‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 61 sur 208 · THÉORIES DES ACTIONS ESTHÉSIOGÉNIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIES DES ACTIONS ESTHÉSIOGÉNIQUE

anesthésique sur laquelle l’or ramène rapidement la sensibilité, on applique sur l’avant-bras insensible une pièce de vingt francs en or, que l’on recouvre d’une pièce de un franc en argent. Dans ces conditions, l’effet ordinaire de l’or est neutralisé; l’anesthésie persiste indéfiniment.

Pour que cette action d’arrêt se produise, il n’est pas indispensable que les métaux soient superposés. Un bracelet d’or étant placé autour du poignet et un bracelet d’argent autour du bras, il n’y a pas d’effets esthésiogônes. Si la position des métaux est inverse, c’est-à-dire si le métal actif est placé sur le bras et le métal neutralisant sur le poignet, l’arrêt n’a lieu que sur la partie du membre qui est comprise entre le métal actif et l’extrémité périphérique du membre. Si les deux métaux sont placés sur des points symétriques du corps, par exemple l'or sur l’avant-bras droit et l’argent sur l’avant-bras gauche, l'action esthésiogénique est complètement annulée.

Si l’un des métaux a été appliqué assez longtemps avant l’autre pour que la sensibilité soit déjà en partie revenue sous l’influence du premier quand le second est mis en contact avec la peau, l’action esthésiogénique qui commençait à se produire est arrêtée instantanément, et, tant que les deux plaques métalliques restent en place, la sensibilité ne subit aucune modification nouvelle.

Voici en quels termes M. Yigouroux décrit ce fait intéressant1 : « Sur une malade hémianesthésique, chez laquelle l’or ramène la sensibilité avec une extrême rapidité, j’applique une pièce d’or et, par-dessus, une pièce d’argent. L’anesthésie n’est pas modifiée, si longtemps qu’on fasse durer l’application des deux pièces. On enlève la pièce d’argent, la sensibilité reparaît presque immédiatement. Chose remarquable, cette action d’arrêt, la pièce d’argent l’exerce à n’importe quel moment du phénomène. Ainsi, lorsque la sensibilité est revenue, si on laissait les choses suivre leur cours, elle disparaîtrait bientôt pour faire place à ce que Burq a appelé anesthésie de retour. Mais si l’on remet la pièce d’argent, la sensibilité se trouve en quelque sorte fixée et persiste aussi longtemps qu’on laisse la pièce. Celle-ci, malgré l’action de l’or, a donc déterminé d’abord la persistance de l’anesthésie, ensuite la persistance de la sensibilité. Elle immobilise le phénomène dans la phase où elle le trouve. » Des expériences analogues ont été

1 R. Yigouroux, Sur la théorie physique de la métallothérapie ( Comptes rendus des séances et Mémoires de la Société de biologie, 1879, p. 401).

ANESTHESIE POST- METALLIQUE. J 57

laites avec d’autres couples métalliques et ont donné le mémo résultat. « 11 a sufii invariablement de recouvrir le métal actif d’un autre métal pour le rendre inerte» et pour lixer la sensibilité.

•l'ai pensé qu’il vous serait agréable de voir une expérience relative ;i cette action combinée de deux agents estliésiogènes. Pour cela, ce matin, en arrivant à l'hôpital, j’ai placé une pièce en or de vingt francs sur l’avant-bras droit de Paule 0..., qui est hémianesthésique droite. Trois minutes après, la sensibilité était revenue (avec transfert) dans tout le membre supérieur droit. J’ai alors appliqué une pièce en argent de deux francs sur l’avant-bras gauche de la malade. Il y a environ une heure que ces applications ont été faites. Nous allons introduire la malade, et si les pièces métalliques, assez mal maintenues par quelques tours de bandes, ne sont pas tombées, nous allons trouver la sensibilité exactement dans le même état qu’au moment où l’argent a été mis en contact avec la peau. Vous voyez en effet que Paule (1... ne sent pas les piqûres pratiquées sur le coté droit du corps (côté de l’hémianesthésie), sauf sur le membre supérieur droit sur lequel est appliquée la pièce d'or, tandis qu’elle les sent très bien sur le côté gauche du corps (côté sensible à l’état ordinaire), sauf sur le membre supérieur gauche sur lequel a été appliquée la pièce d’argent.

Nous avons employé, dans l’expérience précédente, deux métaux différents. Le résultat aurait été exactement le même si nous nous étions servis de deux pièces du même métal et du même diamètre placées sur deux points symétriques du corps.

Il faut ajouter, pour être complet, que lorsque l’hémianesthésie d'un malade a été transférée d’un côté à l’autre par l’application d’un métal actif, on peut empêcher le retour de la sensibilité sur le côté primitivement sensible en y maintenant appliquée une plaque de métal neutre. Le transfert, dans ces conditions, peut persister indéfiniment, même si on enlève la plaque de métal actif qui a déplacé la sensibilité (Üumontpallier).

h) Inversion des effets mêtalloscopiques. Anesthésie postmétallique. — Vous vous rappelez, Messieurs, que d’ordinaire lorsque les accidents hystériques s’améliorent, l'anesthésie s’atténue, et que, lorsqu’ils guérissent tout à fait, elle disparaît totalement; mais il y a une période intermédiaire entre la santé complète et la maladie confirmée, pendant laquelle la sensibilité est dans une sorte d’équilibre instable. Si, à ce moment, on applique sur

Page 1