‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 18 sur 208 · METHODE A SUIVRE · texte numérisé non relu

METHODE A SUIVRE

ries les manifestations qu’ils ne pouvaient expliquer. Le mysticisme du moyen âge fut remplacé par le scepticisme systématique.

Pendant près de deux siècles, les classes dirigeantes du mouvement scientifique restèrent dans cet état d’esprit, et pendant tout ce temps l’étude de l’hystérie ne fit presque aucun progrès sérieux.

Pour faire œuvre véritablement utile, il fallait suivre une voie différente. Georget, Louyer-Villermay, Landouzy, Brachet essayèrent de se dégager des préjugés qui avaient embarrassé leurs devanciers; Briquet y réussit pleinement. Placé, par le fait dos circonstances, à la tète d’un service où depuis longtemps l’usage s’était établi de diriger les malades atteints d’affections hystériques, il s’aperçut très promptement « qu’on n’avait jamais étudié l’hystérie comme on étudie les autres maladies, en observant d’abord et en concluant ensuite ». « Ce n’était pas, dit-il, les théories qui manquaient, mais bien les faits; il fallait donc étudier ces derniers : c’est ce que je fis. » Et il recueillit patiemment, sans parti pris, sans idée préconçue, les quatre cent trente observations originales qui servent de base aux recherches exposées dans son Traite théorique et thérapeutique de l’hystérie publié en 1859.

Malgré ses grandes qualités, l’ouvrage de Briquet n’eut pas l’influence décisive qu’il méritait d’avoir. Longtemps après sa publication, on rencontrait encore des médecins, ne manquant ni d’intelligence ni d’instruction, qui refusaient de s’occuper de l’hystérie sous le prétexte qu’ils ne voulaient être ni les dupes ni les complices de malades imaginaires ou de simulateurs effrontés. Il n’a fallu rien moins que les belles recherches de M. Charcot pour déraciner définitivement ce préjugé et pour ramener le monde savant à une appréciation plus exacte de la réalité.

Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que l’hystérie est une maladie réelle, plus complexe peut-être que beaucoup d'autres, mais dépendant, comme toutes les autres, de conditions biologiques naturelles, et que, pour l’étudier avec profit, il faut suivre les préceptes de la méthode expérimentale, c’est-à-dire : multiplier les observations, déterminer les caractères cliniques de chaque symptôme, rechercher les conditions de production de chaque épisode, et ne formuler d’autres lois générales que celles qui se dégagent tout naturellement de la comparaison de séries de faits similaires régulièrement observés.

Que cette méthode présente dans l’application des difficultés spéciales tenant à la multiplicité et à la mobilité des accidents

NOSOGRAPHIE DE L’HYSTÉRIE

hystériques; qu’elle exige la mise en œuvre de matériaux considérables patiemment accumulés et méthodiquement analysés, cela n’est pas douteux! Mais comme elle est la seule qui puisse conduire sûrement à la connaissance de la vérité, il convient de la suivre et de rester invariablement attaché à ses principes.

Il convient surtout de se tenir soigneusement en garde contre les systèmes et particulièrement contre cette tendance funeste qui a poussé jadis les médecins à douter de la réalité des phénomènes dont la physiologie du moment ne fournissait pas l’explication.

En réalité, les faits sur lesquels repose aujourd’hui l’histoire de l’hystérie sont entourés de garanties suffisantes pour ne laisser place à aucun doute légitime. Ce sont, il est vrai, des faits d’observation, n’ayant pas, par conséquent, la certitude absolue des solutions mathématiques; mais ce sont des faits bien constatés et, à ce titre, ils ont droit de prendre place dans l’ensemble de nos connaissances scientifiquement acquises. Au fond, ils ne sont ni plus ni moins certains que les autres faits sur lesquels reposent les sciences médicales. Les nier systématiquement, comme le font encore quelques personnes, c’est commettre une erreur de logique. Récuser les preuves sur lesquelles est établie la démonstration de leur réalité sous le prétexte qu’elles ne sont pas d’une certitude absolue, c’est se condamner indéfiniment à l’inaction ou à l'impuissance, car dans les sciences biologiques il n’y a jamais de certitude absolue. Dans ces conditions, il convient de n’ôtre ni trop sceptique ni trop crédule. 11 ne faut pas nier a priori les faits régulièrement observés par cela seul qu’on ne les comprend pas; il ne faut pas non plus accepter sans contrôle sérieux les récits des malades ou de leur entourage; il faut croire aux faits dûment constatés et ne croire qu’a eux, sans se soucier des interprétations possibles, sans tenir compte des théories à la mode.

