‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 202 sur 367 · ARTICLE DOUZIÈME. — MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

ARTICLE DOUZIÈME. — MOELLE ÉPINIÈRE

(récit et devient conique, et finit par un filet qui appartient à son enveloppe, et qui va se fixer à l’extrémité du canal vertébral. [Outre les deux sillons antérieur et postérieur dont nous venons de parler, qui divisent tome la moelle en deux moitiés égales, on en remarque encore trois de chaque côté, mais qui ressemblent plutôt à des dépressions qu’à de véritables sillons. Ce sont les sillons collatéraux antérieur et postérieur, où s'implantent les racines des nerfs spinaux, et entre le sillon médian et le sillon collatéral postérieur, le sillon postérieur intermédiaire , qui ne se montre distinctement que jusqu’aux deux tiers de la portion dorsale.]

La moelle vertébrale paraît, au-dehors, entièrement composée de substance blanche. [A l’intérieur, elle renferme de la substance grise, dont la disposition a beaucoup occupé les anatomistes. En général, elle offre, sur une coupe transversale de la moelle, deux arcs dont la concavité est dirigée en dehors, la convexité en dedans, et dont les extrémités, plus ou moins renflées et denticulées, se dirigent vers les sillons collatéraux. Ces deux arcs sont réunis par une commissure moyenne transverse.] En écartant un peu les bords des sillons, on aperçoit des fibres qui semblent s’entrecroiser, et qui réunissent les deux faisceaux de la moelle (1).

La moelle épinière donne naissance à autant de paires de nerfs qu’il y a de trous de conjugaison entre les vertèbres. On désigne ces nerfs sous le nom de la région de la colonne vertébrale par laquelle ils sortent. L’origine de tous les nerfs vertébraux est à peu près semblable; ils sont produits par deux racines, dont l’une vient de la partie antérieure du cordon, et l’autre de la postérieure. Ces deux racines sont séparées entre elles par un prolongement membraneux, dont nous parlerons en traitant des enveloppes. [Chacune de ces racines est elle-même formée de plusieurs filets qui convergent les uns vers les autres en s’éloignant de la moelle, et toutes deux se dirigent vers un trou de conjugaison que leur offrent les vertèbres, et qu’elles traversent dans deux gaines de la duremère. Elles se confondent ensuite en un seul tronc;

(t) Rolando appelle substance grise gélatineuse une Portion plus pâle de la substance grise qui se trouve vers l’origine des racines postérieures. Suivant la plupart des anatomistes, la structure iutiine des deux substances de la moelle est la même que dans le cerveau. Mais MM. Wallach et Stilling ( Untersuchungen Hier die textur des Ruckenmarhes, in-4°, Leipzig, 1842) croient y avoir reconnu une structure spéciale. Selon eux, la substance blanche de la moelle épinière est exclusivement composée de tubes nerveux lougitudinaux ; la substance grise est composée à la fois de tubes lougitudinaux et de tubes transversaux. Ces libres transversales croisent les longitudinales à angle droit. Parmi elles, les unes vont jusqu’à la périphérie de la moelle, et les fibres pri-

mais avant cette réunion, et dans leur passage à travers la colonne vertébrale, la racine postérieure se renfle en un ganglion nommé intervertébral- Cependant les ganglions des dernières paires sacrées n’occupent point le trou de conjugaison, ils sont renfermés dans le canal même du sacrum. On nomme queue de cheval le faisceau des nerfs lombaires et sacrés qui occupe le canal vertébral, à partir du point où la moelle finit.

Les racines postérieures des nerfs sont, comme nous l’avons dit, conductrices de la sensibilité, et les antérieures du mouvement ; on a recherché si les sillons superficiels de chacune des moitiés latérales de la moelle la partageaient en deux parties, qui seraient également distinctes par leurs propriétés et par leurs fonctions. A l’extérieur, chaque moitié de la moelle semble divisée en trois cordons ; mais à l’intérieur on remarque que la pointe postérieure de l’arc de la substance grise se prolonge jusqu’à la superficie de la moelle, tandis que la pointe antérieure de cet arc est toujours environnée de substance blanche.

Il semble donc y avoir de chaque côté de la moelle un cordon postérieur plus petit, isolé par la substance grise, et compris entre le sillon collatéral postérieur et le sillon médian; le reste de la moelle en forme le cordon a ntéro-latéral.

Cette division anatomique serait d’accord avec les expériences physiologiques, s’il se confirme que les cordons de la moelle sont doués des mêmes propriétés que les racines nerveuses qui en naissent, et que le postérieur est exclusivement conducteur de sensibilité, tandis que le cordon antéro-latéral est uniquement destiné aux mouvements (2).

La substance médullaire blanche de la moelle épinière se forme ou du moins parait avant la grise. A la septième semaine, la moelle épinière s’étend jusqu’à l’extrémité inferieure du tronc (3); sur le milieu de sa face postérieure, règne un sillon dans lequel s’enfonce la pic-mère ; peu à peu des renflements se prononcent au niveau des membres thoraciques et abdominaux; la moelle se raccourcit et ne se prolonge bientôt plus dans le sacrum.

mitives des racines des nerfs ne sont autre chose que leurs prolongements directs; les autres ne vont pas à la périphérie, mais s’anastomosent entre elles. Un certain nombre des fibres transversales postérieures pénètrent an milieu des fibres transversales antérieures, et réciproquement, par où les auteurs expliquent cette action de la moelle que l’on a appelée réjlectivc , et qui s’exerce sans l’intervention de la volonté.

