DES JONCTIONS DES OS, ET DE LEURS MOUVEMENTS
On sait que les os se divisent, d’après leurs formes, en os longs, en os plats et en os dont
DEUXIÈME LEÇON. — ORGANES DU MOUVEMENT
tonies les dimensions sont à peu près égales.
On connaît les noms imposés à leurs éminences, à leurs creux, à leurs échancrures, et ceux qui désignent l'état de leurs surfaces; toutes ces choses sont de simple description et auraient pu s'exprimer sans unsi grand appareil de termes techniques.
Nous ne nous arrêterons qu’à ce qui concerne leurs articulations, parce que ce sont elles qui déterminent les mouvements dont les os sont susceptibles, et qu’elles ont une très grande influence dans l’économie des divers animaux.
Il y a de ces articulations qui ne permettent aucun mouvement; d’autres laissent exécuter un mouvement obscur et très borné; d’autres enfin sont disposées de manière que les os qui les composent se meuvent l’un sur l’autre librement, soit dans un seul, soit dans plusieurs sens.
Non seulement les os correspondants ne sont pas toujours articulés de la même manière dans tous les animaux, mais encore il y en a qui, ne se touchant même pas dans la plupart, s’articulent ou s’engrènent, les uns avec les autres dans quelques espèces : il y a même des animaux dans lesquels on observe des especes d'articulations particulières qui n’existent point dans les autres.
On nomme sutura une sorte d’articulation sans mouvement, ou de synartlirose, qui a lieu lorsque deux os plats sc touchent par leurs bords, sans intermédiaire : elle est dentée, lorsque ees bords ont des dents qui engrènent les unes dans les autres; harmonique lorsqu’ils se touchent simplement; et écailleuse, lorsque le bord aminci de l’un recouvre celui de l’autre. Les os du crâne et de la face de l’homme présentent les exemples de ces diverses sortes de sutures : cc sont même presque les seuls qui soient unis de cette façon dans le corps humain; mais on en trouve d’autres exemples dans les animaux. Les côtes de la tortue sont extrêmement élargies, et s’engrènent entre elles et avec les vertèbres du dos pour former le test. Ces sutures en ont même imposé à plusieurs naturalistes qui ont pris des tests fossiles de tortue pour des fragments de crânes humains.
Les pièces du sternum des tortues de terre et des ernydes, ou plutôt de leur plastron, sont aussi unies entre elles par des sutures dentées. Il en est de même de plusieurs des os qui forment l’épaule et le bras des poissons, c’est-à-dire, la ceinture osseuse à laquelle sont attachées leurs nageoires pectorales. L’union inférieure et mitoyenne est une suture dentée très parfaite dans les silures, et dans quelques autres genres aplatis horizontalement par devant. Nous venons de dire que les pièces des parties solides des oursins sont également articulées par cette sorte de suture; elles offrent même ici une régularité dans les dentelures qui ne se rencontre par ailleurs.
Les unions des os de la tête des mammifères sont à peu près semblables à ce qu’on observe dans celles de l’homme, et les unes et les autres disparaissent avec l’âge parles progrès de 1’ossificalion. Les os de la tète des oiseaux et des poissons s’unissent presque tous par des sutures harmoniques et écailleuses, et chez les oiseaux ils se soudent ensemble avec plus de promptitude que chez les quadrupèdes.
On remarque dausles parties latérales de la face des poissons, et dans les couvercles de leurs branchies, une espèce particulière d’articulation qui ressemble à la suture écailleuse, en ce qu’elle consiste dans le recouvrement des bords amincis de deux os plats, mais qui en diffère, parce qu’elle permet un mouvement plus ou moins étendu, par lequel ces os peuvent sc plier ou glisser l’un sur l’autre.
La gomphose est une seconde espèce d’articulation sans mouvement, dans laquelle un os entre comme un pivot dans une fosse d’un autre os, où il est contenu comme un arbre l’est dans la terre par sa racine. Les dents en sonL le seul exemple dans l’homme et dans les quadrupèdes. Le poisson scie en offre un secoml dans les crochets qui sont enfoncés aux deux côtés de son long museau, et qui lui ont donné le nom qu’il porte.
