THÉORIE DES ACTIONS
ESTHËSIOGÉNIQUES.
l’influence dominante de la suggestion, s’est produite comme a l’ordinaire. J’ai pu reconstituer dans ce cas particulier la sériation des phénomènes, parce que je me suis rappelé les termes précis de la suggestion; mais, si je ne m’en étais pas souvenu, ou si la suggestion avait été donnée à mon insu, je n’aurais certainement rien compris aux résultats obtenus. 11 est très probable que beaucoup d’expériences d’esthésiogénie sont ainsi compliquées par des influences incidentes \ et qu’un bon nombre des effets attribués par certains auteurs à l’action physique des passes magnétiques, de la force neurique rayonnante ou de la polarité humaine, sont les conséquences de suggestions involontaires ou inconscientes.
Nous ne connaissons pas encore de théorie du transfert. M. Debove a essayé d’expliquer ce phénomène en supposant qu’il se passe au niveau de l’entre-croisement des faisceaux sensitifs « un phénomène analogue à celui que les physiciens, dans l’étude de la lumière, ont désigné sous le nom $ interférence » 8; mais c’est là une pure hypothèse et non pas une théorie.
Au demeurant, il paraît très vraisemblable que le transfert est simplement une exagération excessive d’un fait physiologique banal. Dès 1854, Jloppe1 2 3 4 a remarqué que si l’on pince énergiquement la joue ou l’index d’un côté, on détermine une diminution notable de la sensibilité sur les points symétriques de l’autre côté. M. Rumpf* a fait des observations analogues. Adamkiewicz5 * * 8 et Adler 3 sont arrivés à des résultats identiques. D’autre part,
1 M. Vigouroux raconte l’histoire d’un malade atteint d’une sorte de crampe des écrivains avec anesthésie du membre supérieur droit. L’approche d’un aimant faisait en quelques minutes disparaître l’anesthésie et diminuait la difficulté d’écrire. En outre il y avait transfert. S’agissait-il là d’une action physique de l’aimant? Non, car un faux aimant en bois provoquait exactement les mômes effets. Beaucoup d’expériences métalloscopiques ont dû être compliquées par cette intervention d’influences psychiques.
2 Debove, Recherches sur les hémianesthésies, etc. (Me???, de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1879, p. 46).
3 Hoppe, anal, in Canstatt’s Jahresb., 1859, Bd I, p. 189.
4 Rumpf, cité par Ch. Richet, Recherches expérimentales et cliniques sur la sensi-
bilité. Th. doct., Paris, 1877.
:i Adamkiewicz, Ver h. der Berlin. Physiol. Gesellsch.., 12 April 1878. in Du Bois
Reymond' s Archiv fur Physiologie.
8 Adler, Ein Beitrag sur Lehre von den bilateralen Functioncn, Fin Anschlussc an Erfahrungen der Metalloscopie, Inaug. Dissert.. Berlin, 1879.