‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 153 sur 208 · CAUSES DÉTERMINANTES · texte numérisé non relu

CAUSES DÉTERMINANTES

l’influence des convulsions, observation très juste dont il est possible de tirer profit dans un but thérapeutique quand les malades atteints de paralysies hystériques ont des zones spasmogènes excitables1 2.

L’influence des émotions morales sur la production des paralysies hystériques est démontrée par des observations nombreuses et concluantes. Je n’en citerai que deux. Une malade de Briquet reçoit à l’improviste la nouvelle de la mort de sa mère; à l’instant, ses jambes tremblent, fléchissent sous elle et on la relève paraplégique 8. Une jeune fille, observée par le même auteur, montait le soir un escalier mal éclairé. Un homme déguisé se précipite sur elle. Dans son effroi, elle veut crier et se sauver, mais elle chancelle, tombe et on la rapporte paralytique dans sa chambre.

L’importance des traumatismes dans l’étiologie des paralysies hystériques, pressentie par B. Brodie, a été surtout mise en évidence, dans ces dernières années, par les recherches de M. Charcot. Nous y reviendrons dans la prochaine leçon.

11 est exceptionnel que les paralysies hystériques se développent brusquement sans l’intervention de causes occasionnelles bien définies; cependant, cela arrive quelquefois. C’est, ainsi qu’une malade, dont Guéneau de Mussy rapporte l’histoire, était occupée à jouer avec son enfant quand, tout à coup, elle éprouva une sensation de vertige et de douleur dans le côté droit de la tète, et, sans qu’elle eût perdu connaissance, son bras gauche tomba inerte et insensible 3.

Une fois établies, les paralysies hystériques se présentent avec un ensemble de caractères cliniques qu’on peut résumer en quelques mots :

1° Ce sont des paralysies flaccides, avec conservation intégrale ou presque intégrale des réflexes tendineux et des réactions mécaniques et électriques des muscles.

1 «Bien qu’il paraisse naturel, au premier abord, d’attribuer la paralysie hystérique plutôt aux convulsions qu'aux autres phénomènes de l’hystérie, on l'observe néanmoins aussi souvent dans les cas de perte do connaissance et de syncopes prolongées ou fréquentes que dans les cas de spasmes violents. Et comme si le propre de l'affection hystérique était de donner lieu à chaque instant à des phénomènes contradictoires, on voit, dans un assez grand nombre de cas, la paralysie disparaître seulement sous l’inlluence des convulsions. D’autres fois, elle dure depuis la lin d’un accès jusqu’à ce qu'un autre accès survienne, convulsif ou non, et qu’il amène dans une autre partie une nouvelle paralysie qui remplace la première. » (Landouzy, Traité complet de l’hystérie. 2<> éd. Paris, 1848, p. 107.)

2 Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1839, p. 444.

3 Guéneau de Mussy, Clinique médicale. Paris, 1874, t. I, p. 122.

2° Elles ne se transforment pas, avec le temps, en paralysies spasmodiques, ainsi que cela arrive pour les paralysies organiques d’origine cérébrale, par suite de la production de la contracture tardive. Elles ne se transforment pas, non plus, en paralysies atrophiques, comme le font les paralysies spinales aiguës ou subaiguës. Éventuellement, les muscles frappés de paralysie hystérique peuvent s’émacier en masse, mais jamais ils ne subissent la destruction atrophique qui s’observe dans les paralysies d’origine médullaire ou de cause périphérique.

3° Elles s’accompagnent habituellement d’anesthésie sensitivosensorielle et de troubles profonds du sens musculaire.

4° Elles disparaissent souvent pendant le sommeil hypnotique provoqué ou spontané et reparaissent après le réveil.

5° Elles peuvent être déplacées ou enlevées par l’intervention de moyens qui n’ont aucune action modificatrice sur les paralysies organiques : par exemple, par l’explosion d’attaques convulsives, par l’application d’agents esthésiogènes, par la suggestion, etc.

Nous allons, j’espère, pouvoir vérifier l’exactitude de ces différentes propositions sur les deux malades que j’ai fait venir à l’amphithéâtre pour vous mettre à même de constater de visu les principaux caractères des paralysies que nous étudions aujourd’hui.

Thérèse G... a, depuis deux jours, une paralysie hystérique du membre supérieur gauche. Avant-hier, dans l’après-midi, elle a eu, ainsi que cela lui arrive souvent, une grande attaque convulsive tout à fait semblable à celles auxquelles elle est sujette depuis plusieurs années. Cette attaque n’a rien présenté de particulier; elle est arrivée spontanément; elle n’a été ni plus ni moins violente que les autres; elle a duré, comme d’ordinaire, trois quarts d’heure environ; elle n’a pas été arrêtée artificiellement. Bref, elle n’a été remarquable par aucune particularité à nous connue, si ce n’est qu’après la terminaison des convulsions, le bras gauche est resté complètement paralysé.

Etudions ensemble les caractères de cette paralysie.

Le premier phénomène saillant, c’est qu’il s’agit d’une paralysie flaccide, complète, absolue. Le membre pend inerte et flasque le long du tronc, comme le ferait un corps étranger; soulevé à une

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