HOQUET ET RENIFLEMENT HYSTÉRIQUES
Vers le milieu de 1885, Victorine P... se fiança avec un jeune homme qu’elle aimait beaucoup. Le 12 septembre elle eut avec lui une querelle suivie de rupture. Elle fut très peinée de cet événement, mais elle chercha et réussit à cacher son chagrin.
Le 15 septembre, une heure après son déjeuner, elle fut prise d’un hoquet violent qui dura sans interruption pendant une semaine. 11 était si intense que la malade ne pouvait se livrer à aucun travail et qu’il lui était impossible de s’endormir. Après huit jours de souffrances, ses parents firent appeler un médecin. Celui-ci ordonna une potion contenant du sirop d’éther et du bromure de potassium. Le hoquet disparut, et Victorine reprit sa vie habituelle.
Quelques semaines après (12 octobre), elle eut ses règles. Dès le début de l’époque menstruelle, le hoquet reparut et, malgré l’emploi de la potion qui avait été précédemment si efficace, il persista pendant les quatre jours que dura le (lux cataménial.
Le mois suivant, il survint encore en même temps que les règles (9 novembre). Mais cette fois il ne disparut pas avec elles : la malade n’en fut débarrassée qu’à la lin du mois, après des pulvérisations d’éther sur le creux épigastrique. Il était du reste moins violent qu’au mois de septembre; il s’atténuait notablement à certaines heures de la journée, et il cessait complètement pendant la nuit.
Le 8 décembre, troisième rechute, traitée avec succès par les pulvérisations d’éther.
Le 10 janvier 1886, toujours au moment de l’apparition des règles, quatrième retour offensif de la maladie.
Cette fois, on employa sans succès les potions antispasmodiques, les pulvérisations d’éther, les cautérisations ponctuées sur la région épigastrique, etc.; le hoquet persista en dépit de toutes les tentatives dirigées contre lui.
C’est alors que Victorine P... entra pour la première fois dans notre service, où elle fut traitée pendant cinq mois par l’hydrothérapie, l’électrisation statique, la faradisation de l’épigastre, etc. Quand elle nous quitta, en juillet 1886, elle était tellement améliorée qu’elle put rentrer tout de suite dans son atelier et y travailler jusqu’à ces derniers jours où, à la suite d’une querelle avec sa mère, le hoquet est redevenu assez fort pour constituer une incommodité sérieuse, fin même temps, elle a eu quelques attaques convulsives légères qui n’ont modifié en rien le spasme rythmique inspiratoire dont elle souffre plus ou moins depuis dix- huit mois.
Je vous dirai tout de suite, pour n’avoir plus à y revenir, que Victorine P... appartient au groupe des hystériques dont les stigmates sensitivo-sensoriels sont réduits à leur plus simple expression. Sa peau est partout normalement sensible. Sur ses muqueuses, on ne trouve nulle part d’anesthésie complète; il existe seulement un peu d’hypoesthésie de la paroi postérieure du pharynx, et de diminution des réflexes succédant à l’excitation de l’arrièregorge.
Les perceptions sensorielles sont normales; toutefois, l’exploration campi-
métrique des yeux révèle un rétrécissement concentrique très marqué des deux champs visuels (fig. 43).
Étudions maintenant les caractères du hoquet de noire malade. Ce hoquet n’est pas continu. Il survient sous forme d’accès, succédant habituellement à l’ingestion des aliments et durant de deux à quatre heures, suivant la quantité de substance ingérée. 11 cesse complètement pendant la nuit. Au réveil, la malade n’éprouve aucun malaise : elle se lève, s’habille, tait son lit sans ressentir le moindre spasme du diaphragme. L’heure du déjeuner arrive; elle boit une tasse de lait, et aussitôt après elle commence à ressentir une pesanteur douloureuse à l’épigastre et à être incommodée par les secousses convulsives du hoquet. Ce premier accès dure deux heures environ. Quand il est terminé, l’heure du repas suivant approche, Yictorine mange avec appétit, mais elle en est punie par un deuxième accès de hoquet, qui persiste pendant quatre heures.
Fig. 43. — RétréeissctncnL concentrique des champs visuels tic Vielorinc P-..
Un troisième accès, d’une durée à peu près égale à celle du deuxième, survient invariablement après le dîner, de telle sorte que sur les vingtquatre heures de la journée, la malade en passe dix à dormir et dix à souffrir du hoquet.
Les accès débutent en général quelques minutes seulement après la fin des repas. Ils s’annoncent par une sensation de pesanteur épigastrique accompagnée d’envies de vomir, mais jamais il n’y a de nausées véritables ni de vomissements. Puis, tout à coup, la secousse brusque des muscles inspiratoires qui caractérise le phénomène du hoquet se produit. A partir de ce moment, toutes les inspirations ont lieu convulsivement (fig. 44) et s’accompagnent du bruit particulier qui se fait entendre dans tous les cas de hoquet un peu violent. Le ventre est alors ballonné, sonore à la percussion, manifestement distendu par des gaz. La malade est abattue, fatiguée, incapable d’aucun travail physique et d’aucune application intellectuelle.
Les changements de position du corps, la marche, la faradisation épigastrique, la compression des différentes régions de la paroi abdominale ou de la colonne vertébrale ne modifient pas le rythme monotone et régulier du hoquet.