‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 118 sur 208 · TREMBLEMENTS INTENTIONNELS · texte numérisé non relu

TREMBLEMENTS INTENTIONNELS

au milieu d'une nuit, avec une sensation de froid dans toute la moitié droite du corps. Il voulut se retourner dans son lit, mais il s’aperçut que ses membres du côté droit étaient « raides comme des bâtons ». 11 chercha alors à appeler ses parents, mais il ne put proférer que quelques grognements inarticulés. J. a contracture et l’aphasie persistèrent, sans atténuation notable pendant une quinzaine de jours; puis la parole revint peu à peu et la rigidité des membres diminua d’intensité.

Un mois après, la contracture disparut subitement, mais elle fut remplacée par un tremblement intentionnel à grandes oscillations, limité au membre supérieur droit, dont vous pourrez constater de visu les caractères, car depuis deux ans il n’a été sensiblement modifié par aucun agent thérapeutique.

Il ressemble au tremblement de la sclérose en plaques. Nul au repos, il se manifeste avec violence dès que le malade veut faire un mouvement volontaire. S’il essaie de porter un verre à sa bouche, sa main est aussitôt agitée de grandes oscillations irrégulières, et le but ne peut être atteint.

Fie. 31. — ROlrOcissemcut concentrique des champs visuels de Darr...

L’ccriture est impossible, la plume étant lancée follement de côté et d’autre. Bref, tous les mouvements intentionnels sont troublés par l’intervention de secousses musculaires involontaires, qui agitent le membre dans tous les sens et l’empêchent de rendre aucun service utile. La motilité des autres membres est intacte. Le tremblement ne s’étend jamais a la tète.

Il n’v a pas de nystagmus. La parole est normale. L’intelligence est parfaitement conservée. Il n’y a jamais eu de vertige ni de perte de connaissance. Les fonctions de la vessie et du rectum ne sont pas atteintes. La sensibilité de la peau et des muqueuses est normale. Le tremblement, limité au membre supérieur droit et se produisant seulement a l’occasion des mouvements intentionnels, paraît constituer à lui seul toute la maladie.

Dans ces conditions, il est bien difficile de croire à l’existence de plaques de sclérose des centres nerveux. Le mode de début des accidents est, en effet, peu favorable à l’hypothèse d’une lésion organique, et, de plus, je

ne connais pas d’exemple de sclérose en plaques dans lequel la symptomatologie de l’affection ail été strictement réduite au tremblement d un seul membre.

Il est bien plus probable que le tremblement qui nous occupe est un simple trouble fonctionnel de nature hystérique. Et ce qui tend à confirmer cette opinion, c’est que l’examen de notre malade permet de constater deux stigmates révélateurs de la grande névrose : 1° une abolition absolue du réllcxe pharyngien; 2° un rétrécissement concentrique très marqué des deux champs visuels (fig. 31).

L’hystérie paraît aussi jouer un rôle dans la production des tremblements intentionnels qui se développent assez souvent dans le cours de certaines intoxications, particulièrement dans l'intoxication mercurielle. On a longtemps considéré le tremblement mercuriel comme un phénomène dépendant directement des lésions produites par le contact du mercure avec les centres nerveux. Mais les auteurs modernes tendent à le rattacher a l’hystérie toxique. M. Letulle a fourni tout récemment un argument péremptoire en faveur de cette opinion, en faisant disparaître instantanément, par l’application successive de la ligature élastique et de l’aimant, un tremblement mercuriel typique qui existait depuis plusieurs jours chez un homme de trente-neuf ans, exerçant la profession de sertisseur de peaux de lapin et présentant par ailleurs des symptômes non équivoques d’hvdrargyrisme chronique1.

J’ai essayé, Messieurs, de vous faire connaître, dans le cours de cette leçon, les principales variétés de tremblements hystériques. L’exposé que vous venez d’entendre est certainement fort incomplet. Je pense néanmoins qu’il suffira pour attirer votre attention sur un accident fréquent et trop peu étudié jusqu’à ce jour, de la grande névrose. J’espère que désormais vous songerez à la possibilité de l’intervention de l’hystérie dans tous les cas de tremblement de nature douteuse qui vous passeront sous les yeux, et que vous n’hésiterez pas à appliquer à la cure de ces cas les méthodes thérapeutiques qu’on emploie généralement dans le traitement des troubles fonctionnels d’origine hystérique. En agissant ainsi, vous éviterez souvent des erreurs de diagnostic et vous obtiendrez quelquefois des guérisons inespérées dont bénéficieront à la fois les malades et le médecin.

1 Lelulle, Note sur le tremblement mercuriel ( France mëd., 8 ot 10 nov. 1888).

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