‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 246 sur 367 · SIS · texte numérisé non relu

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antérieurs les nerfs de la trompe ou masse buccale; deux de ceux-ci se renflent en un ganglion bilobé. Des lobes postérieurs partent deux longs filets qui vont former deux paires de ganglions sous-intestinaux vis-à-vis de la naissance de la nageoire et des branchies, et qui donnent des nerfs au cœur, aux branchies, à la nageoire et à la queue (I).

Dans la firole à crî'le, le cerveau se compose d’un disque elliptique superposé à quatre ganglions, placés deux à deux les uns au-devant des autres, et réunis en dessous de l’œsophage par un cordon très-ténu ; du disque sortent les nerfs optiques et ceux de l’enveloppe de la tète. Les deux ganglions antérieurs donnent chacun un nerf pour la trompe, et deux ou trois filets presque imperceptibles pour l’œil correspondant ; les deux postérieurs chacun un long filet d’où partent divers ramuscules le long du corps, et qui viennent se rendre à un ganglion sous-intestinal situe à la hauteur de la naissance de la nageoire, comme dans la carinaire. Ce ganglion fournit des nerfs à la nageoire et aux parties environnantes en s’irradiant; puis, comme le cœur et les branchies sont encore três-éloignés, un long cordon, qui sort delà partie postérieure, longe le canal intestinal, va se rendre près du nucléus, et là, si notre observation ne nous a pas trompé , forme encore un petit ganglion qui donne au cœur, aux branchies et à la queue, des nerfs comparables par leur finesse à des fils d’araignée.

Dans la phasianetle, le cerveau se compose, comme dans la plupart des pectinibranches , de deux ganglions fort écartés l’un de l’autre, et réunis par un cordon transversal qui passe sur l’œsophage, et par un autre qui passe dessous. En avant, ccs ganglions donnent les nerfs des tentacules et des lèvres, et les deux filets ordinaires qui vont former, sous la naissance de l’œsophage, un petit ganglion double d’où sortent les nerfs particuliers du canal intestinal ; en arrière parlent les autres nerfs du corps.

Dans le buccin de nos côtes ( buccinum undatum ), le cerveau, placé sous la trompe, est allongé d’avant en arrière, et surmonté d’un tubercule qui fournit les nerfs des tentacules. La partie antérieure de ce ganglion donne les nerfs du pied, et sa partie postérieure ceux des muscles de la trompe et du corps. Nous n’avons point aperçu le demianneau antérieur sur des individus conservés dans l’alcool, mais nous avons trouvé le ganglion sousœsophagien du collier cérébral formé de trois renflements, un médian plus grand et deux latéraux plus petits. Ces derniers fournissent chacun un gros nerf qui s’unit promptement à son congénère, et s’en sépare ensuite; tous deux suivent la courbure de l’œsophage, et se rendent probablement à

la trompe ; le ganglion médian et un peu postérieur donne un nerf à droite pour la verge, et un nerf médian qui suit l’œsophage et descend vers l’estomac.

Dans le murex tritonis, le cerveau est une masse trilobée dont la partie centrale plus épaisse semble superposée ( du moins dans des individus conservés dans l’alcool), à trois ganglions réunis, un antérieur et deux postérieurs. De la partie centrale sortent les nerfs des tentacules et des glandes de la bouche; du ganglion anterieur, les nerfs des muscles de la trompe et du pied; des ganglions postérieurs, les nerfs des organes de la génération, ceux des muscles du corps, du cœur et des branchies. Au bord droit de l’œsophage, le cordon qui forme le collier passe sous l’artère en s’enfonçant sous une bride musculaire du plancher de l’œsophage et de la trompe, et, dans ce trajet, il fournit un nerf latéral, puis un gros nerf longitudinal qui reçoit une anastomose du précédent. Ces deux nerfs se portent dans les muscles du côté droit du col du pied. Du côté gauche, il n’y a qu’un nerf longitudinal qui sort du collier près du cerveau, et s’enfonce au côté gauche du col du pied. Du cordon du collier se détachent encore antérieurement des filets qui nous ont paru se rendre à un petit ganglion situé à la base de la trompe, duquel partent des filets antérieurs pour la trompe, et des filets postérieurs pour l’œsophage.