(2) Voy. sur ce point les expériences de MM. Longet ( ouv, cil., t. I) et Van Decn ( Traités et découvertes sur la physiologie de la moelle épinière. Leyde, in-, S'1, 1 84 1 J

(3) Tiedemann, Anatomie du cerveau, contenant l’histoire de son développement dans le foetus, etc. Paris» i8a3, trad. de Jourdan.

NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS

Vers le cinquième mois, la substance grise apparaît, et par son accumulation successive remplit peu à peu le canal de la moelle. Il en subsiste cependant des traces dans la moelle de quelques adultes, et dans quelques maladies.

Dans tous les animaux vertébrés, la moelle offre d’une manière générale la même disposition qufe dans l’homme. Elle est toujours formée de substance blanche à l’extérieur, et de substance grise à l’intérieur. Mais à mesure que l’on s’éloigne des animaux supérieurs, la matière blanche augmente, et la grise diminue ; cette dernière perd même sa couleur, en sorte qu’il est quelquefois assez difficile de la distinguer.]

Dans les mammifères,

[La moelle épinière descend plus bas que chez l’homme; elle s’étend le plus souvent jusque dans les vertèbres sacrées, mais il y à beaucoup d’exceptions. Dans Véchidtté, elle s’arrête vers le milieu de la région dorsale; de même, dans quelques espèces à queue courte, comme la chauvesouris et le hérisson, s’il faut en croire Meckel, la moelle se terminerait dans les vertèbres thoraciques ; cependant, dans la nodule, elle se prolonge, d’après nos propres observations, jusque dans les vertèbres lombaires. C’est également dans ces vertèbres qu’elle se termine dans des espèces à longue queue, comme la musaraigne et le rat, tandis que dans \elapin, qui n’a qu’une queue très-courte, elle se cohlihue au delà même des vertèbres sacrées. Comme dans l’homme, un certain nombre des derniers ganglions des racines postérieures sont renfermés dans le canal médullaire.

Les proportions des deux renflements varientsuivant la force des deux paires de membres. Quand une des paires manque, comme dans les cétacés, il n’existe qu’un renflement. Dans les mammifères a col court, comme les chauves-souris, les musaraignes. les rats, les éléphants, le renflement antérieur est très-rapproché de la moelle allongée, et ne s’en distingue que par un très-léger rétrécissement.

Le canal de la moelle épinière paraît subsister dans plusieurs mammifères adultes.]

Dans les oiseaux,

[La moelle épinière se prolonge jusque dans les vertèbres coccygiennes. Elle offre dans toute sa

(i) M. Natalis Guillot a le premier, que nous sachions, fait connaître cette intéressante disposition dans le bel ouvrage qu’il vient de publier sous le titre A' Exposition anatomique de V organisation du centre nerveux dans les quatre classes d’ animaux vertébrés , Paris, I G 44s in-4°,pl.VHI.

longueur un petit canal cylindrique, et dans la région du sacrum une disposition propre aux oiseaux, et très-singulière. Là le sillon médian de la moelle s’élargit par l’écartement de ses cordons postérieurs ; puis ces cordohs se rapprochent de nouveau, après avoir ainsi circonscrit une petite cavité elliptique, que remplit une subslance transparente, démi-concrète, qui en sort avec facilité. C’est ce que les anciens anatomistes ont appelé le sinus rhombo'idal. Si l’on coupe transversalement la moelle, on s’assure que ce sinus ne résulte pas de l’élargissement du canal central de la moelle, et qu’il n’a aucune communication avec lui : on Voit, en effet, la substance blanche des cordons postérieurs s’enfoncer dans ce sinus, en tapisser les parois, et venir se réunir profondément sur la ligue médiane; on distingue aussi le canal central au milieu de la substance grise, et séparé du sinus par la couche de substance blanche (1).

C’est à peine si l’on aperçoit quelque trace du sillon antérieur de la moelle.

Sou renflement antérieur se trouve dans les premières vertèbres dorsales, et le postérieur dahs les vertèbres sacrées. Nous avons constamment ôbservé que ce dernier était plus considérable que l’antérieur, aussi bien dans les oiseaux de haut vol, comme Vépervier, la buse commune, l’ hirondelle, le pigeon, que dans les oiseaux marcheurs, comme les gallinacés (2), et cela donne du poids à cette remarque, que le volume comparé des deux renflements de la moelle dans l’homme et dans les oiseaux permettrait d’attribuer la supériorité de calibre du renflement le plus volumineux beaucoup plus aux nerfs du toucher qu’à ceux du mouvement (3). ]

Dans les reptiles,

[La moelle épinière est également percée d’ün tanal revêtu intérieurement de substance grise; elle S’étend, dans les sauriens et les ophidiens, jusque dans les premières vertèbres coccygiènnes ; mais elle est plus courte dans les chéloniefis et les batraciens anoures. Généralement dans les tortues, mais surtout dans les tortues terrestres, où le thorax est tout d’une pièce et sans aucune espèce de mouvement, la moelle épinière est réduite à un cordon Filiforme entre ses renflements antérieur et postérieur. Dans les batraciens anoures, elle se termine avec les vertèbres, et les dernières paires de nerfs, sorties par le dernier trou de conjugaison, marchent de chaque côté de l’os coccygien, et parallèlement à lui. ]

(a) Desmoulins, Anat. du sjsl. nerv., 2 V. in-8°, i825, avait déjà fait la même observation.

(3 ) Longet, Anat, et phys. du syst. nerv., 2 vol. in-8°, >842.

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