ARTICLE ONZIÈME. — VAISSEAUX DU CERVEAU
étant les traces des vaisseaux indiquent jusqu’à un certain point leur position. Ainsi, d’après la description du canal carotidien, du trou épineux et du trou vertébral, on voit les points desquels partent les artères. Quant à celles du cerveau, elles sont à peu près disposées comme celles de l’homme, mais elles suivent d’autres courbures déterminées par les formes des lobes.
Cependant il est une disposition particulière des vaisseaux autour de l’artère carotide, au moment où ce vaisseau pénètre dans le crâne : c’est ce que les anciens anatomistes ont nommé réseau admirable (rele miràbih). On avait avancé d’abord que cettedisposilion de vaisseaux existait dans l’homme; mais il est bien reconnu maintenant qu’on ne la trouve que dans un certain nombre d’animaux. Voici sa distribution la plus générale : le réseau admirable est le produit d’un plexus d’artérioles rameuses qui proviennent de l’artère carotide, et qui entourent la glande pituitaire. Tous ces ramuscules, dans lesquels l’artère semblait s’élre dissoute d’abord, se réunissent de nouveau en un seul tronc : cela paraît, être ainsi au moins dans le plus grand nombre des carnassiers. L 'éléphant et le castor n’ont point offert cette disposition (I).
[Dans les oiseaux et dans les reptiles, la différence capitale avec les mammifères consiste en ce que tout le sang du cerveau et de la moelle épinière est fourni par une seule artère de chaque côté, qui est la carotide cérébrale ; mais les deux artères forment également à la base du cerveau un cercle artériel ou cercle de Willis complet.
Dans les oiseaux, la carotide, aussitôt qu’elle a pénétré dans le crâne, se partage en deux branches, l’une antérieure, l’autre postérieure.
L’antérieure croise le nerf optique au point où il se dégage du tubercule bi jumeau ; puis elle donne une branche qui remonte entre ce tubercule et l’hémisphère; ensuite elle fournit l’artère ophthalmique, qui vient, en se rapprochant de celle du côté opposé, sortir, dans beaucoup d'oiseaux, comme les pics, les canards, les pétrels , etc., par un trou particulier percé presque sur la ligne médiane, au-dessus du large trou des uerfs optiques. Dans les oiseaux où une grande cloison cartilagineuse ferme seule la partie antérieure du crâne et sépare les deux orbites, c’est par un petit trou de cette cloison que paraissent sortir les artères ophthalmiques; mais il y a quelquesoiseaux, comme le grand-duc, où il n’y a aucun trou particulier au-dessus du trou optique, et il est vraisemblable que dans ce cas l’artère sort avec le nerf. Après qu’elle a donné l’ophthalmique, l’artère cérébrale se partage en trois branches : l’une se dirige en avant , communique avec celle du côté opposé,
(t) Y°y- encore le t, III, p. 46, de cette édition, au sujet du rete mirabilc.
complète ainsi le cercle artériel en avant, et représente l’artère calleuse ; des deux autres, l’une remonte sur la face de l’hémisphère, et s’y subdivise en minuscules ; l’autre se répand sur la dure-mère, et s’y partage eu beaucoup de rameaux.
La branche postérieure de la carotide, après avoir donné, presque immédiatement après sa naissance, une artère qui remonte entre le tubercule bijnmeau et la moelle allongée, rejoint, derrière le tuber cinereum , celle du côté opposé, complète ainsi en arrière le cercle artériel, et sert à former le tronc unique de l’artère basilaire. De celle-ci partent de chaque côté, à angle droit, des rameaux qui vont au cervelet, et deux autres plus volumineux qui se recourbent à la face supérieure de la moelle pour former les spinales supérieures. Le tronc basilaire se continue le long de la face inférieure de la moelle, sous le nom d’artère spinale inférieure.
Un grand sinus longitudinal supérieur, un sinus longitudinal inférieur, et deux sinus latéraux qui suivent l’arête osseuse interposée entre les hémisphères et les tubercules bijumeaux, amènent le sang veineux au confluent des sinus. De là un sinus médian large et court le conduit presque auprès du trou occipital, où ce sinus se bifurque, et où le sang prend deux directions : une partie se verse dans une veiuequi est la continuation du sinus, et qui sort du crâne entre l’occipital et la première vertèbre, pour venir s’unir à la jugulaire, à la partie supérieure du cou ; une autre partie du sang rencontre, sur le côté du trou occipital, un sinus pétreux, qui passe au-dessus du trou auditif, et qui se verse dans le golfe de la veine jugulaire. D’autres sinus plus petits du devant de la base du crâne viennent également aboutir au golfe de la jugulaire.
