ARTICLE PREMIER. — MOLLUSQUES
dire, et va s’insérer sur la même ligne du pied voisin; l’interne naît des côtés des mêmes pieds, entre les attaches des muscles des ventouses, et va s’insérer au même point de l’autre pied. Ces deux couches, arrivées au milieu de l’espace d’entre les deux pieds, y croisent une partie de leurs fibres.] Celle double membrane musculeuse a quelque rapport avec celle qui réunit les doigts des oiseaux palmipèdes, les canards, les oies, etc. Elle forme un disque circulaire qui règne entre toutes les bases des pieds. Ces muscles rapprochent ou écartent les pieds l’un de l’autre, ou les réunissent tous en un faisceau (1).
2<j Muscles des ventouses.
[Les suçoirs, ou ventouses, sont formés d’une cupule musculaire, dont les fibres vont de la face concave à la face convexe. Un disque mince, fortement plissé, à fibres rayonnantes, en entoure l’orifice.] Il y a au bord de la cupule, tout contre le disque, un plan de fibres circulaires en forme de sphincter, qui rend la calotte plus convexe. Enfin, chacune des ventouses est retenue et mue sur le pied par des bandelettes musculeuses qui s’entrelacent les unes dans les autres, et se joignent enfin à celle du muscle transverse extérieur du pied.
Quand l’animal approche l’un ou plusieurs de ses suçoirs d’une surface pour l’appliquer plus intimement, il le présente aplati. Lorsqu’il y est collé par l’harmonie des surfaces, il en contracte le sphincter, ce qui produit une cavité au centre de laquelle il se forme un vide. Par ce mécanisme, le suçoir s’attache à la surface avec une force proportionnée à son diamètre et au poids de la colonne d’eau ou d’air dont il est la base. Cette force, multipliée par le nombre des suçoirs, donne celle avec laquelle tout ou partie des pieds s’attache au corps : aussi est-il plus facile de déchirer ces pieds que de les séparer de l’objet que l’animal veut retenir.
5° Muscles du corps.
Le sac ou la bourse qui forme le corps du poulpe, dépouillé de sa peau extérieure, présente un lissu musculeux de fibres très-serrées. La couche la plus extérieure a une direction longitudinale dans ses fibres; la couche moyenne [et la plus épaisse] est transversale; [vient ensuite une troisième couche inlerne, Irès-mince, également à fibres longitudinales], Elles agissent toutes de manière à aplatir le sac, à l’allonger, à le courber , à le fléchir en tout sens.
[C’est des parois des cavités membraneuses qui
* Cuvier. I.oc, rit., p. t r.
renferment les deux cartilages slyloïdes du dos, que les fibres de la bourse semblent plus particulièrement prendre leur origine.
Outre ses muscles propres, la bourse en a d’autres qui l’unissent à la tête, aux pieds, à l’entonnoir et à la tunique charnue des viscères.
a. Un grand muscle naît du dos de la bourse et de son bord inférieur (l’animal étant supposé les pieds sur le sol et la tête en bas), enveloppe le cou en laissant de côté une ouverture pour l’œil, et va s’insérer aux faces latérales des six pieds laléraux et postérieurs, sous la couche externe de la membrane interpédale. On pourrait peut-etre regarder ce muscle comme le prolongement jusqu’aux pieds d’une partie des fibres longitudinales externes du dos de la bourse.
b. De ce même bord inférieur, à l’endroit où se termine le muscle précédent, naît de chaque côté une large bande musculaire qui se porte aux côtés de l’entonnoir, vers son extrémité inférieure.
c. Ces côtés de l’entonnoir sont formés euxmêmes de deux autres piliers musculaires qui viennent de la face interne du sac et de la pointe inférieure des cartilages styloïdes, en s’unissant dansleurtrajet à la tuniquecharnue qui enveloppe le foie et l’œsophage.
d. Entre les deux paires de muscles précédentes, mais plus pics de la première que de la seconde, naît également à la face interne du dos un autre faisceau musculaire plus petit qui unit la bourse à cette même tunique dont nous venons de parier.
e. Enfin, la ligne médiane de la face ventrale interne de la bourse donne attache à un muscle impair qui l’unit également à cette tunique.
On comprend comment ces divers faisceaux peuvent changer dans toutes sortes de sens, par leur contraction, les rapports de position de la bourse avec la tête, et par conséquent avec les pieds **.]
4° Muscles de l’entonnoir.
[L’entonnoir lui-même est musculaire et composé d’une couche de fibres longitudinales et d’une couche de fibres transversales; la première est formée par les muscles qui viennent de la pointe inférieure des cartilages, et c'est de l’union de leurs bords que résulte le tube. Aux muscles qui s’attachent à la bourse et dont nous venons de parler, il faut en ajouter deux autres paires, dont l’une est moyenne et vient de l’anneau cartilagineux de la tête, et l’autre est latérale et naît de chaque côté de la tunique charnue derrière l’œil. Ces muscles s’épanouissent sur la surface de l’entonnoir, et y forment une couche externe à fibres obliques.]
* Cuvier. Loc. cit., p. i3 et 1 1 .