Le vermetus muricatus a, selon delle Chiaje (2), un cerveau composé de deux ganglions latéraux, et d’où parlent deux colliers sous-œsophagiens; un premier qui se renfle en dessous eu deux petits ganglions, un second qui n’est formé que par un simple cordon. Du ganglion cérébral droit nait un nerf particulier qui forme, prés de l’œsophage, un ganglion d’où sortent les nerfs des viscères.

Le cerveau de VhalioUde commune est formé de deux ganglions latéraux, réunis par un cordon transverse, qui donne quatre filets nerveux poulies parties antérieures de la tête et pour la trompe. Les nerfs des tentacules et des yeux sortent des ganglions eux-mèmes. En arrière, ces ganglions donnent chacun deux cordons qui coinplèlenrte collier autour de l’œsophage, et qui s'unissent en un ganglion un peu enfoncé dans la face antérieure du muscle principal. De ce ganglion sortent les nerfs des viscères, des parties latérales de l’enveloppe et ceux du pied. Ces derniers, au nombre de quatre, deux de chaque côté, traversent le muscle d’attache à la coquille, et régnent jusque vers l’extrémité du pied, en donnant des filets latéralement.

Les deux cordons qui sortent du cerveau pour aller rejoindre le ganglion sous-œsophagien annon-

(i) Cuvier, Mèm, sur Vhaliolide, U ptérotrachée, etc., (2) Inslituzioni di anatomia comparâtes. Napoli, 2 vol. ouv. cité. in-8°, avec planchei,

ISO

ONZIÈME LEÇON. — SYST. NERV. DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES

cent que l’on doit considérer ce ganglion comme formé des deux paires inférieures réunies en une seule masse nerveuse.

Le système nerveux de la patelle commune est fort semblable à celui de rhaliolide (1). Un cordon transverse se renfle de chaque côté de la bouche en un ganglion qui fournit les nerfs des yeux et des tentacules. Le collier est formé de deux cordons de chaque côté, qui se rendent sous l’œsophage à un ganglion lransverse,d’où parteut les nerfs du pied, du muscle circulaire et des viscères; les deux extrémités de ce ganglion sont unies par un cordon ou commissure transversale, ce qui semble indiquer qu’il est composé de deux parties contiguës seulement par leurs extrémités, comme nous l’avons vu dans la limace.]

D. Acéphales.

a. Acéphales testacés.

Le cerveau des mollusques acéphales testacés est formé sur un plan beaucoup plus uniforme que celui des gastéropodes. Dans tous, depuis Vhuitre jusqu’à la pholade et au tant, il ne présente aucune différence essentielle. [On n’y retrouve plus le demi-collier antérieur ou sous-buccal, et les deux paires de ganglions que nous avons vues former la partie inférieure du collier cérébral, et fréquemment réunies dans les mollusques précédems, demeurent toujours séparées dans ceux-ci, et complètent deux colliers de grandeur souvent trèsinégale.]

Dans les anodontes, dans les bucardes, les venus , les mactres, et, en général, dans toutes les bivalves qui ont deux muscles cylindriques, un à chaque extrémité de leurs valves, destinés à les rapprocher, la bouche est placée auprès d’un de ces muscles, et l’anus auprès de l’autre; le pied sort vers le milieu du bord de la coquille, et les tubes des excréments et de la respiration, lorsqu’ils existent, sortent par le bout de cette coquille opposé à celui où est la bouche. Le cerveau est composé de deux ganglions écartés, situés de chaque côté de la bouche et réunis par un cordon qui en suit le bord supérieur. Il fournit deux cordons en avant qui se portent dans le muscle voisin, et qui, en se détournant chacun de son côté, entrent dans les lobes du manteau et rampent chacun tout le long du bord du lobe dans lequel il a pénétré. Le cerveau fournit de chaque côté quelques filets aux tentacules et aux lèvres. En outre, ses ganglions donnent chacun deuxeordons pour les colliers.

