TREMBLEMENTS INTENTIONNELS
hémisphères cérébraux. Elle peut aussi, et c'est là le point qui nous intéresse pour le moment, se développer sous la seule influence de l’hystérie.
Cette affirmation mérite d’être confirmée par des exemples très précis. En voici un qui me paraît tout à fait démonstratif:
Ous. II. — Accidents simulant une tumeur cérébrale : céphalée intense; somnolence ; obnubilation intellectuelle ; hémiparésie et liémihypoesthésie gauches; tremblement intentionnel des membres du côté gauche; disparition de tous ces accidents apres une séance d'aimantation.
Un homme de trente-quatre ans, nommé Guillaume T..., se présenta à notre consultation externe le 28 juin 1887, en se plaignant d’éprouver depuis un an des douleurs de tète continuelles, de la somnolence, de l’obnubilation des facultés intellectuelles.
Il avait, en outre, un affaiblissement notable de la motilité et de la sensibilité dans toute la moitié gauche du corps. La parésie portait à la lois sur les membres et sur la face : sa force de la main droite, mesurée au dynamomètre, s’élevait à 43 kilog., celle de sa main gauche à 21 kilog. seulement; les muscles du visage étaient moins mobiles à gauche qu’à droite, la paupière supérieure du côté gauche était plus tombante et plus paresseuse que celle du côté opposé. L’héinihypoesthésie existait également sur la peau, les tissus profonds et les sens spéciaux : la vision et l’audition étaienl moins nettes et moins aiguës du côté gauche que du côté droit.
Enfin, les membres du côté gauche étaient le siège d’un tremblement très violent, se produisant uniquement à l’occasion des mouvements volontaires. Lorsque le malade était au repos, dans le décubitus horizontal, on ne constatait aucune contraction anormale de ses muscles. Si on le priait de porter un verre à ses lèvres avec la main droite, il y arrivait sans difficulté; mais si on lui ordonnait de répéter la môme expérience avec la main gauche, le verre était brusquement secoué, et son contenu était invariablement renversé avant d’avoir atteint la bouche. Le tremblement était moins fort dans les mouvements intentionnels du membre inférieur gauche; cependant il était très manifeste. Tous ces accidents s’étaient développés progressivement depuis un an, à la suite des émotions causées par une grosse perte d’argent. Le malade n’était pas prédisposé aux accidents névropathiques par le fait de son hérédité, car son père et sa mère étaient vivants et bien portants. Il n’était pas syphilitique et n’avait jamais fait d'excès alcooliques.
En présence de cet ensemble de symptômes qui me paraissaient, je vous l'avoue, ne pouvoir être expliqués que par une lésion organique des centres nerveux, je diagnostiquai une tumeur cérébrale. Mais avant de laisser partir le malade, je voulus expérimenter l'action de l’aimanLation sur les symptômes hémilatéraux que je venais de constater. Je fis appliquer un fort aimant sur le côté gauche du corps et, une heure après, je fus
stupéfait quand je vis le malade souriant, alerte, expansif, débarrassé de l’hémiparésie et de l’hémihypoesthésie qui persistaient depuis un an, et radicalement guéri de son tremblement intentionnel des membres du côté gauche. L’aimantation avait opéré un véritable miracle. Ses effets curatifs démontraient la fausseté de mon diagnostic. Il était évident que nous avions eu affaire à un hystérique et non pas à un malade atteint d’une lésion organique des centres nerveux.
Des erreurs de diagnostic, analogues à celles dont je viens de vous entretenir, ont été commises par des observateurs d’une compétence incontestée.
M. Westpliall a publié en 1883 les observations de deux malades qui avaient présenté pendant leur vie les symptômes habituels de la sclérose en plaques cérébro-spinale. Cependant, à l'autopsie on ne découvrit aucune lésion appréciable des centres nerveux ’. 1\1. Babinsky rapporte dans sa thèse un fait analogue1 2.
Ne s’agissait-il pas, dans ces cas, d’hystérie méconnue? Cela est au moins vraisemblable.
11 est également vraisemblable que l’hystérie est la véritable cause des tremblements intentionnels persistants qui se développent quelquefois à la suite des pyrexies aiguës, telles que la variole, l’érysipèle, la fièvre typhoïde, etc. Westphall, Béhier et Liouville, Bailly, Clément, etc., en ont rapporté des exemples 3. Leurs observations sont trop incomplètes pour qu’on puisse se faire une opinion positive sur la nature de l’accident en question. Mais nous avons sous la main un cas de ce genre, et nous allons en profiter pour essayer de réunir les éléments d’un diagnostic complet:
Obs. 111. — Tremblement intentionnel du membre supérieur droit, survenu à la suite d'une ji'evre typhoïde et persistant depuis deux ans.
Alexis Darr..., âgé de dix-huit ans, exerçant Ja profession de valet de ferme dans les Landes, est entré à l’ hôpital pour un tremblement très intense du membre supérieur droit.
Ce tremblement existe depuis deux ans. Il est survenu dans la convalescence d’une fièvre typhoïde grave. La lièvre était tombée depuis quelques jours et la maladie paraissait terminée quand Darr... s’éveilla brusquement
1 Westphall, Ucbcr einc dem Bildc der cerebrospinalen grauen Degeneralion ahn liche Evkrankung des centralen Nervensystems ohne anatomischen Befund (Arc liiv für Psychiatrie und Nervenkrankeiten , Bd XIV, 1883, p. 87).
2 Babinsky, Étude anatomique et clinique sur la sclérose en plaques . Th. doct., Paris, 1885.
3 ' 0lts ces faits sont réunis dans un intéressant mémoire de M. Clément ; Des trem* Moments consécutifs aux maladies aiguës (Lyon médical, 1877).