans qu’il me témoigne le moindre désir d’en sortir, et c’est un exemple déplus qui vous fait concevoir ces situations nouvelles bizarres artificiellement créées chez un certain nombre de sujets prédisposés, lesquelles peuvent amener dans leur vie sociale des complications de toutes sortes et les incidents les plus inattendus.

Voici encore un autre sujet fasciné, appartenant à mon' service, — c’est un jeune homme d’une vingtaine d’années, atteint d’attaques d’épilepsie revenant jusqu’à deux et trois fois par jour au moment de son entrée, datant

d’environ six semaines (PL XI, fi g. du côté gauche).

Ce jeune garçon étant essentiellement fascinable, nous avons pu aussi lui donner comme traitement la suggestion de ne plus avoir ses attaques aussi fréquentes et aussi violentes. — Actuellement il n’a plus d’attaques qu’une fois par semaine, et j’espère les voir peu à peu s’espacer sous l’influence du traitement tout spécial auquel il est soumis.

Après l’avoir fasciné au début cà l’aide du miroir rotatif, il suffit actuellement, soit de le regarder fixement, soit de lui présenter les deux doigts devant les yeux pour le faire tomber instantanément en fascination comme vous le voyez.

Vous voyez encore, sur la planche XI de mes collections que je fais passer sous vos yeux, différents types de sujets fascinés sous l’action des miroirs rotatifs. Dans ce groupe de sujets les uns ont les yeux ouverts, les autres les yeux fermés. — Ils sont tous devenus instantanément anesthésiques et cataleptisables.

Leurs membres conservent les attitudes qui leur ont été communiquées; la fascination s’est opérée à peine en une minute ; — et c’est ainsi qu’on peut produire une action thérapeutique sur un grand nombre de sujets rassemblés.

Voici comme dernier exemple de fascination un autre type.

Il s’agit d’un sujet du sexe féminin, trente-cinq ans, essentiellement fascinable, mère de famille de quatre enfants, et employée dans une maison de commerce, ayant sous ses ordres une certaine quantité d’ouvrières secondaires. — Cette femme, qui a quitté son travail ce matin, pour venir à ma convocation, est active, intelligente,

PETIT HYPNOTISME, FASCINATION et ne paraît pas avoir eu dans sa vie d’accidents névropathiques spéciaux. — C’est par hasard seulement qu’un de mes amis a constaté chez elle cette aptitude latente à la fascination et me l’a présentée. Vous la voyez arriver calme et tranquille : — eh bien ! il va pie suffire soit de la regarder, soit de lui présenter mes deux doigts devant les yeux pour qu’ immédiatement chez elle un changement d’état profond s’accomplisse ! — Vous la voyez ainsi fascinée, les yeux grands ouverts, fixes, immobiles, sa figure exprimant l'étonnement profond, la bouche entr’ouverte, la respiration légèrement anxieuse ; ses bras sont en catalepsie ; et si je lui parle elle répond, mais elle ne sait pas qui je suis, et elle a perdu toute conscience du monde extérieur duquel elle vient d’être si inopinément abstraite. — Elle présente pareillement la crédivité somnambulique et, comme toutes ses congénères, elle est essentiellement suggestionnable, et je pourrais lui faire faire les actes les plus extravagants sans la moindre résistance.

Je vais la réveiller devant vous et vous allez voir qu'elle est tout à fait inconsciente de ce qui s’est passé ; elle va avec calme reprendre le contact du monde extérieur et rentrer chez elle, reprendre son labeur quotidien interrompu, sans la moindre notion de ce qu’elle aurait pu dire et faire dans cette parenthèse de sa vie. Et pendant ce temps, conduite par un inconnu, elle, femme honnête et probe, aurait pu inconsciemment commettre des actions criminelles et subir inconsciemment les plus profonds outrages! — Vous voyez, Messieurs, que tous ces phénomènes propres à l’état de fascination présentent encore matière à réflexion au point de vue médico-légal, et que ce n’est pas sans une certaine appréhension qu’il faut toucher à ces questions brûlantes.

VIIe LEÇON

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