‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 157 sur 208 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

La provocation artificielle d'attaques convulsives par l’excitation de zones spasmogènes réussit en général très bien quand les paralysies hystériques sont récentes. Nous avons employé ce moyen, il y a quelques semaines, avec un plein succès chez Élisa G..., qui a déjà eu, depuis qu’elle est dans le service, une autre atteinte de paralysie. Le même procédé réussirait probablement encore aujourd’hui, mais il est difficile de l’utiliser dans une démonstration publique. Nous allons, si vous voulez, en essayer un autre, plus simple et plus rapide : la suggestion hypnotique. Élisa G... est très facilement hypnotisable; elle s’endort en quelques secondes par la fixation du regard; la voilà en état de sommeil somnambulique. Je lui dis alors avec fermeté : « La paralysie que vous aviez depuis hier est guérie; quand vous serez réveillée, vous vous servirez de vos bras et de vos jambes comme si vous n’aviez jamais rien eu. » Cela dit, je la réveille en lui soufflant sur les yeux, puis je la prie de se lever et vous voyez qu’elle se tient debout sans la moindre incertitude, qu’elle marche avec assurance, qu’elle remue librement tous ses membres. L’infirme qu’il a fallu porter tout à l’heure à l’amphithéâtre sur un brancard va s’en retourner dans la salle en courant avec agilité.

Passons à notre seconde malade.

Sur elle, nous allons employer la faradisation des membres paralysés. La pile est toute prête. J’amorce le trembleur et je promène les électrodes sur l’avant-bras gauche de la malade. Celle-ci n’accuse, naturellement, aucune sensation, bien que ses muscles se contractent, puisqu’elle est anesthésique. Dans quelques minutes elle va sans doute commencer à exécuter de petits mouvements volontaires. Elle peut déjà fléchir un peu ses doigts. La peau du membre est toujours insensible aux pincements et aux piqûres, mais l’haphalgésie a déjà reparu, car le contact d’une pièce métallique provoque des sensations très désagréables. Attendons encore quelques instants, et j’espère que nous aurons complètement raison de la paralysie... 11 y a cinq minutes environ que l’électrisation est commencée et voilà que la malade peut fléchir l’avant-bras sur le bras, porter la main à sa tête; elle donne au dynamomètre une pression de 28 kilog.; elle est guérie.

Pour obtenir ce résultat, nous avons employé un courant capable de faire contracter énergiquement les muscles, mais il n’est pas certain du tout que la mise en jeu de la contractilité musculaire par l’excitation électrique soit nécessaire pour que la faradisation

amène la disparition rapide des paralysies hystériques. 11 est possible que l’électrisation agisse non pas directement par ses propriétés physiques, mais indirectement par le fait de l'émotion que causent aux malades la vue d’un appareil étrange et la confiance dans l’efficacité de son action.

Ces réserves me sont inspirées par le souvenir d’un fait qui m’a beaucoup frappé. L’an dernier, j’électrisais un matin, comme je viens de le faire devant vous aujourd’hui, le bras d’une jeune femme atteinte de paralysie hystérique. La séance durait depuis quelques instants à peine quand je m’aperçus que l’un des fils des électrodes n’était pas fixé à la borne de l'appareil, de telle sorte que le courant ne passait pas dans le membre, .le continuai néanmoins l’opération sans rétablir la continuité du circuit et, après cinq ou six minutes, la malade était complètement débarrassée de sa paralysie. Étaitelle une simulatrice? Je n’ai aucune raison de le croire. Je pense plutôt qu’elle appartenait à cette catégorie de malades qui font pour les moindres causes des accidents très réels mais purement dynamiques et par conséquent susceptibles de disparaître sous l’influence de simples excitations psychiques. Elle était convaincue que l’électrisation devait la guérir et elle a guéri quand elle a cru qu’elle était électrisée, par un mécanisme analogue à celui qui préside aux guérisons dites miraculeuses et aux cures par les pilules de mica panis ou d’orviétan, et qui est peut-être le mécanisme général et uniforme de la guérison de tous les accidents hystériques L

1 Voyez à la lin du présent volume les planches II, III et IV qui sont relatives à des cas de guérisons de paralysies hystériques opérées sur le tombeau du diacre Paris.

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