1° Un cordon externe qui rampe sous la couche musculaire qui enveloppe le foie et les autres viscères, et qui se continue en s’épaississant pour

former le pied, qui est souvent une filière. Arrivés au muscle adducteur postérieur qui ferme les valves, les deux cordons se rapprochent l’un de l’autre, et s'unissent, en se renflant, pour former un ganglion bilobé (le ganglion branchial); il est au moins aussi gros que le cerveau, et toujours beaucoup plus facile à distinguer. 11 donne deux nerfs principaux de chaque côté, et les quatre ensemble représentent une espèce de sautoir; les deux antérieurs vont en remontant un peu du côté de la bouche, et, après avoir décrit un arc, pénètrent dans les branchies; les deux postérieurs passent sur le muscle adducteur, et après lui avoir donné quelques filets, se rendent dans le manteau, dont ils suivent le bord jusqu’à ce qu’ils se joignent à ceux du cerveau, ce qui en fait un cex'cle continu. Entre ces deux-ci, le ganglion donne aussi des nerfs pour le muscle adducteur, et entre les cordons latéraux et les nerfs branchiaux, il fournit quelques filets aux viscères ;

[2° Un cordon interne qui s’enfonce dans le pied, et, arrivé vers le millieu de sa base, forme avec sou congénère uu ganglion bilobé (le ganglion pédieux) qui donne des nerfs au pied et à l’organe de fouie.]

Dans les acéphales testacés, dont le pied sort par une extrémité toujours ouverte de la coquille, et les tuyaux par l’extrémité opposée, c’est-à-dire dans les myes, les solens et les pholades, la bouche est moins proche d’une exlrémité,et le cerveau par conséquent. Les nerfs qui sortent de celui-ci font donc un trajet beaucoup plus long avant de diverger pour aboutir au manteau. Eu revanche, les cordons du collier branchial en font un bien plus court avant de s’unir. Il y a tin assez grand espace, surtout dans les solens, entre la masse des viscères situés dans la base du pied et le muscle postérieur. C’est dans le milieu de cet espace, entre les branchies de l’un et de l’autre côté, qu’est situé le ganglion branchial. Il est rond, et beaucoup plus visible que dans les autres espèces. Les nerfs qu’il donne sont au reste absolument les mêmes.

Dans Vhuitre, qui n’a point de muscle adducteur à lu partie antérieure, le cerveau se trouve, ainsi que la bouche, sous l’espèce de capuchon que le manteau forme vers la charnière; le ganglion branchial est situé sur la face antérieure du muscle adducteur unique , immédiatement derrière la masse des viscères. [Comme il n’y a point de pied dans l’huitre, le ganglion pédieux n’existe point, et les deux cordons internes des ganglions cérébraux, très-déliés, envoient quelques filaments à l’endroit qu’occupe le pied dans les espèces pourvues de cet organe.

Cette structure se retrouve, à peu de différences près, dans les divers genres d’acéphales testacés (2):

(i) Cuvier, Uém. sur l’haliotide, etc., ouv. cité.

(a) Gurner, On lhe nervous System o/ molluscous ani -

ARTICLE PREMIER. — CERVEAU ET NERFS DES MOLLUSQUES

seulement, lorsque les branchies sont réunies en arrière sur la ligne médiane, comme dans les maclres , les mt/es, les solens, le ganglion branchial est toujourssimple, quoique bilobé; mais lorsque, comme dans les modiolcs, les avieules , les lithodomes, les arches, les branchies sont éloignées, il y a deux ganglions branchiaux plus ou moins écartés, et réunis par une commissure.

Dans l 'onguline, M. Duvernoy a. trouvé de chaque côté du ganglion branchial un très-petit ganglion sphérique.

Dans le pecten maximus, le ganglion branchial fournit d’abord les nerfs branchiaux, qui donnent, avant de se recourber, des nerfs aux oreillettes du cœur, puis ^quatre ou cinq gros nerfs de chaque côté, qui vont en rayonnant et eu se bifurquant successivement jusqu’au bord du manteau, où ils aboutissent à un cordon circulaire fourni par le cerveau; celui-ci donne un filet à chacun des nombreux tentacules qui bordent le manteau, et dont quelques-uns sont regardés comme des tentacules oculaires.

Nous voyons donc que, dans les acéphales testacés, il y a, comme dans les gastéropodes et les ptéropodes, un collier nerveux, simple à sa partie supérieure ou dorsale, et le plus souvent double à sa partie inférieure ou ventrale; que les ganglions cérébraux sont toujours écartés l’un de l’autre; que ceux du collier inférieur et antérieur, ou collier pédieux, sont réunis en un seul, et qu’il en est souvent de même des ganglions du collier inférieur cl postérieur ou collier branchial ; que de plus ces derniers se trouvant fort éloignés de la bouche, ce second anneau occupe un espace beaucoup plus grand, puique le pied, lorsqu’il existe, et toujours l’estomac et le foie, passent dans l’intervalle de ses cordons.]

/S. Acéphales sans coquille.

