‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 149 sur 208 · CAUSES DÉTERMINANTES · texte numérisé non relu

CAUSES DÉTERMINANTES

Les contractures post -convulsives sont très fréquentes. Quelques hystériques ont, après chacune de leurs attaques, des rigidités musculaires plus ou moins étendues qui se dissipent d’ordinaire, sans traitement, dans un laps de temps assez restreint, mais qui peuvent aussi s’installer à poste fixe pour des mois ou des années.

Les émotions morales figurent dans l’étiologie de la contracture hystérique comme dans celle de tous les accidents de la grande névrose. Une frayeur intense, une vive contrariété, une colère violente, un ébranlement psychique quelconque suffisent parfois pour déterminer, chez les sujets prédisposés, la rigidité permanente d’un ou de plusieurs muscles.

Mais ce sont surtout les traumatismes qui donnent lieu à la production des contractures hystériques. Il est à noter que ce ne sont pas les violences les plus fortes qui provoquent les rigidités musculaires les plus étendues et les plus tenaces. 11 n’y a souvent aucun rapport entre l’intensité de la cause et celle de l’effet; un traumatisme insignifiant peut déterminer des contractures d’une désespérante ténacité. Beaucoup de faits cliniques démontrent l’exactitude de cette proposition : Brodie 1 a donné des soins à une jeune fille de dix à onze ans qui, après s’être piqué l’index gauche avec la pointe de ses ciseaux, eut une contracture douloureuse du membre supérieur correspondant. La rigidité gagna le masséter et le diaphragme. Elle fut exagérée par une opération chirurgicale et guérit spontanément, après avoir résisté à toutes sortes de traitements pendant deux années. Lasègue 2 raconte l’histoire d’une jeune fille de quatorze ans qui reçut, en jouant avec ses compagnes, quelques grains de sable dans l’œil. 11 en résulta une contracture de l’orbiculaire qui dura quatre mois et se dissipa tout à coup au bout de ce laps de temps. Une enfant de douze ans, observée par le même auteur, eut une coxalgie hystérique, après avoir fait un faux pas dans un escalier. On la traita sans succès pendant trois mois. Au bout de ce temps, elle guérit subitement en arrivant sur le bord de la mer. M. Brunet 3 rapporte, dans sa thèse de doctorat, l'observation d’une hystérique du service de M. Charcot, âgée de seize ans, qui se blessa légèrement le dos

1 Brodie, Leçons sue les affections nerveuses locales, trad. franc, par Douglas-Aigre. Paris, 1880.

2 Lasègue, Hystéries périphériques (Arch. yen. deméd., juin, 1878).

3 Brunet, Étude clinique et pathologique de l’état d’opportunité de contracture. Th. doct., Paris, 1883.

de la main gauche en fermant une fenêtre. Aussitôt sa main se raidit et resta contracturée pendant plus d'un an, malgré tous les traitements employés.

Les contractures post-traumatiques sont précoces ou tardives.

Les premières succèdent immédiatement à l’excitation provocatrice : un soldat blessé pendant la bataille est pris instantanément d’une contracture des fléchisseurs des doigts telle que ses mains se crispent sur son fusil sans pouvoir le lâcher (Weir Mitchell).

Les secondes se développent une heure, un jour, une semaine après le traumatisme initial. Exemples : une jeune fille de dix-sept ans tombe sur le pouce de la main gauche; une heure après la main se contracture; quatre jours plus tard la rigidité gagne les muscles de l’avant-bras et du bras. — Un garçon de quinze ans s’entrave en courant et se contusionne le dos de la main droite; trois ou quatre jours après seulement, la main devient douloureuse et se contracture. — Un garçon de seize ans tombe du haut d’une échelle et se fait une entorse à l’articulation tibio- tarsienne; la douleur immédiate s’apaise rapidement; trois jours après, douleurs fessières et rachidiennes suivies de contracture des muscles de la fesse, de la cuisse et de la jambe l.

Les contractures hystéro-traumatiques 2 surviennent assez souvent chez des sujets chez lesquels l’hystérie ne s’est jamais manifestée par des accidents à grand fracas et pourrait, par conséquent, être très facilement méconnue si on n’en recherchait avec soin les stigmates révélateurs. Je pourrais vous citer plusieurs exemples confirmant cette proposition. En voici un que j’emprunte à M. Debove3 : Un homme de trente-cinq ans, forgeron, a, à la suite d’une brûlure superficielle de la face postéro-externe de l’avantbras et du poignet, une contracture intense de la main gauche. Cette contracture persiste pendant cinq mois et guérit après une élongation du nerf médian. Le malade qui en ôtait porteur n’avait jamais eu d’accidents névropathiques notables. Cependant c’était un hystérique, car en l’examinant attentivement on s’aperçut qu’il avait une hémianesthésie sensitivo- sensorielle du côté gauche et un rétrécissement concentrique des champs visuels.

1 Cas empruntés à Dubreuil et cités parLathoult, Des spasmes traumatiques. Th. iloct

Paris, 1880. ’

2 Voyez, comme types de ces contractures dites réflexes, les cas présentés en 1877 à la Société de chirurgie par MM. Terrier et Duplay (Bull. Soc. de chir., octobre 1877).

3 Debove, De l’hystérie fruste, principalement chez l'homme (Soc. mëd. des hôpitaux de Paris, 1882). 1

Page 1