VOMISSEMENTS INCOERCIBLES
névropathiques non douteux. A trois ans, elle a commencé à avoir des crises de vomissements pendant lesquelles elle vomissait tout ce qu’elle prenait. Chaque crise durait de trois à cinq jours. Dans leurs intervalles, la santé était parfaite, l’appétit excellent, le caraclère gai, et l’on ne constatait aucune douleur de la région de l’estomac. Ces accidents se sont reproduits plusieurs fois chaque année jusqu’à douze ans. A quatorze ans, à la suite de petites contrariétés résultant des taquineries de ses compagnes, Madeleine M... commença à avoir des attaques convulsives suivies de pertes de connaissance et de délire somnambulique. Les vomissements reparurent à quinze et à seize ans.
La crise actuelle a débuté il y a trois mois. Sans cause occasionnelle connue, la malade a commencé à vomir après chacun de ses repas. Les aliments, quels qu’ils soient, sont rendus intacts aussitôt après leur ingestion, sans efforts, sans douleurs.
Le ventre est souple, indolent à la palpation.
Les grandes fonctions organiques s’accomplissent régulièrement. Les urines sont peu abondantes, mais renferment une proportion normale d’urée.
La malade a, de temps en temps, de petites attaques de nerfs débutant par une contracture de courte durée des membres inférieurs, suivie de quelques mouvements cloniques et d’une scène de délire hypnotique post-convulsif qui ne se prolonge pas plus d’une dizaine de minutes.
La sensibilité de la peau et des muqueuses est normale. Le réflexe pharyngien est aboli. Les champs visuels ne sont pas rétrécis. La malade n’est pas hypnotisable.
Cette forme de vomissements incoercibles est, en général, bénigne. Elle détermine à la longue un amaigrissement notable, mais elle guérit presque toujours avant d’avoir profondément atteint les fonctions nutritives. Il n’en est pas de même de la gastralgie et de l’anorexie hystériques, dans lesquelles les malades, par crainte de la douleur ou par répugnance invincible des aliments, en arrivent à cesser complètement de se nourrir. Ils peuvent très bien dans ce cas mourir dans le marasme. J’ai déjà vu deux hystériques périr de cette façon.
Le traitement des vomissements hystériques doit être dirigé surtout de manière à frapper l’imagination des malades. Le lavage de l’estomac, l’électrisation de l’épigastre, les pulvérisations d’éther sur la région épigastrique, les vésicatoires, les pointes de feu qui ont donné souvent de bons résultats, agissent surtout par voie psychique. M. Mialet a guéri par suggestion hypnotique une malade de trente-deux ans qui vomissait depuis onze mois1. M. Basset
1 Mialet, Gazette des hôpitaux, 1887.