‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 26 sur 208 · CIRCULATION CAPILLAIRE · texte numérisé non relu

CIRCULATION CAPILLAIRE

J’ai interrogé, moi aussi, avec insistance les hystériques qui ont été soumises à mon observation, et je puis vous affirmer que la plupart d’entre elles ignoraient absolument qu’elles lussent anesthésiques. Pressées de questions, quelques-unes ont déclaré que, depuis un certain temps, elles avaient remarqué qu’elles ne souffraient pas quand elles se piquaient ou se blessaient accidentellement dans certaines régions. D’autres ont prétendu que les membres anesthésiques étaient devenus moins adroits, moins aptes aux travaux de précision. Une hémianesthésique a assuré qu’au bain elle ne percevait la température de l’eau que d’un côté du corps. Aucune n’a signalé l’existence de sensations subjectives incommodes ou douloureuses (engourdissement, fourmillement, picotement, etc.) dans les régions anesthésiques du tégument. C’est là une particularité importante, car d’ordinaire les anesthésies dépendant de lésions organiques de la moelle épinière ou des nerfs périphériques s’accompagnent de sensations subjectives et de troubles fonctionnels qui attirent vivement l’attention des malades et des médecins. L’anesthésie hystérique, au contraire, est un symptôme latent que le médecin doit rechercher par une exploration régulière et méthodique, sans tenir aucun compte des affirmations des malades, lesquels ignorent presque toujours qu’ils sont anesthésiques.

Nous arrivons maintenant à l’étude des phénomènes morbides qui coexistent souvent avec l'anesthésie cutanée sans lui être nécessairement associés. Parmi eux, nous signalerons spécialement : 1° l’abaissement de la température locale et le ralentissement de la circulation capillaire; 2° l’absence d’hémorragies après les piqûres; 3° enfin l’amvosthénie.

1° Abaissement de la température locale et ralentissement de la circulation capillaire. — Dans le cours de la description, d’ailleurs très soignée, que Briquet a consacrée à l’anesthésie hystérique, on trouve les propositions suivantes: « La température de la peau anesthésiée est abaissée de un à deux degrés centigrades. La circulation capillaire s’y fait lentement. Les malades y sentent du froid h »

1 Briquet, loc. cil., p. 283.

En s’appuyant sur ces affirmations de Briquet, plusieurs auteurs ont cru pouvoir expliquer l’anesthésie par un ralentissement local de la circulation capillaire. J’estime que ces auteurs se sont trompés. Pour que leur hypothèse fût fondée, il faudrait que la coïncidence de l’anesthésie avec un ralentissement notable de la circulation capillaire fut constante. Or, s’il est possible que, dans certaines observations particulières, des troubles locaux de la circulation et de la calorification aient coexisté avec l’anesthésie cutanée, il est bien certain qu’il n’en est pas toujours ainsi et que des anesthésies profondes du tégument peuvent ne s’accompagner d’aucune modification appréciable de la circulation capillaire ou de la calorification de la peau. Il vous sera facile de vous en assurer en examinant comparativement les deux côtés du corps de celles de nos hystériques qui sont hémianesthésiques.

Regardez avec soin les deux moitiés du visage ou les deux bras de Paule C...: il est impossible de saisir aucune différence de coloration entre le côté sensible et le côté insensible. Autant qu’on peut en juger sans l’intervention des instruments de précision qui servent à l’étude physiologique de l'appareil circulatoire, l’irrigation sanguine se fait aussi bien d’un côté que de l’autre. Le pouls artériel a partout la même force et la même amplitude; les veines sous -cutanées sont également turgescentes; les taches d’ischémie locale produites par la pression des doigts sur la peau s’effacent aussi vite à droite qu’à gauche. La température est égale des deux côtés, ou, s’il existe quelques différences, elles ne dépassent pas les limites des causes d’erreur inhérentes à ce genre d’exploration. Ajoutez à cela que les sueurs spontanées ou provoquées par des injections hypodermiques de pilocarpine sont sécrétées en égale abondance d’un côté ou de l’autre; que les frictions excitantes, les sinapismes, les vésicatoires, les brûlures déterminent partout les mêmes phénomènes de rubéfaction et de décollement bulbeux de l’épiderme; que les parties anesthésiques s’enflamment et suppurent comme les parties normales; que la cicatrisation des plaies s’y produit avec la même rapidité que dans les régions sensibles, et vous serez sans doute amenés à déduire de cet ensemble de raisons que l’anesthésie des hystériques ne dépend pas d’un trouble local de la circulation.

2° Absence cV hémorragies après les piqûres. — Il est d’observation courante que les piqûres pratiquées sur les régions

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