‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 134 sur 208 · SPASMES DES MUSCLES DE LA PHONATION · texte numérisé non relu

SPASMES DES MUSCLES DE LA PHONATION

pendant trois ans, et a fini par guérir en s’atténuant progressivement.

Dans d’autres cas, le spasme se traduit par la production d’une sorte de bégaiement obligeant les malades à répéter, malgré leur volonté, certaines syllabes. Trousseau en rapporte un exemple très net. Il s’agit d’une hystérique qui, à la suite d’une peur, fut prise de convulsions saccadées des quatre membres, accompagnées « d’une sorte de bégaiement singulier, consistant en ce qu’elle répétait avec une volubilité extraordinaire et pendant un temps assez long, sans s’arrêter, les dernières syllabes des mots qu’elle essayait de prononcer; les premières syllabes étaient émises avec peine». Fait remarquable! lorsqu’elle chantait, ce spasme ne se produisait pas, et alors rien ne pouvait faire soupçonner une modification de la parole b Nous aurons à revenir plus tard sur les caractères du bégaiement hystérique.

c) Des spasmes respiratoires compliqués de l’émission involontaire de paroles nettement articulées.

L’émission involontaire de paroles nettement articulées est un phénomène peu commun dans les spasmes respiratoires d’origine hystérique. Il en existe cependant quelques exemples. Dans un mémoire fort intéressant sur les convulsions rythmiques, Paget cite deux observations qui paraissent appartenir à cette catégorie de faits. La première est empruntée à Bright, et a pour objet une jeune femme de dix -huit ans qui répétait incessamment le mot : hélas! hélas! à des intervalles réguliers de trois secondes; cette affection s’était développée à la suite d’une émotion morale et durait depuis dix-huit mois.

La seconde appartient à Abercrombie; c’est l’histoire d’une jeune dame qui, en outre de symptômes ressemblant à ceux de la chorée, avait des paroxysmes pendant lesquels elle prononçait involontairement le mot: échum ! éclium! avec une grande rapidité. L’intelligence était intacte, et la malade n’avait sur cette affection d’autre pouvoir que celui de changer le mot lorsqu’on le lui demandait et d’y substituer tel autre mot que l’on voulait 2.

M. Galvagni a publié une observation du même genre, accompagnée de détails plus circonstanciés. Il s’agit d’une jeune fille de

1 Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu de Paris, 3° éilit. , 1868, t. H, p. 261 .

2 Paget, Observations de mouvements rythmiques spasmodiq nés, suivies de q uelques remarques ( Èdinburg rned. and surq. Journal, 1817). Traduit in Archives qénérales de médecine, 1817.

vingt-sept ans, fille d’hystérique et douée elle-même d’un tempérament très nerveux, qui fut prise d’une aphonie subite. Deux jours après, elle commença à prononcer avec un bruit sibilant prolongé et rauque le mot : ba. Au début, le spasme survenait seulement toutes les deux ou trois minutes, mais peu à peu il devint plus fréquent, jusqu’à se produire à toutes les expirations; il cessait complètement pendant le sommeil. Cet accident singulier résista pendant dix-huit mois à tous les traitements et cessa tout à coup définitivement à la suite d’un simple toucher vaginal R

,M. Chairou1 2 parle d’une fillette de quatorze ans, parfaitement élevée, ayant eu plusieurs symptômes hystériques (paralysie des membres inférieurs, anesthésie de l’épiglotte), qui, pendant ses leçons, s’arrêtait tout à coup et répétait à plusieurs reprises le mot : cochon! cochon! cochon! Cette émission brusque de paroles grossières cessa en même temps que les autres accidents hystériques.

Nous avons eu naguère dans le service une malade qui, à la suite d’une violente émotion morale (l’enfant qu’elle avait mission de garder était tombé dans un puits), avait été prise d’un spasme de l’articulation des plus curieux. Quand elle voulait parler, sa voix était entrecoupée par l’émission convulsive des mots : te voilà! té voilà! Cela se produisait surtout au commencement des phrases et cela lui rendait la conversation très pénible. Ce spasme n’avait pas lieu pendant le chant.

1 Ercole Galyagni, Suispasmi riùtnici localizzali. Bologna, 1880.

2 Chairou, Eludes clinujues sur l’hystérie. Paris, 1870.

VINGT-SEPTIÈME LEÇON

DES SPASMES RYTHMIQUES HYSTÉRIQUES (fin).

SOMMAIRE

I. Diagnostic différentiel entre les spasmes hystériques et la maladie des tics convulsifs. IL Rapport des spasmes hystériques avec le délire des aboyeurs.

I II. Nosographie des spasmes rythmiques hystériques.

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