Ce que l’on connaît jusqu’à présent du système nerveux dans les ascidies consiste en un ganglion oblong, placé dans l’épaisseur de la tunique propre, entre la production qui donne entrée aux branchies et celle où répond l’anus. Parmi les

mais. Trans. Linn., t. XVII, 1837. — Duvernoy, dessins Inédits.

(t) Cuvier, Mém. sur les ascidies et sur leur anal ., P* i5, ouv. cit.

(a) Cuvier, Mém. sur V animal de la lingule. Ouv. cit.

(3) R. Owen, On the analomy of the hrachiopoda 0/ Cuvier and mare especudlj oj' the généra terebratula and orbicula. Dans Trans. zool., vol. 1 , iu-i°.

(4) Cuvier, Mém. sur les animaux des anatifes et des balanes, ouv. cit. Plusieurs naturalistes ont accueilli 1 indication donnée dès la première édition par M. Cuvier, et placent les cirrhopodes parmi les animaux arti-

branebes qu’il donne , on en distingue deux qui remontent vers l’œsophage et l’entourent d’un anneau qui représente l’anneau cérébral ou œsophagien. Le ganglion répond à celui qu’on trouve dans les bivalves, entre les branchies, et vers l’origine du tube qui amène l’eau (1).

E. Brachiopodes.

1. Il n’a été possible d’apercevoir dans le seul individu de la lingule disséqué par M. Cuvier (2), que quelques ganglions vers l’étranglement situé à la base des bras.

2. Dans une orbicule , M. Owen (ô) a vu sur les côtés de l’œsophage, près de la valvule perforée, deux petits ganglions d’où partent deux filets qui accompagnent l’œsophage à travers la paroi membraneuse, puis divergent, passent des muscles externes aux muscles antérieurs de la coquille et suivent les artères près du cœur. Du côté opposé de l’estomac se trouve un seul petit ganglion, que M. Owen suppose être le cerveau.]

F. Cirrhopodes.

Dans les tritons de Linnæns , c’est-à-dire dans les anatifères et les glands de mer ou balanites (lepas, Lin.) qui sont peut-être plus voisins des crustacés et surtout des monocles, que des mollusques, le système nerveux lient une sorte de milieu entre celui des mollusques et celui des crustacés et des insectes.

l e cerveau do Vanatife ( lepas analifera) se compose de quatre petits lobes placés en travers sur la bouche, qui donnent quatre principaux nerfs pour les muscles et pour les viscères. Les deux cordons latéraux qui forment un collier autour de l’œsophage donnent chacun un nerf qui paraît se rendre aux branchies, puis ils se réunissent par le moyen de deux ganglions qui fournissent les nerfs de la première paire de pieds; ils marchent ensuite parallèlement le long du ventre, entre les bases des pieds, se renflant en doubles gauglions vis-à-vis de l’origine de chaque paire de pieds, à laquelle ils donnent des nerfs (4).

notés. M. Cnvier, tout en les maintenant parmi les mollusques, reconnaît dans son mémoire qu’ils établissent une sorte d’intermédiaire entre les uns et les autres. Mais comme leur corps n’est point articulé, comme leur coquille semble modelée sur celle de plusieurs bivalves, et comme leurs cirrhes ne sont que les analogues des battants articulés de certains tarets qui appartiennent sans contestation aux mollusques acéphales, c’est eucore avec les mollusques qu’il leur a trouve le plus de rapport, et c’est parmi eux qu’il les a classés.

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ONZIÈME LEÇON. — SYST. NERV. DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES

[ Il résulte de ce qui précède que le système nerveux des mollusques consiste en uu cerveau placé sur l’œsophage ou à ses côtes, et en un nombre variable de ganglions tantôt très-rapprochcs du cerveau, tantôt séparés de lui par des commissures plus ou moins longues, qui forment uu, deux ou même trois colliers autour de l’œsophage; que les nerfs qui sortent de ces ganglions centraux se renflent souvent en d’autres ganglions avant de donner des filets aux différentes parties du corps; enfin, qu’il n’y a aucune partie qui puisse être comparée à la moelle allongée et épinière, mais que, cependant, comme dans les animaux vertébrés, chacune des parties principales du système nerveux central parait présider à des fonctions déterminées, et que les organes analogues dans les différents ordres de mollusques reçoivent leurs nerfs des mêmes parties nerveuses. ]

ARTICLE II

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