HOQUET ET RENIFLEMENT IIYSTÉRIQU
Le lavage de l’estomac, pratiqué avant l’ingestion des aliments, a paru atténuer pendant quelques jours la durée des accès; mais ces avantages, d’ailleurs assez incertains, ont été de courte durée, et. nous dûmes renoncer à l’usage de ce moyen. La seule manœuvre qui exerce une influence notable sur le spasme inspiratoire, c’est la compression énergique du cou au-dessus de la clavicule, le long du trajet des pneumogastriques. Si on y a recours au début des accès, ou bien elle arrête définitivement leur évolution, ou bien elle les suspend seulement pendant quelques instants.
Fig. il. — Inscription dos mouvements des muscles du cou de Viclorine I'... pendant les accès de hoquet.
Le chronographc bat la seconde.
l.es secousses convulsives se reproduisent rythmiquement au nombre de 42 environ par minute.
Quand l’accès est sur le point de se terminer, le tympanisme abdominal diminue, les secousses inspiratoires deviennent progressivement moins violentes, et bientôt tout rentre dans l’ordre jusqu’à ce que l’ingestion de nouveaux aliments vienne déterminer un nouvel accès.
Il serait difficile de rencontrer un cas plus net de hoquet hystérique, et je ne pense pas qu'il puisse venir à l’esprit de personne de contester la légitimité de ce diagnostic.
Voici maintenant un exemple très remarquable d’une autre l’orme de spasme rythmique inspiratoire, le reniflement hystérique.
Obs. IV . — Reniflement hystérique. — Louise G..., âgée de dix-huit ans, élève à l’école normale, est une jeune fille fort intelligente, mais d’une impressionnabilité excessive.
Sa mère jouit d’une bonne santé, mais son grand-père paternel était sujet à des attaques de nerfs dont il est difficile de déterminer la nature, et son père, très irascible, est atteint de migraines fréquentes.
Elle a eu dans son enfance toutes sortes de maladies : engorgement ganglionnaire, otite, conjonctivite, rougeole, fièvre typhoïde, etc.
Vers l’àge de trois ans, elle eut des convulsions qui déterminèrent un strabisme interne persistant de l’œil droit.
Les règles s’établirent sans accidents à quatorze ans, et depuis lors la menstruation a toujours été régulière. De quatorze à seize ans, Louise G... a eu très fréquemment des accès de vomissements survenant sans cause comme sans douleurs gastralgiques ni céphalalgie, durant un ou deux jours, et disparaissant soudainement sans laisser après eux aucun trouble des fonctions digestives.
Elle était d’un caractère doux, craintif, sensible et d’une émotivité peu commune.
Les moindres réprimandes la mettaient en émoi; les plus légers reproches lui arrachaient des sanglots; un bruit imprévu la faisait tressaillir et la rendait toute tremblante. Elle s’occupait du reste avec ardeur de ses études et passait pour être une des meilleures élèves de l’école normale, où elle préparait ses examens d’institutrice.
Le 15 juillet 1885, la directrice de l’école lui déclara qu’elle se présenterait à la session d’août. Louise G..., qui comptait concourir seulement l’année suivante, fut très émue en apprenant les projets de sa maîtresse. Elle n’osa pas répliquer, mais elle devint fort pâle et faillit perdre connaissance.
Le lendemain, elle fut toute la journée triste, inquiète, préoccupée, et pendant le dîner elle fut prise tout à coup d’une attaque de sanglots qui dura dix minutes. Le jour suivant, à la même heure, elle eut une attaque analogue. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, son sommeil fut interrompu par des cauchemars pénibles, et le lendemain matin, en se réveillant, elle fut toute surprise de ne pouvoir respirer que par le nez, en produisant un bruit désagréable et régulièrement rythmé de reniflement.
Après avoir persisté pendant quinze jours, le reniflement disparut si bien que, dans les premiers jours d’août, la malade se croyait radicalement guérie de cette incommodité. Elle se sentait cependant plus nerveuse que de coutume; elle avait souvent des accès de pleurs sans motifs sérieux, des angoisses inexplicables, des faiblesses subites et transitoires dans les membres, des douleurs vagues, etc. Les vacances se passèrent cependant sans accidents graves. Mais vers le 15 novembre, à la suite d’une contrariété insignifiante, le reniflement reparut, et depuis ce moment, c’est à dire depuis six mois, ses caractères n’ont pas varié.
Ce reniflement se produit au début des inspirations. Il est causé par une secousse brusque, convulsive, des muscles inspirateurs. Au moment où il a lieu, la bouche se ferme, les narines se rapprochent, la tête fait un petit mouvement de projection en liant et en avant, les épaules s’élèvent, la poitrine se dilate, et tout l’air inspiré passe par les fosses nasales, en déterminant un bruit spécial qu’il est facile d’imiter en aspirant vivement une certaine quantité d’air par les narines. L’expiration ne présente rien d’anormal. Le spasme se reproduit d’ordinaire de huit à dix fois par minute, mais sa fréquence est très variable, car elle subit de notables modifications en plus ou en moins, sous l’influence de circonstances incidentes assez nombreuses.
C’est ainsi que lorsque la malade lit mentalement, lorsqu’elle fixe son attention sur un travail manuel ou intellectuel, lorsqu’elle est distraite par une conversation agréable, le spasme devient à la fois moins fort et moins fréquent. Il devient, au contraire, plus rapide et plus bruyant quand la malade est triste, quand elle se sent observée, quand elle est émue ou contrariée, etc. Enfin, il cesse complètement pendant le sommeil, le bain, les repas, la lecture à haute voix.
Nous n’avons pas trouvé de zones périphériques dont l’excitation ait sur lui une action suspensive manifeste. Il n’existe aucun stigmate sensitivesensoriel. Pas d’attaques convulsives.
Cette observation est intéressante à divers points de vue. Elle nous montre une hystérique sans symptômes sensitivo-sensoriels et sans attaques convulsives, atteinte, à la suite d’une émotion morale, d’un spasme inspiratoire tout à fait caractéristique. Si les antécédents héréditaires et personnels de la malade ne fournissaient pas des preuves certaines de l’existence de tares névropathiques, on serait peut-être fort embarrassé pour rattacher le reniflement rythmique à sa véritable cause, car l’hystérie ne s’affirme ici par aucun de ses stigmates permanents habituels. Itetenez cette particularité, qui n’est pas aussi exceptionnelle que l’on pourrait le croire dans l’histoire des spasmes hystériques et, d’une façon plus générale, dans l’histoire des accidents locaux de l’hvstérie.
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