ARTICLE QUATRIÈME. — NERFS DE LA CINQUIÈME PAIRE
la carpe , le saumon, la morue, et probablement dans les autres poissons osseux; mais, dans les raies et les squales , cette division a lieu beaucoup plus lard et au delà de l'orbite, comme nous le verrons en décrivant ces rameaux.
Le premier rameau est le plus grêle et le plus interne; il va se terminer au pourtour de la cavité des narines. Dans la raie, la branche passe au delà de l’orbite sans se diviser. Bientôt après, il s’en détache deux filets ;• l’un, plus gros, traverse audessus de la narine, lui donne plusieurs ramuscules, et passe au delà pour se perdre dans la partie latérale du bec. Dans le squale-scie , la partie de la branche ophthalmique qui se rend aux narines est peu remarquable : ce sont de simples filets qui se détachent de la branche que nousallonscxaminer.
Le second rameau du nerf ophthalmique du côté interne dans les poissons osseux est le plus considérable des trois. Il se divise en deux, dont l’un se ramifie dans les parties charnues de la lèvre supérieure, où elles s’unissent avec les filets du nerf maxillaire supérieur; l’antre va se distribuer aux parties molles voisines de l’angle de la bouche : il en est an moins ainsi dans le saumon et dans la carpe. Dans les raies, c’est la continuation du tronc qui tient lieu de ce rameau. 11 se dirige en avant vers l’extrémité du bec, où il se termine. Dans le squale-scie, le rameau qui nous occupe se porte audessus des muscles du bulbe de l’œil, et se dirige en avant dans une rainure pratiquée au-dessus du bec ; il se divise là, du côté externe, en une infinité de filaments en forme de treillis, dont les ramifications paraissent se porter aux dents ou crochets qui arment ce bec.
Le troisième rameau de l’ophthalmique se porte sur les parties latérales de la face, et se distribue
aux muscles des mâchoires dans les poissons osseux. Ce rameau n’existe point dans la raie; mais dans le squale-scie il est très-distinct et très-gros; il se glisse dans l’orbite au-dessous des deux muscles supérieurs de l’œil, en donnant quelques filets qui vont se porter dans le bulbe, puis il se dirige en avant pour se confondre avec le précédent.
Nous ne devons pas omettre ici une particularité très-remarquable, sur laquelle nous reviendrons cependant par la suite, à l’article des sécrétions : c’est que les deux branches du nerf ophthalmique, dont nous venons de parler, paraissent changer de nature à l’eudroit de leur réunion. Elles prennent là une couleur noire et une consistance particulière. Nous' avons eu occasion de faire la même observation sur celte couleur noire du nerf dans le squale milandre, où elle est encore plus marquée, et où la distribution du nerf est surtout très-importante. Dans cette espècede poisson, toute la partie avancée de la tête au-devant de la bouche est percée de pores nombreux par lesquels suinte, parla moindre compression, une humeur gélatineuse. Lorsque la \
peau est enlevéê, on voit que cette humeur est contenue dans des espèces de cellules formées par un tissu fibreux blanc très-serré. Sur les paroisdeces cellules aboutissent en grand nombre les extrémités du nerf qui nous occupe. Nous reviendrons par la suite aux usages présumés de cette liqueur : nous ne voulons ici qu’indiquer 1 observation.
[Il n’y a point, dans les poissons, de ganglion ophthalmique; mais néanmoins une des branches du nerf ophthalmique donne un filet au globe de l’œil, après s’ètre anastomosée avec la troisième paire ( 1). ]
La seconde branche de la cinquième paire, qui représente le nerf maxillaire supérieur, est intermédiaire. Elle se glisse au-dessous du nerfoptique vers la partie moyenne et inférieure du crâne. Parvenue au-dessous des narines, elle se divise en deux, trois ou plusieurs rameaux, dont les uns se portent vers l’angle de la bouche, et se terminent dans les barbillons lorsque ces appendices existent; les autres se portent vers la partie moyenne, où ils se distribuent dans l’épaisseur des lèvres. 11 en est au moins ainsi dans les poissons osseux que nous avons eu l’occasion d’observer. [Un de ces rameaux se porte vers la narine et s’anastomose avec la branche ptérygo-palaline.]
I.e squale-scie et la raie présentent des observations différentes. Dans le premier de ces poissons, le maxillaire supérieur se divise presque aussitôt après sa sortie du crâne, au-dessous de l’orbite, en trois branches principales. La première, qui se porte en avant, est Irès-grossc, et passe au-dessous des muscles de l’œil. Il s’en détache un rameau qui se porte dans le bulbe de l’œil, puis elle passe à la face inférieure de la racine du bec, donne quelques filaments au pourtour tics narines, et pénètre enfin dans le canal longitudinal du bec qui reçoit l’oplithalmique. La branche moyenne est composée de plusieurs filaments qui se distribuent aux muscles de la bouche; enfin, la dernière branche se porte aussi engrando partiedansles musclesdela bouche, et principalement vers l’angle, où ellese perd dans la peau qui forme les lèvres. Dans la raie bouclée, la disposition est à peu près la même; mais on remarque que ies filets, qui dans le squale-scie paraissent se terminer aux crochets du bec, se terminent dans les boucles ou aiguillons dont sont armées diverses especes de raies.
La troisième branche de ia cinquième paire, ou la maxillaire inférieure, ue représente aucune particularité. Arrivée vers l’angle de la mâchoire [après avoir donné des nerfs à ses muscles] , elle se perd dans les os qui la forment par des filets déliés dont le nombre varie.
