C. De l’appareil plérygo-tympanique ou arcade palatine
[Ce système forme de chaque côté avec le préopercule une sorte de lame ou feuillet, plus ou moins vertical , en général très-mobile sur ses articulations antérieure et postérieure, qui en avant porte en partie l’os maxillaire , et en arrière et en bas donne la facette articulaire pour la mâchoire inférieure ; il est doué en outre d’un mouvement latéral qui, en écartant, ou en rapprochant l’un de l’autre ses bords intérieurs, élargit la bouche ou la rétrécit, selon que le poisson veut y faire entrer l’eau nécessaire à la respiration, ou l’en faire sortir.
Cet appareil est composé de sept pièces , jointes ensemble et au préopercule par synchondrose et
forme une grande partie dn cadre inférieur de 1 orbite, ou sera tenté de prendre la chaîne presque entière des sous-orbitaireà pour un lacrymal subdivisé en plusieurs pièces. Le maxillaire, comme nous l’avous vu, fournit des exemptes de cette subdivision des os, dans les poissons.]
OSTÉOLOGIE DE LA TÊTE
avec peu de mobilité. Ces pièces sont le palatin , le transverse , le plcrygoïdien, 1 ejagal, le tympanal , le temporal, et le symplectique (1).
Le palatin est placé en avant; il s’articule d’une manière très- mobile par une apophyse avec le maxillaire, et par une simple facette avec le frontal antérieur; il porte souvent des dents comme celui des serpents ( par exemple dans les traites, le brochet , les sphyrènes).
Le transverse est situé derrière le précédent, dans la partie moyenne de l’arcade, dont il forme le bord externe ; il est étroit et arqué, et s’articule en haut avec le ptérygoïdien , en arrière avec le jugal.
Le ptésygoïdien , également placé derrière le palatin et unissant cet os au tympanal, comme dans la plupart des reptiles , est étroit et mince ; il forme la partie moyenne et interne de l’appareil. Au-dessous de lui , et derrière le transverse , est le jugal, large, triangulaire, et donnant de son angle inférieur une facette pour l’articulation de la mâchoire inférieure. Celle facette lui appartient en entier, et le tympanal , ou l’analogue de l’os de la caisse, se trouve simplement au-dessus de lui , disposition comparable à ce que nous avons déjà vu dans le protés et dans le menobranchus.
Ce tympanal, également large et plat, remplit l’espace entre le jugal etle plérygoïdien en avant, et le temporal en arrière et en haut.
Le temporal, large et plat, comme les précédents, mais plus épais, donne l’attache postérieure de l’arcade palatine. Il s’articule par ginglyme dans une fossette que lui offrent le frontal postérieur, le mastoïdien et la grande aile; il donne aussi en arrière un tubercule articulaire à l’os opercule.
A sa partie inférieure paraît au dehors un os long et étroit, situé au-dessous du tympanal et recouvert en partie par le jugal; c’est un os qui paraît particulier aux poissons, et que nous nommons symplectique (2); il donne attache, avec le tympanal etle temporal, au stylet analogue de l'osstyloïde des mammifères, et qui porte la branche de l’os hyoïde.
Telle est la forme et la composilion la plus générale de l’arcade plérygo-tympanique; mais il y a des exceptions.
Dans un cas tout particulier parmi les poissons ( les lêpisostées ) , l’arcade palatine vient prendre un point d’appui mobile sur le sphénoïde, d’une manière comparable à ce qui se voit dans les sauriens et dans certains oiseaux.
Dans le brochet, le frontal antérieur se trouvant bien loin du bout du museau , le palatin ne s’arli-
(i) [é'oy. Cuvier, Ht si. tint, des poissons. Si", 1. 1, p. 33p, et pi. I, II et III.
cule en ce point qu’avec le vomer, et c’est le transverse , devenu très-grand , qui s’articule par une apophyse avec le frontal antérieur; de sorte que , dans ce cas, l’arcade palatine se meut sur trois pqints, dont le mitoyen est à égale distance des deux extrêmes.
Dans d’autres cas, au contraire, les os qui la composent ne sont pas mobiles sur ceux du crâne. Dans les lêpisostées , le polypiers, les télrodons, le gymnote électrique , le yymnarchus , le synb ranch us mannoratus , les fistulaires et plusieurs autres, il n’y a presque pas de mouvement possible, puisque non-seulement les palatins mais les ptérygoïdiens s’articulent dans toute leur longueur cl d’une manière immobile avec les frontaux antérieurs, l’ethmoïde et le vomer.
Dans le polyplère bichir, l’arcade palatine est fixe et forme un palais large, lisse, voûté, et complètement osseux.
Dans l'anguille et le congre , un seul os long, étroit et mince, se trouve entre le jugal et le vomer, et semble représenter le palatin, le transverse, le ptérygoïdien et le tympanal. Le jugal est alors attaché au bas du temporal.
Dans les ophisures, l’appareil est une languette extrêmement mince qui ne remonte même pas jusqu’aux vomers ; enfin dans nos squelettes de murène , et de murenophis, on ne trouve même plus cette languette, ce qui fait supposer que le palais de ces poissons est entièrement membraneux.
Nous ne pouvons décrire les formes et les proposions très-variées que prennentles osdel’arcade palaline. Nous noterons seulement les particularités suivantes.