Lorsqu’une maladie est très compliquée, on cherche à en faciliter l'étucle en classant les cas qui la composent en un certain nombre de catégories distinctes. On divise, par exemple, la pneumonie en aiguë ou chronique, lobaire ou lobulaire, primitive ou secondaire, du sommet ou de la base, des enfants, des vieillards ou des adultes, etc.

VARIETES CLINIQUES

Quand il correspond à des variétés cliniques bien différenciées, ce morcellement simplifie les descriptions. 11 les rend plus précises et plus exactes; il leur donne plus de relief et plus de netteté. Mais il serait inutile et dangereux s’il était fondé sur des groupements artificiels ou arbitraires. La plupart des divisions introduites par les nosographes dans l’histoire de l’hystérie appartiennent, ainsi que vous allez le voir, à cette dernière catégorie. Celles-là même qui paraissent le plus naturelles, n’échappent pas à une critique sévère.

Ainsi, beaucoup d’auteurs divisent l’hystérie en aiguë et chronique. Cela semble juste, puisque clans certains cas les accidents hystériques sont fugaces et transitoires, tandis que dans d’autres ils persistent immuables pendant des années. Mais quand on va au fond des choses, on ne tarde pas à s’apercevoir que l’hystérie n’évolue ni comme une maladie aiguë ni comme une maladie chronique. Ses symptômes apparaissent et disparaissent brusquement sans ordre fixe, sous l'influence de causes occasionnelles accidentelles. Un sujet prédisposé arrive jusqu’à l’âge de 20, :J0, 'iO ans sans avoir jamais présenté de symptômes névropathiques sérieux; il éprouve tout à coup une émotion morale, et le voilà atteint de convulsions ou de paralysie hystérique. 11 reste malade pendant un temps indéterminé et indéterminable a priori; puis, sous l’influence d’une autre émotion ou d’une médication appropriée, tout rentre dans l’ordre, et le calme persiste jusqu’au jour où une nouvelle cause occasionnelle vient provoquer une nouvelle explosion d’accidents.

La marche de l’hystérie est donc essentiellement variable et aléatoire. Elle résulte de circonstances extérieures au malade et indépendantes de la maladie elle-même.

Aussi, la division de l’hystérie en aiguë et chronique ne mérite-t-elle pas d’être conservée. Elle repose sur une appréciation inexacte des conditions étiologiques qui créent la diathèse et de celles qui provoquent ses manifestations extérieures. En réalité, la diathèse hystérique, c’est-à-dire la prédisposition latente aux accidents névropathiques de nature hystérique, est toujours chronique puisqu’elle dépend de l’hérédité et fait partie intégrante de la constitution même du sujet. Quant aux accidents qui constituent ce qu’on pourrait appeler les orages hystériques, ils ne sont par essence ni aigus ni chroniques. Ils naissent tout à coup à l’occasion d’un événement fortuit, persistent plus ou moins longtemps et se dissipent sous l’influence de circonstances tout aussi aléatoires

NOSOGRAPHIE DE L’HYSTÉRIE

que celles qui les ont provoqués. Ceux qui guérissent rapidement auraient persisté si ces circonstances ne s’étaient pas produites, et ceux qui persistent auraient guéri si elles s’étaient produites. La durée des accidents est donc tout à fait contingente; elle ne peut servir de base à une division nosographique.

Les symptômes apparents de l’hystérie sont très variables. Les cent hystériques qui ont été traités dans nos salles dans ces dernières années sont entrés h l’hôpital pour les accidents désignés dans le tableau ci-après :

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