[C’est celle troisième branche qui, dans les
(i) Buchner a bien constaté cette disposition, mérn. cit.
DIXIÈME LEÇON. — NERFS DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS
poissons cartilagineux, se distribue à des tubes remplis de mucus, qui s’étendent sur presque tout le corps, à partir d’un intervalle situé entre l’angle des mâchoires et les branchies. Ce même nerf fournit aussi une branche considérable à la partie antérieure de l’organe électrique de la torpille.
Outre les trois branches analogues à celles dos autres vertébrés, la cinquième paire des poissons osseux donne un rameau très-remarquable qui remonte le plus souvent vers le haut de la cavité du crâne, s’y unit avec une branche de la huitième paire, sort par un trou du pariétal et de l’interpariétal, et parcourt le dos dans toute sa longueur à la base des nageoires dorsales. Dans ce trajet il reçoit des filets de tous les intercostaux, et en donne aux muscles et aux rayons de ces nageoires. D’abord superficiel, il plonge à la naissance des nageoires sous les muscles externes des rayons. Un rameau détaché du précédent et également superficiel descend aux muscles du tronc situés audessus de la nageoire pectorale, contourne le bord inférieur de celte nageoire, donne un filet â ses muscles adducteurs ; puis, dans les poissons jugulaires et thoraciques, vient se perdre dans la nageoire ventrale. Enfin, d’autres filets marchent en diagonale vers la nageoire anale, où ils forment, le long du ventre, un nerf longitudinal semblable à celui du dos.
Ce nerf a été décrit pour la première fois par Weber dans le silure commun et dans la lole. Mais il n’a pas toujours la double origine que nous avons indiquée, et que l’on observe en effet dans la morue, dans les porches, etc. Quelquefois, comme dans le silure, il ne vient que de la cinquième paire; d’autres fois seulement de la huitième (1).
Dans la carpe et les autres cyprins, la cinquième paire donne encore un nerf qui paraît propre à ce genre de poissons, et que Ton appelle le récurrent (2). Il se compose de deux branches qui se détachent de la cinquième paire au moment même de son origine, passent au-dessous de l’auditif et se dirigent en arrière, l’une au-dessus, l’autre audessous du nerf vague, qu’elles embrassent dans une anse elliptique. La branche supérieure ou externe s’unit au vague vers son tiers postérieur, et donne avec lui deux rameaux, l’un qui est le nerf de la ligne latérale, dont il sera question plus loin, l’autre qui est le nerf de Weber, lequel aurait ainsi une double origine, comme dans la plupart des
(i) Weber croyait que le nerf longitudinal supérieur venait exclusivement de la cinquième paire, mais la huitième y contribue le plus souvent. D’un autre côté, dans son Histoire des poissons, RI. Cuvier dit que, dans la carpe, ce nerf vient du nerf vague seulement; mais nous croyons qu’il vient aussi du lileL récurreutdu trijumeau.
(a) Weber, de aare et audita hominis et animalium *
poissons, mais dont les deux filets, au lieu de remonter pour s'unir an haut de la cavité du crâne, s’uniraient h la naissance même de la huitième paire. La branche inférieure ou interne du nerf récurrent donne un filet au nerf vague, s’anastomose avec sa congénère et va se réunir à l’hypoglosse. ]
ARTICLE Y
ne NERF FACIAL, OU PETIT SYMPATHIQUE DE WINSLOW.
Nous avons indiqué de quelle manière nait ce nerf, et comment il est presque toujours distinct de la portion molle. [Entre les deux il sort de la moelle deux ou trois filets déliés, très distincts, et qui constituent un nerf intermédiaire qui adhère tantôt à la portion molle, tantôt à la portion dure (5). ] Le facial, parvenu dans le conduit auditif interne, s’accole à ce nerf et s’engage dans le canal nommé aqueduc de Fallope.
Il suit les ditfércntes courbures de ce canal , reçoit à son premier coude la branche du nerf vidien, que nous avons indiquée en traitant du ganglion sphéno-palatin de la branche sus-maxillaire [et forme un petit, renflement triangulaire gangliforme. De ce renflement partent : 1° le grand nerf pétreux, on rameau crânien du nerf vidien, qui se rend au ganglion sphéno-palatin, et lui fournit sa racine motrice. Après avoir traversé ce ganglion, ce nerf sc distribue dans les muscles élévateurs du voile du palais; 2° le petit nerf pétreux, qui marche vers le ganglion clique, le traverse ci aboutit au muscle interne du marteau : ce nerf paraît dépendre du nerf intermédiaire]. Le nerf facial fournit ensuite un petit filet dans la caisse du tambour pour le muscle de l’étrier, et un autre plus considérable quelques lignes avant de sortie par le trou stylo-mastoïdien, appelé la corde du tympan. Ce nerf s’engage dans un pelit canal osseux qui le conduit dans la caisse du tambour ; il passe sous l’enclume sur le tendon du muscle interne du marteau, et sort par un pelit trou pratiqué à la base de la caisse pour communiquer avec le rameau lingual de la troisième branche du
Leipzig, in-4°, 1820, p. 36. — Buchner, mém. cité, p. 17.
(3) Vicq-d’Azvr ( OEuvres complètes, t. VI, in-8°, p.iti, description de la pl. XV) fait connaître ce nerf avec détail, et cite Wrisberg comme Payant aussi décrit. D’un autre côté, Sœmmermg (de Basi encephali, p. iôî) attribue à Wrisberg l'honneur de sa découverte. M. Longet, oue. cité, propose d’appeler ce nerf moteur tympanique .