OBSERVATION DE BÉGAIEMENT HYSTÉRIQUE
AT
dans lesquelles on tiendrait exactement compte des antécédents des malades et des symptômes névropathiques associés aux vices de l'articulation, .le suis convaincu qu’on arriverait ainsi à déter-
miner la véritable cause d’un grand nombre de vices de l’articulation dont l’étiologie est entourée d’une profonde obscurité et dont la signification clinique nous est encore tout à fait inconnue.
J.e jeune homme que je vous présente offre un exemple de ces bégaiements qui doivent vraisemblablement être rapportés à l’hystérie.
Bégaiement hystérique. — Ter..., dix-neuf ans, équilibriste, entré à l’hôpital le 12 octobre 1888 (salle 16, lit 18).
Antécédents héréditaires: Père mort à quarante -quatre ans d’un traumatisme accidentel. C’était un homme calme, doux, n’abusant pas des liqueurs alcooliques; il bégayait depuis son enfance. Mère âgée de quarantehuit ans, très impressionnable; elle entre pour des motifs futiles dans des colères épouvantables. Un frère est très violent. Une tante paternelle était sujette à des attaques de nerfs. Une cousine germaine, Agée de vingt et un ans, est franchement hystérique.
Antécédents personnels : Jusqu’à l’âge de quatorze ans, Ter... a joui d’une bonne santé. 11 était intelligent; il parlait très facilement, sans bégayer.
En 1879, son père fut tué sous ses yeux; il aidait à monter une lourde table de bois dans une maison avec une poulie; la corde cassa et la table, en tombant, lui brisa le crâne. Ter..., voyant son père expirant, perdit connaissance et eut, quelques instants après, une grande attaque convulsive à la suite de laquelle il resta vingt jours au ht, agité par un délire des plus violents.
Peu de temps après cette maladie, il commença à remarquer qu’il ne parlait plus avec la môme facilité qu’autrefois. Au début de certains mots, il éprouvait un serrement épigastrique qui l’empêchait d’articuler. A partir de ce moment, le bégaiement a toujours persisté; il s’est même notablement aggravé.
État actuel: Ter... est un garçon vigoureux; il jouit d’une excellente santé; il n’a d’autre infirmité que son bégaiement. Lorsqu’il veut parler, sa tète se tourne vers l’épaule droite, ses paupières se ferment fortement, la mâchoire inférieure est agitée île petites secousses, le diaphragme se contracte spasmodiquement, la langue est attirée vers le fond de la bouche et le malade lance une série de sons confus : g ne, gue, que, gue ; ah, ah, ah, ah! avant de pouvoir articuler les mots exprimant sa pensée.
Ce trouble de la parole se produit au commencement des phrases. Il existe également dans la lecture à haute voix et dans la conversation ; mais il disparaît tout à fait dans le chant et dans la déclamation.
En examinant la sensibilité générale du sujet, nous trouvons de larges
plaques d’hypoesthésie cutanée siégeant sur les membres inférieurs, sur le thorax, le dos, la lace postérieure des membres supérieurs (fig. M), les
Fig. 47. — Distribution de l’hypoesthésic cutanée chez Ter...
Fie. 48.— Rétrécissement concentrique des champs visuels de Ter...
paupières. En outre, les champs visuels sont rétrécis concentriquement ('//f/. 48), et le réflexe pharyngien est aboli.
DIAGNOSTIC
Dans le cas actuel, le diagnostic ne paraît pas douteux. On pourrait peut-être objecter que, le père de notre malade étant bègue, son fds a hérité purement et simplement de l’infirmité paternelle, indépendamment de toute influence hystérique; mais vous remarquerez que Ter... n’a commencé à bégayer qu’à l’àge de quatorze ans et à la suite d’une émotion violente assez forte pour jeter le trouble dans le système nerveux d’un adolescent, surtout d’un adolescent prédisposé par son hérédité maternelle et collatérale à des accidents névropathiques.
II est possible, d’ailleurs, que le fait d’avoir cohabité longtemps avec un bègue ait prédisposé le jeune Ter... à contracter du bégaiement. On voit très souvent les hystériques imiter les affections qu’ils ont eues précédemment sous les yeux. A l’occasion d’une cause identique en apparence, tel aura une hémiplégie hystérique, tel autre un spasme rythmique, tel autre une contracture, etc. La raison de ces différences d’effets se trouve fréquemment dans des impressions antérieurement perçues et inconsciemment accumulées dans les centres de l’activité psychique des malades. Les hystériques sont par-dessus tout des imitateurs. Ils réalisent facilement ce qui a frappé leur imagination, et quand ils deviennent malades, c’est souvent comme telle ou telle personne de leur entourage, .le pourrais vous citer de nombreux exemples de nature à confirmer cette proposition. Une des jeunes filles dont je vous ai raconté l’histoire quand nous nous sommes occupés des spasmes rythmiques respiratoires, avait un renâclement hystérique très bruyant dans lequel elle imitait la toux pharyngienne de son père atteint depuis plusieurs années de granulations de la gorge (obs. d’Alice L..., XXVIe leçon, p. 338). Je voyais ces jours derniers une dame qui, après avoir assisté aux derniers moments d’une de ses parentes morte d’une maladie organique du cœur, présentait tous les symptômes de la fausse angine de poitrine hystérique. Les cas analogues sont loin d’être rares, et il faut en tenir compte dans l’appréciation des circonstances étiologiques qui ont provoqué l’appnrition des accidents hystériques afin de ne pas rapporter à l’hérédité ce qui est dû tout simplement il l’imitation consciente ou inconsciente.
Pour en revenir à notre malade, je le crois atteint de bégaiement hystérique et j’ai la conviction qu'il pourrait guérir brusquement si nous trouvions un mode de traitement capable de lui inspirer grande confiance ou de frapper fortement son imagination. Nous