‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 15 sur 208 · CAUSES DES ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

CAUSES DES ÉPIDÉMIES

Un pou plus tard, les crises changèrent de forme; elles devinrent, convulsives et s’accompagnèrent de phénomènes étranges qui jetèrent la terreur dans l’esprit des habitants du pays, (l’est ainsi que les enfants, qui étaient ordinairement douces et timides, perdaient toute réserve pendant les paroxysmes; elles répondaient judicieusement aux questions qu’on leur posait en différentes langues; elles proféraient des blasphèmes abominables; elles avaient des hallucinations, grimpaient aux arbres avec une agilité surprenante, annonçaient leurs crises ultérieures et faisaient des prédictions dont quelques-unes se réalisèrent. Après les crises, elles n'avaient aucun souvenir de ce qui s’était passé ni de ce quelles avaient dit.

Dans l’espace de huit mois, vingt-sept personnes furent atteintes du mal. La population réclama des exorcismes. L’évêque d’Annecy refusa d'y faire procéder officiellement; cependant on exorcisa ça et là quelques malades avec des résultats variables.

On obtint d’ailleurs quelques guérisons par des moyens qui n’avaient rien de canonique. Juliette L... fut guérie par la peur: «Son père, la saisissant par les cheveux et brandissant une hache, dit qu’il allait lui couper le cou si sa crise ne finissait pas à l'instant et si elle devait en avoir d’autres. La crise finit et ne se renouvela pas. Un autre homme, qui venait de chauffer son four, feignit d’y jeter sa fille; la guérison fut instantanée et radicale. Le sieur AI... guérit sa fille une première fois en lui promettant un habillement neuf, une autre fois en la menaçant de l’enchaîner dans la cave l. » Certains malades guérirent même spontanément.

Sur ces entrefaites, l’autorité ecclésiastique fit faire des exorcismes publics et généraux. C’était jeter de l’huile sur le feu. Le mal, à partir de ce moment, fit des progrès rapides. Au commencement de l’année 18(51, le nombre des malades ayant eu des crises convulsives était de cent vingt environ, et presque toute la population de la région était convaincue que le mal avait une origine surnaturelle. Les quelques personnes qui cherchaient à combattre ces idées et conservaient leur sang-froid au milieu de l’affolement général, étaient désignées à la vindicte publique comme des hérétiques. On en vint à penser et à dire tout haut que la maladie ne finirait pas tant qu'on n’aurait pas massacré ou

1 Constans, loc. cil., p. 33-30.

42 ETIOLOGIE DE L’HYSTEHIE.

brûlé deux ou trois de ces mécréants, et particulièrement le nommé Jean Berger, adjoint au maire, très dévoué aux intérêts de la commune, mais moins superstitieux que la majorité de ses concitoyens, (les menaces reçurent même un commencement d’exécution. Le sieur Berger fut un jour « poursuivi par une bande furieuse de trente ou quarante personnes, hommes, femmes, enfants, malades et bien portants, armés de fourches, de haches et de bâtons. Cette chasse dura trois heures sans qu’aucun habitant fît la moindre tentative pour y mettre fin l. » M. Berger put heureusement échapper à cette manifestation menaçante. Il est probable que s’il eût été rejoint, on l’eût écharpé vif.

Pour arrêter les progrès de cette épidémie, le gouvernement dut intimider la population par l’envoi d’une brigade de gendarmerie, déplacer le curé, isoler les malades et envoyer les plus gravement atteints dans des hôpitaux éloignés. Ces moyens réussirent : l'apaisement se fit peu à peu dans les esprits et le calme revint dans la commune.

L’épidémie de Verzegnis ressemble beaucoup à celle de Morzine.

Verzegnis est une commune isolée dans la montagne. Sa population, pauvre et ignorante, a peu de rapports avec les communes voisines; elle se compose de 1,800 habitants, divisés en quatre hameaux. Les mariages consanguins y sont très fréquents; le nervosisme y est commun.

Dans cette commune se trouvait une jeune fille de dix-sept ans nommée Marguerite Yidusson, qui était atteinte depuis huit ans de symptômes hystériques légers : troubles gastriques intermittents, sensation de suffocation, émotivité excessive, etc. Quelques autres filles du pays présentaient des troubles analogues, mais à un moindre degré. On n’y faisait du reste pas plus d’attention que de raison; on croyait qu’il s’agissait tout simplement d’accidents nerveux sans gravité.

Dans les premiers jours de novembre 1877, un père jésuite se rendit à Verzegnis pour y prêcher une mission. Pendant huit jours la population entière de la commune se livra à des exercices reli-

1 Constans, loc. cil., p. 43.

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