RÉACTIONS VASO-MOTRICES
anesthésiques des téguments des hystériques ne donnent habituellement lieu à aucun écoulement sanguin.
Chez les sujets sains, les piqûres de la peau sont bientôt suivies de l’écoulement de quelques gouttes de sang. En même temps, le point lésé s’entoure d’une petite auréole rouge, sans élevure, qui persiste jusqu’à la cicatrisation complète de la petite plaie.
Chez les hystériques, il semble que les vaisseaux de la peau directement excités par le contact du corps étranger, se contractent violemment avant que le sang ait pu s’écouler par la blessure. Cette contraction s’accompagne d’une série de phénomènes incomplètement décrits dans les livres et dont voici la succession : Au moment même où l’épingle est enfoncée dans la peau, on voit apparaître autour du point piqué une auréole pâle d'un à deux millimètres de diamètre qui persiste et s’accentue même davantage après que l’épingle a été enlevée. Quelques secondes plus tard, l’auréole s’entoure d’une zone de rougeur diffuse d’un à deux centimètres de diamètre, et en même temps il se forme à sa place une saillie, une sorte de papule ortiée qui persiste pendant un temps variable, mais toujours assez long, une demi-heure, une heure, ou plus selon les cas. Souvent, après que la papule est bien formée, il s’écoule par l’orifice de la piqûre une petite gouttelette de sérosité limpide.
Ces phénomènes semblent bien indiquer qu’il se produit une contraction immédiate des vaisseaux directement intéressés par la piqûre et un œdème consécutif, localisé au point d’irritation initiale. Mais il ne faudrait pas croire, comme on le fait généralement, que les parties anesthésiées soient seules le siège de l’hyperexcitabilité vasculaire qui empêche l’écoulement du sang après les piqûres. Très fréquemment, cet état des vaisseaux est général, bien que l’anesthésie soit partielle. Chez Paule C..., par exemple, je pratique trois piqûres sur le milieu de la face antérieure de chacun des deux avant-bras, dont l'un est anesthésique et l'autre sensible. Vous voyez qu’il ne s’écoule pas plus de sang d’un côté que de l’autre. Attendons quelques secondes, et nous verrons les papules ortiées se produire également des deux côtés.
J’ajouterai qu’il est possible de modifier expérimentalement les réactions vaso-motrices d'une région anesthésique sans changer en aucune façon les caractères de l’anesthésie elle -même. Ainsi, l'application d’un sinapisme sur les portions insensibles de la peau des hystériques provoque habituellement une rubéfaction
locale très vive. Dans ces conditions, les piqûres pratiquées sur la plaque rouge saignent très abondamment et ne provoquent plus la formation de papules, bien que l’insensibilité cutanée persiste souvent après l’application du sinapisme.
L’hyperexcitabilité vasculaire qui empêche l’écoulement du sang après les piqûres, se traduit quelquefois par d’autres phénomènes bien connus des cliniciens. Chez beaucoup d’hystériques, le passage rapide d’un corps dur sur la peau détermine l’apparition d’une raie rouge beaucoup plus accentuée et persistante que chez les sujets bien portants. Chez quelques-unes même il se produit au niveau du point excité une élevure qui persiste pendant plusieurs heures consécutives et qui est l’analogue de la papule ortiée dont nous venons de parler à propos des piqûres.
M. Dujardin-Beaumetz a communiqué une intéressante observation de ce genre à la Société médicale des hôpitaux de Paris. Sa malade était une hystérique âgée de vingt-neuf ans. Elle était anesthésique générale. Si l’on traçait sur sa peau avec l’ongle ou avec un corps dur quelconque des traits, des lettres, des mots, il se formait, après quelques minutes, des saillies rouges à contours fort nets, très exactement limitées aux points excités et persistant pendant quatre ou cinq heures. Ces saillies étaient telles qu’il était très facile de lire les caractères tracés sur la peau et qu’on aurait pu en tirer des épreuves l.
Je n’insisterai pas davantage sur la description de ces troubles vaso-moteurs. Il serait fort intéressant de les étudier en détail, mais cela nous entraînerait fort loin. Qu’il vous suffise de savoir pour le moment qu'ils ne sont pas rares dans l’hvstérie, et que tout en se produisant assez souvent sur des parties anesthésiques de la peau, ils ne sont cependant pas liés à l’anesthésie cutanée par un rapport constant2.
3° Amyosthénie. — Chez la plupart hystériques, l’insensibilité de la peau est accompagnée d’un certain degré d’affaiblissement musculaire; mais, contrairement à l’opinion émise par certains
1 Dujardin-Beaumetz, Note sur des /.roubles vaso-moleurs de la peau observés sur une hystérique (Femme autograpliique). ( Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris, t. XVI, 2e série, 1879, p. 197.)
2 M. Mesnet qui a fait récemment une communication à l’Académie de médecine (séance du 2ô mars 1890) sur le phénomène de l’autographisme, a constaté comme nous que la production de saillies persistantes sur les points excités de la peau, n’était pas en rapport avec la distribution de l’anesthésie cutanée. Sur des sujets hémianesthésiques les saillies se formaient aussi bien sur le côté sensible que sur le côté insensible.