Dans les lêpisostées , qui semblent des animaux à part pour la multiplicité des pièces de leurs deux mâchoires, les palatins régnent tout le long du bord interne du maxillaire , et sont armés, dans le lépisostée spatule , de deux rangées de dents semblables à celles de ce dernier os. Le transverse , extrêmement grand , allongé et hérissé de dents en carde , borde en dedans le palatin et va en arrière presque jusqu’au sphénoïde; le ptérygoïdien est une simple petite lamelle collée en dedans , le long de son bord supérieur, et le jugal est appliqué à sa face externe. Le tympanal qui le termine en arrière vient s’appuyer et glisser, comme nous l’avons dit, sur la facette du sphénoïde et do la grande aile.
Dans les balisles , le palatin est petit et semblable à un marteau à deux têtes; l’une s’appuie contre une saillie externe du vomer, l’autre contre le maxillaire, et l’extrémité du manche va s’articuler avec le transverse auquel vient de son coté
(a) y. Cuvier, Ouvrage cité, p. 344 et p|. I et III, fig. 3i.J
ARTICLE CINQUIÈME. — TÊTE DES POISSONS
loucher une apophyse du maxillaire. Celte dispûsilion est sans doute en rapport avec le mode d’articulation tout particulier de la mâchoire supérieure à l’extrémité de l’ethmoïde. Dans ces mêmes poissons, le tympanal et le symplcclique ne touchent pas ail temporal, et il y a entre ces os un espace membraneux assez considérable.
Dans le brochet, le temporal est échancré si fortement à son bord postérieur, qu’un grand vide elliptique se trouve intercepté entre lui et le préopercule. De plus, le tubercule qu’il donne ordinairement pour l’articulation de l’opercule se transforme en une longue apophyse.]
D. Do l’appareil operculaire.
[Cet appareil, destiné à protéger les branchies, se compose de quatre pièces plates et. minces : le préopercule , Vopercule ■ le sous-opercule et l 'interopercule.
Le préoperculc s’unit fixement et par synchondrosc aux bords postérieur et inférieur du grand feuillet ptérygo-tympanique. Il est ordinairement en forme d’équerre, et il a son bord très-diversement découpé et sa surface relevée d’arêtes ou armée d’épines dont les naturalistes ont tiré des caractères distinctifs.
L’opercule est la principale pièce mobile de l’appareil : il est situé derrière la branche montante de l’os précédent, et de forme ordinairement triangulaire; il s’articule par une fossette de son angle supérieur et anterieur avec un tubercule arrondi du bord postérieur du temporal, s’appuie et se meut sur le préopercule à la façon d’un volet ou d’une porte sur son chambranle, et va s’appliquer, ainsi que le suivant, par son bord libre sur la ceinture de l’épaule qui leur sert de battant.
Le sous-opercule est placé , comme son nom l’indique, sous le bord inférieur de l’opercule; il est moindre que le précédent, allongé, talciforme, et pourvu à son extrémité antérieure d’une apophyse qui remonte entre l’opercule et le préopercule.
L’inter-opercule occupe , sous la branche horizontale du préopercule, l’espace entre le sousopercule et le condylc de la mâchoire inférieure ; il est de forme elliptique, et c’est à sa face interne que s’attache la branche de l’os hyoïde, au point même où cellc-ci, donnant attache à l’os styloïde, se trouve liée par ce filet osseux à l’appareil plérvgo-ty mp/mique , derrière le symplectique et le temporal. On voit donc que, par cet arrangement, chaque fois que les appareils ptérygo-tympanique et operculaire s’ouvrent ou se ferment, ils font exécuter aux branchies un mouvement semblable.
Les trois pièces mobiles ont, comme le préopercule, leurs bords postérieurs eL inférieurs souvent
dentelés en scie ou armés d’épines. D’ailleurs elles sont assez constantes dans leur forme générale, dans leurs proportions entre elles et dans leur nombre. L’opercule des carpes est celui qui s’éloigne le plus de la forme générale : il est presque carré dans cette famille de poissons.
L’appareil operculaire est très-petit dans les sclérodcrines , les anguillifornies , plusieurs siluroïdes; il est immense, au contraire, dans les scombéroïdes en général.
Le préopercule, dans les anguilles, n’a pas une forme d’équerre, mais il est devenu simplement un os triangulaire, parce que sa branche horizontale a disparu, l’articulation de la mâchoire inférieure se faisant tout à fait à l’extrémité de la lame descendante que forment le temporal et le
J“ffal.
Les ntallhées sont, de tous les poissons, ceux où les os operculaires s’écartent le plus de la forme commune. L’extrême élargissement de la partie antérieure du corps est accompagné d’un grand développement en largeur et en longueur de l’opercule et du sous-opercule : tous deux sont dirigés horizontalement et en arrière. L’opercule, échancré en queue d’hirondelle, embrasse de ses deux lobes le sous-opercule, qui se Irouve ainsi reporté tout à fait en arrière et fait véritablement l’office de l’opercule. Le bord libre de ce sousopercule se termine par une longue pointe. En avant et en dehors, il conserve sa connexion avec l’inter-opercule , au moyen d’un prolongement tronqué qui s’unit â un prolongement semblable de ce dernier os le long du lobe externe tic l’opercule.
Dans la baudroyo, on trouve une disposition aussi toute particulière. L’opercule est encore plus échancré que celui des mallhées , mais ses lobes nesontpas égaux : le postérieur est presque filiforme; et l’inter-opercule, au lieu d’aller à la rencontre du sous-opercule, remonte derrière le préoperculc, et va même s’attacher par un ligament à l’apophyse du temporal qui donne attache à l’opercule, de sorte que cc dernier et le sous-opercule ne touchent point au préoperculc.
Il n’y a , parmi les poissons osseux , que les silures où l’on observe l'absence de la pièce sousoperculaire.]