ANESTHESIE DU PHARYNX
conjonctive gauche, se rencontre si fréquemment, qu’il est rare de trouver une hystérique qui sente bien nettement le contact du doigt ou celui d’une tète d’épingle promenés sur la conjonctive scléroticale de l’œil gauche. Cette insensibilité est tellement constante qu’elle pourrait être regardée commme un signe caractéristique de l’hystérie L »
Sans accorder a ce symptôme une valeur séméiologique aussi grande, il est certain qu’il est très fréquent chez les hystériques, .le veux vous en montrer au moins un exemple, car il est difficile d'imaginer, si on ne l’a constaté de visu, combien peut être profonde l’insensibilité de la muqueuse oculo-palpébrale. Paule C... est, vous le savez, hémianesthésique du côté droit. Je renverse sa paupière supérieure droite, et je frotte avec le bout du doigt la muqueuse qui tapisse la face interne de cette paupière. La malade n’éprouve aucune sensation douloureuse; elle ne perçoit même pas le contact du corps étranger. La conjonctive sclérotidicnne est également insensible; je puis la toucher avec un porteplume, la piquer avec une épingle, sans que notre malade en ait conscience. La cornée, au contraire, a conservé presque toute sa sensibilité; si on vient à la toucher, Paule se retire vivement et en éprouve une véritable douleur. Cette intégrité de la sensibilité cornéenne, coexistant avec une abolition plus ou moins complète de la sensibilité conjonctivale, m’a paru être un phénomène commun chez nos hystériques. Elle a, du reste, été déjà signalée par M. Magnan en 187:’», dans ses recherches sur l’hémianesthésie alcoolique 1 2.
La muqueuse buccale est presque aussi souvent atteinte d'anesthésie que la conjonctive. Combien de fois m’avez-vous vu, dans les examens cliniques, traverser de part en part, avec des épingles d’acier, les joues ou la langue d’hystériques qui ne manifestaient aucune douleur à la suite de ces explorations!
L’anesthésie s’étend fréquemment aux muqueuses du pharynx , de V épiglotte et <le l'orifice supérieur du larynx. On peut s’en assurer en enfonçant le doigt dans la cavité pharyngienne des malades et en le promenant sur les deux faces de l’épiglotte. Très explicitement signalée par llenrot3, cette anesthésie pharyngienne
1 Drirfuet, Traité clinique et thérapeutique de V hystérie. Paris, 1859, p. 289.
2 Magnan, De V hémianesthésie de la sensibilité générale et des sens dans l’alcoolisme chronique (Gazette hebdomad. de médecine et de chirurgie, 1873, nns 46 fit. 47).
s Henrot, De l’anesthésie et de V hyperesthésie hystériques. Th. doct., Paris, 1847.
ANESTHESIE UES MUQUEUSES
a été étudiée surtout par Chair.ou1 , qui en a exagéré la valeur diagnostique en la donnant comme un signe certain d’hystérie. M. Armaingaud 2 a montré que cette opinion n’était pas justifiée par la clinique. 11 a observé l’insensibilité pharyngienne chez des épileptiques, des saturnins et aussi chez des malades divers
n’ayant aucune affection nerveuse. Il n’y a donc pas lieu de la considérer comme un signe pathognomonique de l’hystérie; mais il convient de reconnaître qu’elle est assez fréquente chez les
hystériques.
La muqueuse du larynx est très souvent atteinte d’anesthésie complète. On peut alors toucher avec un stylet convenablement recourbé les cordes vocales, sans provoquer la moindre sensation douloureuse et sans donner lieu à des réactions réflexes.
L’anesthésie de la muqueuse nasale est loin d’être rare. Mais il résulte des observations faites dans le service par M. Lichtwitz3 que, dans la grande majorité des cas, elle est bornée à la portion de la membrane de Schneider qui tapisse la région antérieure des fosses nasales. Presque toujours la région de la cloison osseuse et des cornets conserve sa sensibilité tactile.
L’anesthésie de la muqueuse du canal auditif externe et du tympan est facile à constater. Quelquefois elle siège seulement sur la portion cartilagineuse du conduit auditif; d’autres fois elle atteint simultanément la muqueuse de l’oreille externe et celle du tympan.
L’insensibilité peut s’étendre aussi à l’oreille moyenne, et, dans ces cas, les malades n’éprouvent aucune sensation quand, à l’aide d’une sonde, on injecte de l’air dans la caisse. La sensibilité de la trompe d’Eustache nous a paru souvent affaiblie, mais jamais nous ne l’avons trouvée complètement abolie.
J'ai très peu de choses à vous dire de l’anesthésie des muqueuses des organes génitaux et de Y anus. J’ai rarement exploré ces parties chez les hystériques. J’ai constaté cependant quelquefois des insensibilités complètes des grandes lèvres, des petites lèvres, du vagin et de l’anus. Je n’ai jamais cherché à me rendre compte de l’état de la sensibilité des muqueuses de l’utérus, du canal de l’urètre et de la vessie. Briquet affirme que chez l’homme
1 Ghairou, Études cliniques sur l’hystérie. Paris, 1870, p. P2 et suiv.
' Armaingaud, Relation d'une petite épidémie d'hystérie observée à Bordeaux dans une école de jeunes tilles (Journal de médecine de Bordeaux, décembre 1879).
3 Lichtwitz, Les anesthésies hystériques des muqueuses et des organes des sens. Th. doct., Bordeaux, 1887.