LOBE GAUCHE
Face externe. — Le sillon de Rolando (a) se présente avec son étendue, son inclinaison et sa continuité normales. — Les sillons frontal supérieur, frontal inférieur et parallèle ne présentent aucun caractère insolite ; il en est de même de la scissure de Sylvius.- La scissure pariéto-occipitale par contre est très profonde, très élargie, et sépare d’une façon abrupte, sans pli de passage, les régions du pli courbe et du lobe pariétal supérieur.— La scissure temporale parallèle est très net-
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temént accentuée; de môme pour celle du fusiforme que l’on voit à la lace interne.
Sur ce lobe c’est la circonvolution frontale ascendante tld' qui présente les caractères anormaux les plus accusés. Elle commence en effet par une origine bifide, elle se boursouffle ensuite et après avoir reçu la deuxième frontale est interrompue dans sa continuité par une incisure oblique ; au delà de cette solution, elle se reconstitue, légèrement flexueuse, et se gonfle sous forme de petile massue en d, pour se perdre dans la masse du lobe paracentral, au point d de la figure 4.
La première frontale commence au niveau de la région orbitaire par une extrémité effilée, d’une façon indépendante de la deuxième frontale ; elle forme quelques replis et va se perdre, suivant son mode habituel, par continuité de substance . à la partie supérieure de la frontale ascendante.
La deuxième frontale, très nettement isolée de la précédente, naît d’une façon indépendante de la région orbitaire (c), décrit quelques flexuosités et va se brancher sur la frontale ascendante, au moment où la continuité de celle-ci est interrompue.
La troisième frontale naît d’une façon très nette de la face inférieure et externe de la région orbitaire par une racine épaisse et vigoureuse, comme je l’ai déjà indiqué (1), forme plusieurs replis serrés les uns contre les autres et va se perdre par continuité de substance dans la portion bifide antérieure de la frontale ascendante. Cette troisième circonvolution frontale présente une constitution anatomique beaucoup plus précise et beaucoup plus homogène que celle du côté opposé.
La pariétale ascendante [ffT) offre, ainsi que la frontale ascendante, une semblable solution de continuité dans son parcours. Formant avec la précédente, à son origine, au bas du sillon de Roland, une anse habituelle, elle se présente sous forme d’un pli régulier, puis au bout d’environ trois centimètres de parcours, après avoir reçu l'extrémité antérieure du pli courbe , elle est coupée par une incisure transver-
(1) Voir : Luy3, Traité de Pathologie mentale, mode de formation de la troisième frontale, p. 65. — Paris, 1 881 , Delahaye-Lecrosnier, éditeur.
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sale. — Sa continuité se reconstitue, puis arrivée à la partie supérieure de son parcours elle présente une extrémité eftilée, qui se perd dans la substance du paracentral indiquée en e" figure Les replis du lobe pariétal supérieur auquel elle donne naissance sont très vigoureux, très fortement accentués et très épais ; ces replis se continuent d’une façon très nette avec les circonvolutions occipitales.
Les circonvolutions du pli courbe (h) se présentent avec leurs caractères normaux ; elles sont allongées, relativement minces et se terminent en avant par continuité de substance avec le pied de la pariétale ascendante (/*'), et en arrière avec les circonvolutions occipitales.
La circonvolution temporale première (i) présente seulement quelques inflexions, elle est volumineuse et très bien constituée. Elle est séparée de la deuxième temporale par un sillon très nettement établi. Toute la région qui correspond à cette deuxième temporale présente des ondulations vaguement dessinées mais néanmoins bien développées. — Les circonvolutions du lobe occipital n’offrent aucun caractère spécial.
Face interne. — Les plis de cette face interne, à part leur profondeur, ne présentent au point de vue de leur direction aucune particularité digne d’être notée.
La circonvolution frontale interne W commence par une origine distincte, se renfle insensiblement et vient se perdre par continuité de substance dans le lobe paracentral en d. Cette circonvolution est plus fortement constituée que son homogène du côté opposé.
La circonvolution calloso-marginale (ce) présente une disposition que je crois assez rare ; après s’être réfléchie au devant du corps calleux en effet, en c, elle devient bifide et se partage en deux plis concentriques; le supérieur suit la direction habi uelle; il présente un prolongement, un pli de passage qui le relie à la frontale interne, et son extrémité va se perdre à la base du paracentral correspondant. La portion inférieure de la calloso-marginale emboitée dans la précédente se termine au contraire, suivant la disposition habituelle, dans la masse même du lobe carré par continuité de substance.