En revanche, ses véritables dents, non plus que celles des raies et des squales, ne sont point attachées ainsi, mais tiennent seulement à la surface des os maxillaires; tandis que dans d’autres poissons, elles sont entièrement soudées aux os des mâchoires.
Nous devons rapporter ici une troisième espèce d’articulation immobile, dont l’homme n’offre point d’exemple. C’est celle où un os, ou autre partie dure reçue dans une cavité, reçoit lui-même dans une cavité île sa base une éminence du fond de celle dans laquelle il est reçu. Les ongles des chats et de plusieurs autres quadrupèdes à fortes griffes, s’unissent ainsi avec les dernières phalanges des doigts. Les défenses du morse sont de même enfilées par un pivot qui tient à la base de leur alvéole.
Les articulations qui ne permettent cju’un demimouvement, ou les amphiartrosee, sont telles, non par la figure des parties osseuses qui les constituent, mais par des substances cartilagineuses ou ligamenteuses, placées entre les os qui forment les articulations et qui s’y unissent étroitement. Les os du bassin sont tellement liés par ces sortes de cartilages intermédiaires, que leur mouvement est presque nul, à moins d’efforts considérables.
Les corps des vertèbres ont beaucoup plus de jeu les uns sur les autres, parce que la substance qui les unit est plus épaisse et plus flexible. Leur union se fait dans les quadrupèdes et les poissons, de la même manière que dans l’homme : mais,
ARTICLE QUATRIÈME
dans le cou des oiseaux et dans toute l’étendue de l’épine des serpents, leur articulation est entièrement mobile j elle se fait par des facettes que rien ne joint ensemble, et qui ne sont retenues que par une capsule ligamenteuse, comme celle de nos os du bras et du pied : de là vient en partie leur grande mobilité.
On pourrait encore rapporter aux articulations demi-mobiles celles du carpe et du tarse, qui, quoique pourvus de facettes articulaires, libres et lisses, sont tellement serrés dans les ligaments environnants, qu’ils ne se meuvent les uns sur les autres qu’avec beaucoup de peine, et dans un espace très petit. Mais la disposition de leurs facettes donne un caractère plus important, qui doit faire ranger ces articulations dans la troisième classe j celle des articulations libres, ou diar throses .
In effet, dans les jonctions des deux classes précédentes, les bords ou les faces des os ipii forment l’union, ou sc touchent immédiatement, ou sont collées l’une à l’autre par une substance qui s'attache elle-même à toute l'étendue de ces laces ou de ces bords; le périoste se continue d’un os à l’autre, et s attache plus intimement encore à l’endroit de 1 union qu’à tout le reste de leur superficie.
Au contraire , dans les articulations mobiles dont nous allons parler, les faces des os qui se regardent, sont libres et distinctes; clics sont enduites chacune d’un cartilage lisse et poli; il y a quelquefois des cartilages libres, appelés interarticulaires.
Les deux os sont attachés par une continuation du périoste, qui ne revêt point les cartilages articulaires, mais qui passe d’un os à l’autre, cl forme ainsi une espèce de capsule dans laquelle les faces articulaires sont renfermées, de manière que rien ne peut sortir de leur intervalle ni y entrer; l’inteneur eu est tapissé par une membrane, que des organes sécrétoires adhérents à ses parois remplissent d’une humeur propre à faciliter les mouvemenls. Il y a souvent encore d’autres ligaments, soit en dedans, soit en dehors de la capsule, qui la lorlifient, ou qui bornent le mouvement, des os, plus que la capsule seule ne l’aurait pu faire.
C’est du nombre et de la raideur de ces ligaments, et encore plus de la forme dos creux et des eminences, des laces articulaires des os, que dépendent l’étendue et la direction des mouvements.
Un os qui s’articule avec un autre par une de ses extrémités, ne peut se mouvoir sur lui que de deux manières : par flexion ou par torsion. La flexion a lieu lorsque l’os mu rapproche de l’os sur lequel il se meut celle de ses extrémités qui est opposée à l’articulation; car c’cst lorsque les 1 eUx os sont eu ligne droite, que celte extrémité