SUGGESTION VERBALE
recherche régulière des zones spasmo-frénatrices, en commençant, par les régions où siègent le plus fréquemment ces zones, c’est à dire par la région ovarienne gauche et par la région épigastrique.
11 importe de faire cette recherche avec calme, sans se laisser influencer par les doléances des commères qui, ne comprenant pas pourquoi on exerce des pressions énergiques sur différents points du corps de la malade, se livrent à des appréciations peu bienveillantes et ne manquent pas d’accuser le médecin de brutalité si, par hasard, en cherchant des points spasmo-frénateurs, il rencontre des zones spasmogènes dont l’excitation provoque une évidente recrudescence des convulsions. En revanche on le porte aux nues lorsque, sous la pression de ses doigts, la crise s’arrête comme par enchantement.
Ce résultat n’est malheureusement pas constant. 11 y a des malades qui n’ont pas de zones spasmo-frénatrices; chez elles il faut, pour faire cesser les convulsions, avoir recours à d’autres méthodes thérapeutiques.
L'une des plus efficaces est la compression lente des globes oculaires. Lasègue1, Baillif2, Paul Richer3, etc., l'ont expérimentée avec succès dans un bon nombre de cas. .l’ai eu l'occasion d’apprécier plusieurs fois ses bons résultats. Elle doit être faite avec douceur et prolongée pendant plusieurs minutes. Elle a pour effet de provoquer le sommeil hypnotique. On peut ensuite, ou bien laisser la malade dans l’état du sommeil jusqu’à ce qu’elle en sorte spontanément, ou bien la réveiller brusquement par les procédés habituels, particulièrement par l’insufflation sur les globes oculaires.
M. le professeur Bernheim (de Nancy) propose de provoquer d’emblée le sommeil hypnotique par suggestion verbale. 11 dit aux malades : vous ne souffrez plus ; vous allez dormir; vous dormez, et quand le sommeil est produit il le fait cesser en disant : c'est fini; réveillez-vous. Dans la plupart des cas les crises s'arrêteraient par le fait seul de ces injonctions impératives. «11 m’arrive souvent, dit M. Bernheim, d’arrêter ainsi instantanément ou en peu de minutes les crises d’hystérie qui se développent en ma présence. Il me suffit en général de dire : c'est (lui, la crise s’arrête; réveillez-vous... Cette pratique est devenue usuelle
1 Lasègue, Les catalepsies partielles et passagères {Arch . gén. de méd., 1885).
- Baillif, Du sommeil magnétique dans l’hystérie. Th. Strasbourg, 1868.
3 Richer, Études cliniques sur l’hystéro-épilepsie ou grande hystérie. Paris, 1881.
dans mon service : mes internes et même les sœurs arrêtent parfois par suggestion les crises hystériques qui se développent dans mes salles L »
Ce procédé m’a paru réussir, en effet, quelquefois chez des malades très suggestibles, mais il échoue souvent, surtout chez les hystériques dont l’éducation hypnotique n’a pas été perfectionnée par des expériences antérieures.
Une autre méthode thérapeutique dont l’efficacité est incontestable c’est l’électrisation. On emploie, à la Salpêtrière, les courants continus, en plaçant une électrode sur le front et l'autre sur un point quelconque du ventre ou des cuisses, et l’on intervertit, à l’aide d’un commutateur, le sens du courant.
Pour obtenir un résultat rapide, il convient de se servir de courants assez forts (30, 40 et même 80 éléments de l’appareil Trouvé). Après une, deux ou trois interversions, l’attaque s’arrête tout net. La malade se réveille aussitôt et reprend immédiatement connaissance.
Le principal inconvénient de cette méthode, c'est qu’elle exige des appareils qu’on n’a pas couramment sous la main. On peut au contraire toujours se procurer sans difficulté diverses substances médicamenteuses dont les inhalations ont souvent d’excellents effets. Parmi ces substances je vous citerai le bromure d’éthyle, l’éther, le chloroforme, le nitrite d’amyle.
Enfin, dans certains cas, les injections sous-cutanées de morphine ont une action puissante; elles enrayent très rapidement les convulsions, mais il faut les employer avec une extrême prudence, parce que les hystériques deviennent très facilement morphinomanes. Les lavements de chioral peuvent aussi rendre quelques services.
11 est rare que, par l’un ou l’autre des moyens que je viens de vous indiquer, on n’arrive pas à arrêter les attaques convulsives de l’hystérie. Mais si le médecin, satisfait de ce premier résultat, se retire sans prendre des mesures pour empêcher le retour des convulsions, il est fort à craindre qu’il ne soit rappelé
1 Bernheim, De la suggestion comme moyen de coupée une attaque d'hystérie ( Bulletin médical, 21 mai 1890).