‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 108 sur 208 · EFFETS 1)E LA VISION COLORÉE · texte numérisé non relu

EFFETS 1)E LA VISION COLORÉE

quelques instants plus tard par suite d’une nouvelle recrudescence du mal. Comment doit-il procéder pour éviter cette fâcheuse éventualité? Cela dépend des cas.

Si la malade a une ou plusieurs zones spasmogônes très douloureuses et très excitables, il est indiqué d’appliquer sur ces zones des sachets de glace ou d'y faire, à des intervalles assez rapprochés, des pulvérisations d’éther.

Si la malade a une zone spasmo-frénatrice très active, on peut, en la comprimant au début de l’aura des attaques ultérieures ou en exerçant sur elle une compression permanente, éviter l’explosion de nouvelles convulsions. C’est en partant de ce principe qu’on a fait construire, pour certaines malades de la Salpêtrière, un bandage à ressort, analogue aux bandages herniaires, dont la pelote s’appuie sur la région ovarienne frénatrice. Armées de leur bandage, ces malades peuvent sortir toute la journée, vaquer à des occupations variées sans craindre d’être surprises inopinément par des attaques. C’est pour elles, vous le comprenez sans peine, un avantage considérable.

On peut encore modifier l’excitabilité des centres nerveux par l’administration d’une forte dose de chloral ou de morphine.

Si la malade est hypnotisable, on peut lui suggérer de n’avoir plus d’attaques pendant un laps de temps déterminé.

Enfin, il est un moyen que nous employons souvent dans le service et qui nous a donné quelquefois d’excellents résultats malgré son étrangeté : c’est l’emploi de lunettes colorées. Voici comment j’ai été conduit à expérimenter cet agent thérapeutique :

Lorsqu’en 188o M. Féré fit connaître à la Société de biologie les résultats de ses intéressantes recherches sur l’action dynamogénique des sensations visuelles chez les hystériques, je résolus de répéter ses observations. Je me procurai un châssis de lunettes à verres mobiles et un jeu de verres de différentes couleurs destinés à être placés successivement devant les yeux des hystériques soumises aux expériences.

Indépendamment des faits signalés par M. Féré, je ne tardai pas â constater que la vision colorée avait une influence profonde sur le système nerveux de plusieurs de mes malades. Certaines couleurs leur étaient fort désagréables et provoquaient immédiatement l’explosion d’attaques convulsives, d’autres déterminaient en quelques secondes le sommeil hypnotique, d’autres enfin donnaient lieu à une sensation de bien-être des plus agréables.

Dans quelques cas même, ces couleurs sympathiques, perçues pendant la phase initiale des attaques, empêchèrent les convulsions de se produire. J’ai vérifié maintes fois, depuis cette époque, l’inlluence heureuse de la vision de certaines couleurs sur des hystériques à attaques convulsives fréquentes, et je puis vous montrer une petite malade que nous avons réussi à guérir très

Fie. 25. — Distribution de l’anesthésie cutanée cl des zones spasmogènes et spasmo-frénatriccs de Camélia C...

rapidement par ce procédé. Son histoire peut être résumée en peu de mots :

Camélia C... est âgée de dix-huit ans. Son père est très nerveux; sa mère est morte folle à l’âge de trente-six ans. Elle a deux cousines germaines franchement hystériques.

Elle n’a pas eu, pendant son enfance, de maladies graves. Elle a été réglée à quinze ans, sans accidents. Placée vers cette époque, en qualité de cuisinière, chez une dame adonnée aux pratiques du mysticisme religieux le plus ardent, elle subit rapidement l’influence de sa maîtresse et devint d’une piété excessive. Quelques mois plus tard, sans cause occasionnelle connue, elle commença à avoir des attaques de nerfs, précédées par des suffocations, des battements de cœur et des langueurs d’estomac très

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