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Le lobe carré, étendu du point e' au point e" , présente dans ce cerveau un développement considérable qui en forme en quelque sorte la caractéristique, avec le pli innommé que j’ai signalé dans l’autre lobe (1).
Il est très nettement quadrilatéral; — par son bord antérieur il est séparé par un sillon profond du paracentral; par son bord postérieur la scissure perpendiculaire interne très profonde le sépare Irès nettement des circonvolutions occipitales ; — par son bord supérieur il est en continuité de substance avec le lobe pariétal supérieur, et nous ferons remarquer combien les replis de ce lobe supérieur si vigoureusement constitué, ainsi que nous l’avons signalé en g [fig. 3), coïncide avec le développement concomitant de la masse même du lobe carré. — Ces deux régions de la face interne et de la face externe du même lobe constituent aussi dans la morphologie générale de ce lobe une région prépondérante.
La masse du lobe carré, par son angle antérieur, se continue, par continuité de substance, avec la portion inférieure de la calloso-marginale ; son angle postérieur se continue avec le lingual d’une part et la circonvolution de l’hyppocampe (h) de l’autre .
Les circonvolutions occipitales (f) sont très bien développées; la scissure calcaline les sépare très nettement de la région du lingual.
La fusiforme (g) très nettement constituée est dans les conditions normales; elle est séparée par un sillon profond de la circonvolution de l’hyppocampe.
La région orbitaire, la région de l’insula, examinées à l’état frais, n’ont pas présenté d’anomalie appréciable.
On voit en ad la section du corps calleux ; en j la coupe antéropostérieure de la couche optique et en i les fibres cérébrales groupées comme des rayons autour de la couche optique.
Gomme complément de l’autopsie je dois ajouter les particularités suivantes.
(1) Si la région du lobe carré représente, ainsi qoe j’ai quelque raison de le supposer, le territoire affecté à la répartition corticale des impressions sensitives, le développement exagéré de celle région, chez un sujet dont la sensibilité et l’émotivité étaient dans un étal d’exaltation extrême, rendrait assez bien compte des phénomènes observés pendant la vie.
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Les parois abdominales dont l’épaississement, la matité et la dureté m’avaient si fort intrigué pendant la vie, étaient toutes converties en un état graisseux compact, dur et terme à la coupe, dans lequel les fibres musculaires avaient presque complètement disparu; leur épaisseur était de 4 centimètres. Cette stéatose ne s’arrêtait pas là, tous les feuillets du mésentère étaient infiltrés de graisse jaune couleur beurre frais et ils étaient épaissis comme des feuilles de parchemin jaune et opaques. Les vaisseaux n’étaient presque plus apparents ; l’intestin était blafard, sans injection. — Le tissu de la rate était mou. — Le foie petit, pâle, décoloré. — Les reins graisseux à la coupe et bosselés. — Les poumons ne présentaient aucune altération. Le cœur était de grosseur normale, légèrement graisseux, sons lésion valvulaire.
L’examen anatomique du cerveau de cette malade présente, au point de vue de la morphologie générale, ainsi que des symptômes observés pendant la vie, des particularités d’un véritable intérêt.
D’une part nous trouvons dans l’examen du cerveau des anomalies de structure qui sont tout à fait insolites.
Ce pli cortical qui s’avance comme une enclave et qui écarte les lèvres du sillon de Rolando a la partie supérieure du lobe gauche est une disposition anatomique qui, à mon avis, est tout à fait exceptionnelle ; je ne sais si ultérieurement on rencontrera cette lésion comme caractéristique de l’état hystérique, mais ce que je puis dire c’est que jusqu’à présent je ne l’ai pas encore ren-
contrée.
Le développement considérable des lobes carrés, surtout celui du lobe droit, est encore un fait qui mérite d’appeler tout particulièrement l’attention. Si l’on tient compte en effet des recherches anatomiques faites dans ces derniers temps, et qui tendent à faire admettre que les fibres de la sensibilité, allant se perdre dans l’écorce,
EXAMEN DU CERVEAU D’UNE HYSTÉRIQUE sont réparties dans les régions postéro-externes de la couronne rayonnante autour de la couche optique, et si l’on veut bien examiner les rapports de voisinage qui existent entre ce groupe de fibres spéciales et le territoire cortical du lobe carré, on peut assez volontiers se laisser aller à considérer ce lobe carré comme le territoire spécial des localisations sensitives. — Cette hypothèse se trouverait très manifestement justifiée ici, d’une part par l’exquise sensibilité, par l’état de nervosisme permanent dont était atteinte cette femme, et d’autre part par le développement proportionnel et insolite de certaines régions de l’écorce affectées véritablement aux manifestations sensitives.