Dans les tortues , la disposition des vaisseaux artériels et veineux est assez semblable à ce qu’on voit dans les oiseaux. La carotide, parvenue dans le crâne au côté de la selle lurcique, donne d’abord l’artère ciliaire, puis elle se partage en plusieurs branches. En avant, elle donne l’artère ophthalmique, qui sort du crâne par un petit trou particulier; puis la communicante antérieure, qui passe sur les nerfs optiques ; puis une artère que l’on peut appeler calleuse, bien qu’il n’y ait pas de corps calleux, et dont l’un des rameaux se répand à la face interne de l’hémisphère, tandis que l’autre suit le lobe olfactif à sa face inférieure. Eu arrière de l’artère calleuse naissent successivement une branche qui se répand à la surfaccdel’liémisphère, une autre qui monte entre l'hémisphère et les tubercules quadrijumeaux, et donne up rameau au plexus choroïdicn ; puis l’artère cérébelleuse ; puis enfin un rameau pour le grand plexus vasculaire du quatrième ventricule. Alors le tronc de l’artère cérébrale se rapproche de celui du côté opposé
NEUVIEME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTEBRES
pour compléter le cercle artériel, et ces deux troncs réunis forment l’artère basilaire. Celle-ci se comporte comme dans les oiseaux.
Comme dans les oiseaux également, les sinus ramènent le sang veineux dans le tronc de la jugulaire par deux branches principales. L’une, plus longue et placée dans l’épaisseur des os de la base du crâne, est la continuation du sinus caverneux, lequel est en avant sur le côté de la selle turcique ; l’autre branche, plus courte, vient du sinus occipital. Ce dernier sinus forme un anneau complet qui entoure la moelle allongée entre l’occipital et l’atlas. Le sinus longitudinal supérieur, que Bojanus appelle aussi falciforme et qui règne le long de la face supérieure du cerveau, vient s’ouvrir par deux branches, à droite et à gauche, dans ce sinus annulaire ou occipital, après avoir lui-même reçu l’embouchure d’un sinus longitudinal, inférieur ou pétreux. Enfin, il y a un canal veineux vertical qui fait communiquer ensemble les deux sinus longitudinaux supérieur et inférieur, et qui envoie aussi un petit conduit de communication au sinus caverneux.]
Dans les poissons, et spécialement dans les cartilagineux, comme les raies, les squales, les vaisseaux artériels du cerveau proviennent de deux troncs récurrents de la première paire de veines branchiales. Ces deux artères remontent en devant vers le crâne, qu’elles percent en dessous, à peu près dans le point de son union avec la colonne vertébrale. Parvenues dans la cavité encéphalique, elles se partagent chacune en trois rameaux, l’un qui descend dans le canal vertébral, pour s’unir à son correspondant de l’autre côté et h un petit tronc moyen dont nous parlerons par la suite. La réunion de ces trois rameaux forme une grosse artère qui suit la moelle épinière en dessous, et qu’on pourrait nommer l’artère spinale. Il s’en sépare beaucoup de ramifications qui suivent le trajet des nerfs. Le second rameau de l’artère vertébrale sc porte obliquement en avant au-dessous de la moelle épinière; il rencontre là le tronc moyen et le rameau correspondant de l'autre côté : nous en parlerons par la suite. Le troisième rameau de l’artère vertébrale est le plus antérieur; arrivé sur la naissance de la moelle épinière, il donne deux rameaux qui se rendent à un anneau vasculaire produit par le vaisseau moyen qui passe
(i) Aujourd'hui les anatomistes regardent communément l’encéphale comme résultant du développement de la moelle épinière. C’est le cas de rappeler ici ces paroles de M. Cuvier : Il y a dans toutes ces discussions beaucoup de difficultés qui naissent de l’abus des expressions figurées. Ainsi, lorsqu’on a dit que le cerveau est une production, une efflorescence de la moelle, ou la moelle une coutinuatiou du cerveau, on s’est expose à être facilement réfuté par ceux qui prennent ces
au travers, de manière à former une espèce de ou de phi grec majeur, accompagné de deux moitiés de cercle accolées en sens opposé o$c. Le rameau continue encore de se porter en avant à la hauteur des nerfs de la huitième paire; il s’en détache là de nouveau deux troncs qui, venant à se rejoindre, font le commencement du vaisseau moyen, dont nous avons parlé plusieurs fois, et qui finit par former l’artère spinale en suivant ainsi toute la ligne inférieure du cerveau. Le rameau antérieur, continuant de se porter en avant) fournit beaucoup de petites artérioles au cerveau; il passe sous l’origine du nerf de la cinquième paire; et, enfin, arrivé sous le tubercule olfactif, il s’y épanouit en patte d’oie et l’environne de toutes parts.
Tels sont les rameaux principaux de l’encéphale des poissons. Les vaisseaux veineux sont aussi fort nombreux, et rampent dans la graisse ou la liqueur muqueuse dont est enveloppé le cerveau.
ARTICLE XII