DU MUTISME ET DU BÉGAIEMENT HYSTÉRIQUES
allons commencer par la faradisation. Si ce moyen ne réussit pas, nous en chercherons un autre et peut-être nous arriverons au résultat désiré *.
Le bégaiement hystérique a été fort peu étudié par les auteurs classiques. Landouzy, Briquet ne le mentionnent pas. Trousseau en a rapporté une observation très précise dont je vous ai déjà parlé dans une des précédentes leçons (XXVI0 leçon, p. 353). M. Gilbert Ballet en a donné, le premier, une bonne description clinique à propos d’un malade qu’il a eu l’occasion de traiter. 11 s’agissait dans ce cas d’un homme qui, après une altercation violente avec ses camarades d’atelier, fut pris d’une véritable crise nerveuse caractérisée par des battements de cœur et une sensation de constriction à la gorge. A la suite de cette crise, il resta complètement aphone pendant plusieurs heures, puis bègue. Comme stigmates hystériques, il avait une hémiparésie et une hémianesthésie sensitivosensorielle du côté gauche. Il était facilement hypnotisable. M. Ballet ne dit pas si pendant le sommeil hypnotique il parlait plus librement qu’à l’état de veille. Il ne dit pas, non plus, si la suggestion hypnotique a été régulièrement appliquée à son traitement1 2. Ces faits auraient cependant bien mérité d’être relevés 3.
Dans le cas de M. Ballet, aussi bien que dans le nôtre, l’hystérie s’affirmait à la fois par le bégaiement et par des stigmates sensitivo- sensoriels d’une signification diagnostique très précise. Mais il se pourrait fort bien que, chez d'autres malades, le bégaiement existât seul. Je serais même très porté à penser que les infirmités
1 Le traitement par la faradisation a été appliqué pendant quelques jours. Il paraissait produire une amélioration réelle quand le malade fut pris d’une varioloïde: on dut le transporter dans le service d’isolement de Pellegrin et, après la guérison de la varioloïde, M ne revint pas à l’hôpital Saint-André.
8 Braid a pu guérir par l’hypnolisation des troubles de la phonation persistant depuis longtemps. «Miss E. Atkinson, dit-il, ne pouvait depuis quatre ans et demi faire usage île la parole; sa voix se réduisait en chuchotement, malgré l’emploi de tous les remèdes connus et sous la direction de praticiens renommés. Après la neuvième opération hypno- I ique, elle parlait à haute voix, sans effort; sa santé est restée excellente depuis. » (Braid, Neurypnologie. Traité du sommeil nerveux ou hypnot isme. Trad. J. Simon. Paris, 1883.)
3 G. Ballet, Du bégaiement hystérique, in Bulletins et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris (séance du 11 octobre 1889).
Au moment de livrer ces pages à l'impression, nous lisons une nouvelle observation de bégaiement hystérique présentée par M. Ballet à la Société médicale des hôpitaux de Paris, dans la séance du 4 juillet 1890. En voici le résumé: un instituteur reçut, au sortir du bal, un coup assez violent sur la tète, Tout d’abord il ne fut nullement incorn-
do la parole observées chez certains enfants ou jeunes gens paraissant indemnes de toute tare névropathique, sont cependant de simples manifestations symptomatiques de l’hystérie.
Très souvent, en effet, le bégaiement se développe tout à coup entre cinq et dix ans, à la suite de grands ébranlements nerveux, tels que convulsions, émotions morales, traumatismes, etc. Très souvent aussi il guérit avec une facilité surprenante par l’application des moyens curatifs les plus simples. Èn voici quelques exemples qui m’ont été montrés par M. Stéphan, un des spécialistes qui traitent les vices de l’articulation par la gymnastique vocale.
Pierre P..., âgé de dix-sept ans, est devenu bègue à l’âge de six ans, à la suite d’une attaque de vers (?). Quand il veut parler, il ouvre cinq ou six fois la bouche en faisant, claquer la langue et émet quelques sons mal articulés. Il est d’ailleurs assez intelligent. Guérison après quatre semaines de traitement.
Alexandre L..., dix ans, a bien parlé jusqu’à l’âge de six ans et demi. A cet âge, s’amusant un jour avec un cerf-volant sur un balcon, il tomba dans la rue. La chute fut si violente qu’il resta sans connaissance pendant cinq jours et qu’il fut malade pendant plusieurs semaines. Un mois et demi après cet accident, on s’aperçut qu’il parlait avec une certaine difficulté, qu’il bégayait. Ce bégaiement persista sans s’atténuer jusqu’au jour où sa correction fut obtenue en quelques séances par la gymnastique vocale sous la direction de M. Stéphan.
Fernand L..., douze ans, a parlé avec une netteté parfaite jusqu’à l’âge de cinq ans. A cette époque il eut une crise de convulsions épouvantables, et depuis lors il a un bredouillement si accentué qu’il pouvait à peine se faire comprendre. Guérison complète en quatre semaines.
Louis B..., seize ans, était vif, intelligent, et parlait très bien quand, à l’âge de huit ans, il fit une chute de cheval qui mit ses jours en grand danger. Depuis cette époque, il a une infirmité complexe de la parole : bégaiement et bredouillement accompagnés d’un clignotement spasmodique très intense. Ces accidents ont été corrigés en huit jours.
Louis D..., vingt -deux ans, a parlé normalement jusqu’à neuf ans. A cette époque il devint la victime d’une marâtre qui le frappait brutalement et 1’enfermait dans des armoires en lui disant que des morts viendraient le chercher s’il criait. Un mois après, l’enfant commençait à bégayer. Il conserva cette infirmité jusqu’à vingt-deux ans et en guérit très rapidement par des exercices de gymnastique vocale.
mode par ce traumatisme; mais, trois jours après, il eut pour la première fois do sa vie une attaque convulsive manifestement hystérique. La semaine suivante, il fut atteint de bégaiement intermittent, qui devint plus tard permanent. Ce malade ne présentait pas d'anesthésie cutanée; son champ visuel du côté gauche était un peu rétréci. Il avait, en outre, quelques symptômes de la forme de psychose dégénérative qu’on appelle la folie du doute. C’était donc à la fois un hystérique et un dégénéré.
Amédée G..., vingt-cinq ans, n’avait présenté pendant son enfance aucun trouble de l’articulation. A dix-sept ans, par une froide soirée de décembre, il traversait un bois avec plusieurs de ses camarades. Ceux-ci voulurent lui jouer une lionne farce. Ils l’attachèrent à un arbre et rentrèrent seuls au village comptant que son père, qui devait passer par le même chemin, le délivrerait avant la nuit. Malheureusement il était déjà rentré. Lejeune G... passa toute la nuit dans le bois. Le lendemain matin on le trouva évanoui, mourant de froid et de peur. Il resta plusieurs mois comme hébété, puis il reprit peu à peu l’usage de ses facultés intellectuelles, mais il resta affligé d’un bégaiement très intense qui l’empêchait presque complètement de parler. Il guérit en quelques semaines par les procédés de M. Stéphan.
Aucun de ces malades ne présentait de stigmates hystériques. Mais les conditions dans lesquelles se sont développés chez eux les troubles de la phonation et la rapidité de leur guérison semblent bien démontrer leur nature hystérique.
VINGT-NEUVIÈME LEÇON