J’ajoute à ce propos qu’il y a déjà plusieurs années, alors que j’étais loin de chercher la localisation cérébrale des impressions sensitives, chez deux femmes âgées, anciennes hystériques, très intelligentes du reste, très énergiques, ayant conservé dans les périodes avancées de leur vie une grande impressionnabilité nerveuse, j’ai été frappé pareillement du développement des lobes carrés, ainsi que de celui des lobes paracentraux ; leur cerveau que j’ai conservé en donne une preuve trèsmanifeste.
Ce sont évidemment là des données anatomiques qui ne sont que des documents d'attente; — je les donne pour ce qu’elles valent ; mais néanmoins il est bon de fixer l’attention des anatomistes sur ce point, afin que le cerveau des hystériques soit dorénavant plus scrupuleusement examiné. — On trouvera certainement des vérités intéressantes dans cette voie, et il est vraisemblable qu’au fur et à mesure que les lésions seront mieux connues le cadre des maladies, dites essentielles ou nerveuses, sera
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diminué d’autant ; — on comprendra mieux ainsi l’inéluctable fatalité qui plane sur certaines existences déséquilibrées dès leur naissance , et vouées fatalement aux impulsions aveugles d’un cerveau mal pondéré et irrégulier dans sa contexture; on se rendra ainsi mieux compte de la part de responsabilité qui leur incombe dans la plupart des actes excentriques et incompréhensibles dont elles sont si coutumières , et que nous jugeons d’une façon si fausse en les rapportant à la commune mesure dont elles sont organiquement exclues,
explication des planches
PLANCHE I
Fig. 1 — Schéma des différentes phases de l’hypnotisme. — La courbe ellipsoïde qui apparaît au milieu du dessin représente le graphique des phases successives des différents états hypnotiques. La direction des flèches indique la direction suivio par le processus hypnotique en évolution.
Le processus du grand hypnotisme a son point de départ à la portion culminante de la courbe, c’est l’état de veille. — Il s’avance rapidement en traversant les phases de somnambulisme franc, les phases intermédiaires (catalepto-somnambulique, — Petit hypnotisme, — Fascination), — puis les phases de catalepsie franche, pour arriver à la période léthargique, qui est la période la plus profonde, celle de l’obnubilation complète des facultés et l’antipode de l’état de veille.
A partir de ce moment le processus tend vers l’ëlat de veille en suivant une direction inverse et ascendante. — Il s’élève ainsi des régions profondes de la léthargie à la phase du réveil en passant par l’état de catalepsie franche, par l’état catalepto-somnambulique (petit hypnotisme et fascination) et par l’état de somnambulisme franc, pour arriver ainsi progressivement au moment du réveil.
C’est dans cet ordre que la sériation des phénomènes se trouve normalement constituée, et on peut dire que les états hypnotiques, depuis l’état de veille du départ, jusqu’à l’état de veille du retour, constituent un véritable processus ou évolution circulaire et continue, dont les actes divers, successifs et strictement combinés, se déroulent chez tous les sujets bien entraînés, d’une façon identique.
Fig 2. — Portrait de I). à l’état normal.
Fig. 3. — Le même en période de fascination instantanée.
PLANCHE II
Fig. 1. — Ësther en période de léthargie. — Abandon complet des membres qui retombent inertes. L’anesthésie est complète ainsique le témoignent les deux épingles implantées dans lapeau des avant-bras et dont on voit les tètes sous forme d’un point noir.
Fig. 2. — Esther en léthargie. Flexion des avant-bras en période d’hyperexcitabilité neuro-musculaire.
Fig. 3 et 4. — Dédoublement des émotions suivant que l’on touche avec un bâton le côté droit ou gauche du sujet. — Dans la ligure 3 Esther est sollicitée du côté droit. C’est une émotion triste que l’on provoque. Dans la figure 4 elle est sollicitée du côté gauche, c’est inversement une émotion de gaîté qui est sollicitée.