SIXIÈME LEÇON. — MOUVEMENT DES ANIMAUX SANS VERTEBRES
5° Muscles de la tunique intestinale.
[La tunique charnue qui enveloppe d’abord le foie et l’œsophage, et plus tard l’estomac et l’intestin, est formée de deux larges bandes musculaires qui naissent de la base des pieds et de l’anneau cartilagineux de la tête.]
b. Dans la seiche.
[Le système musculaire de la seiche diffère en plusieurs points importants de celui du poulpe. La bourse n’est charnue que par devant et sur les côtés; en arrière, le muscle qui la forme laisse une énorme solution de continuité occupée par la capsule membraneuse qui contient l’os, laquelle n’est recouverte extérieurement que par la peau. Des bords de cette solution, vers le fond de la bourse, partent deux grands piliers charnus qui, après avoir donné un lambeau à la branchie de leur côté, se bifurquent; leur partie antérieure forme le pilier de l’entonnoir ; l’autre est le pilier de la tète, et donne des expansions sur la tunique du foie. De la face postérieure de ce pilier de la tête naît transversalement la calotte charnue qui va joindre l’entonnoir, et ferme le côté de l’ouverture de la bourse comme dans le poulpe *.
Les fibres musculaires de la bourse sont trèsserrées et difficiles à distinguer; cependant on parvient à voir qu’elles composent une couche très-épaisse de fibres transverses recouvertes à l’extérieur et à l’intérieur d’une couche excessivement mince de libres longitudinales.
Les ailes ne font point corps avec la bourse et ne lui sont unies que par la peau et les vaisseaux ; adhéraut à leur naissance au cartilage longitudinal dont nous avons parlé, elles sont composées de deux plans de fibres transversales très-distinctes, entre lesquels passent les vaisseaux. Ces deux plans de muscles sont fortement unis l’un à l’autre.
Les muscles des pieds ordinaires sont semblables à ceux du poulpe; mais les ventouses sont autrement constituées : elles sont pédiculées et forment un tube soutenu par un cylindre cartilagineux, et garni à son bord libre d’un bourrelet annulaire qui s’applique contre le corps pour empêcher l’air ou l’eau de pénétrer dans le tube; à l’intérieur s’enfonce un piston formé de libres élastiques recourbées qui naissent de la face externe du cylindre cartilagineux, près du bord voisin du pied. Au centre de ce piston s’insère un muscle conique, qui sert de tige pour l’élever et former le vide dans le cylindre. Ces ventouses sont petites, nombreuses et semées sans ordre sur les huit pieds ordinaires ; mais elles sont plus
* Cuvier, Mém. pour servie « Van. des mollusques , in-4°, p. 45.
grandes à l’extrémité élargie des deux longs bras tentaculaires qui prennent naissance chacun dans un creux situé entre le pied antérieur de son côté et le pied suivant.]
é. Dans le calmar.
[Le calmar a les huit pieds, les deuxlongs bras, et les ventouses pédiculées de la seiche.
Les pieds n’ont que deux rangs de ventouses, dont le mécanisme est semblable à celui de la seiche; elles n’en diffèrent que par l’anneau ou le cylindre cartilagineux qui a son bord dentelé. Quant à la texture du pied lui-même, lorsqu’on en coupe un transversalement, on trouve à peu près les mêmes parties que dans le poulpe et la seiche, mais un peu autrement disposées. L’espace membraneux qui entoure le canal, au lieu d'être rhomboïdal, offre la figure d’un écusson échancré, et cette échancrure est due à la grande épaisseur que prend sur ses bords le muscle longitudinal de la face correspondante aux ventouses; les trois autres muscles sont moins distincts, leur coupe ne présente plus , à proprement parler, qu’une zone à fibres rayonnantes. Sur les côtés, on distingue cependant encore une bande mince, à fibres obliques ; une autre, à fibres longitudinales; puis, sur le tout, le muscle à fibres circulaires, qui donne un fort faisceau au pédicule de chaque ventouse.
Les muscles des nageoires ne se composent également que de deux plans de fibres transverses, insérées au cartilage longitudinal dont nous avons parlé : l’un répond à la face dorsale, et l’autre h la face ventrale; ils sont accolés l’un à l’autre d’une manière assez lâche, et entre eux passent les vaisseaux. Chaque plan de fibres, en agissant alternativement, élève ou abaisse la nageoire. ]
B. Dans les ptéropodes.
[Les ptéropodes nagent, comme les céphalopodes, dans la haute mer, mais ils n’ont point de pieds pour ramper ni se fixer. Leur corps oblong présente une enveloppe tapissée de quelques fibres longitudinales minces, qui servent, sans doute, à le raccourcir et à le diriger, quand l’animal nage. Leurs organes du mouvement consistent en nageoires placées comme des ailes aux deux côtés de la tête et du corps. La plus grande espèce, ou du moins la plus singulière, est la cyinbulie. Cet animal est pourvu de deux grandes nageoires eu forme d’ailes de papillon, qui lui font donner sur les côtes de Provence le nom de papillon de mer. Ces nageoires offrent deux plans superposés de muscles à fibres rayonnantes, qui se croisent un peu sur les bords, de manière à laisser entre elles de petits intervalles eu forme de lozange. C’est