‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 282 sur 367 · ARTICLE QUATORZIÈME. — OEIL 1)ES INSECTES ET DES CRUSTACÉS · texte numérisé non relu

ARTICLE QUATORZIÈME. — OEIL 1)ES INSECTES ET DES CRUSTACÉS

en avant, et très-comparable à la matièrecontenue dans le sinus rhomboïdal de la moelle épinière des oiseaux; le nerf optique attaché à la partie postérieure du globe est un petit filet détaché du gros nerf du tentacule (1).]

Quant aux moyens de protection pour l'œil, les limaces , les escargots, etc., ont une organisation bien plus compliquée et plus sûre que des paupières.

Cet œil est situé presque à l’extrémité d’un tube charnu, nommé corne ou tentacule, qui peut rentrer en entier dans la tête, ou qui peut en sortir en se déroulant comme un doigt de gant.

Nous avons déjà décrit précédemment les muscles qui retirent le limaçon dans sa coquille. A chacun d’eux, sur son bord externe, s’attache le muscle particulier d’un des tentacules. Ce muscle pénètre dans l’intérieur de la corne et va se fixer à son extrémité, eu sorte que lorsqu’il se contracte, et encore mieux lorsqu'il estaidé par la contraction du grand muscle du corps, il lire cette extrémité de la corne en dedans, comme lorsqu’on veut retourner un bas. Des fibres annulaires qui entourent toute la longueur de celle même corne la déroulent en se contractant successivement, et reproduisent ainsi l’œil au dehors. Dans la limace , les muscles rctractenrs des yeux s’attachent simplement à la masse charnue qui forme le pied. Les cornes on tentacules inférieurs, qui ne portent point d’yeux, ont le même mécanisme.

[Les points oculaires, régulièrement disposés autour du manteau de certains mollusques acéphales (les peclcns, les spondyles), paraissent composés d’une capsule vitrée ou cristalline enveloppée d’une membrane pigmentaire, qui y laisse libre une petite ouverture pupillaire recouverte par la peau transparente : un nerf, venu des ganglions cérébraux, distribue des filets à chacun de ces points oculaires. ]

ARTICLE XIV

de l'œil bes insectes et des crustacés.

A. Des yeux simples ou stemmates.

[Que les yeux simples soient isolés, comme dans ie plus grand nombre des articulés qui en sont pourvus, ou qu’ils soient réunis en un agrégat qui

(il J. Muller, Mém. sur la structure des yeux chez les mollusques gastéropodes et quelques annélides. — Dans Ami. des SC. nul., t. XXII, i83 c. Ce savant anatomiste, en donnant une anatomie exacte de l’œil des gastéropodes. a rectifié ce que M. Cuvier disait de l’œil du limaçon, dans sa première édition. Le tentacule tout entier semblait être pour lui un organe oculaire, tandis que

simule un œil composé, comme dans les cloportes et les myriapodes', leur structure anatomique est la même.

Sous une cornée convexe, transparente, le plus souvent ronde, quelquefois elliptique, et formée par les téguments antérieurs, est placé immédiatement un petit globule sphérique ou ellipsoïde, transparent, qui fait l’office d’un cristallin : derrière celui-ci est encore une substance réfringente comparable au corps vitré, et qui est reçue dans l’expansion du nerf optique comme dans une cupule. Tout eet appareil est enveloppé d’un pigment noirâtre, qui, en s’avançant un peu entre le cristallin et le corps vitré, y produit une sorte de diaphragme, avec une ouverture pupillaire au centre. Le nerf optique qui se rend aux grands stemmates isolés vient directement du cerveau; mais lorsque les stemmates sont réunis eu nombre, le filet qui se rend à chacun d’eux émane d’un tronc commun par lequel ils communiquent avec le cerveau (2).]

B. Des yeux composés.

La structure de l’œil des insectes est si différente de ce qu’on observe dans celui des autres animaux, et même des mollusques, que l’on aurait peine à croire qu’il pût être un organe de la vue, si des expériences faites à dessein ne l’avaient démontré. En effet, si on coupe, ou si on couvre avec quelque matière opaque les yeux de la demoiselle, elle va se henter contre les murs; si on couvre les yeux composés de la guêpe , elle s’élève droit en l'air, et monte à perte de vue; si ou couvre aussi ses yeux simples, elle reste immobile, et ne peut plus être déterminée à prendre son vol.

La surface de l’œil composé présente au microscope une raullitnde innombrable de facettes hexagones, légèrement convexes et séparées les unes des autres par de petits sillons, dans lesquels sont très-souvent des poils fins et plus ou moins longs.

Ces facettes forment toutes ensemble une membrane dure et élastique, qui, lorsqu’on l’a débarrassée des substances qui lui adhèrent par derrière, est fort transparente. [Quelquefois les facettes sont de grandeur différente dans le même œil. Dans la demoiselle commune, par exemple, celles de la partie supérieure sont du double plus grandes que celles de la partie inférieure.]

Chacune des petites facettes peut être considérée ou comme une cornée, ou comme un cristallin; car elle est convexe en dehors, concave en dedans,

l’œil n’y occupe véritablement qn’unc petite place à son extrémité.

(a) Marcel de Serres. Mém. sur les jeux composés et

les jeux lisses des insectes. Montpellier, i8l3 D. \y,

Sœmmering. De oculorum hominis animaliumque sec donc horizontali, i8tS. In-fol., pl. III. — J. sn„uer. Sur les yeux et la vision des insectes, des arachnides et

DOUZIEME LEÇON. — ORGANE DE LA VUE

mais cependant plus épaisse au milieu qu’aux Derrière cette choroïde est appliquée une expanbords et c’est la seule parue transparente qui se sion mince du nerf optique, qui est une vraie raemtrouve dans ce singulier œil. brane nerveuse, parfaitement semblable à la relaie

Immédiatement derrière cette membrane trans- des animaux vertèbres. U parait que les blets parente est un enduit opaque, qui varie beaucoup en blancs qui forment les rétines particulières de couleur selon les espèces, et qui forme même quel- chaque facette sont des productions de cette relaie quefois dans un seul et même œil des taches ou des générale, qui ont percé la membrane que j ai bandes de couleur différente. Sa consistance est la nommée choroïde, par une multitude de petits même que celle du vernis de la choroïde j il bou- trous presque imperceptibles, che entièrement le derrière des facettes sanslaisser Pour bien voir toutes ces parues, il faut couper aucune ouverture pour le passage de la lumière, la tête d’un insecte dont les yeux soient un peu Derrière ce vernis se trouvent des filets blan- gros, cl la disséquer par derrière : on enleve châtres, très-courts, en forme de prismes hexa- alors chaque partie dans un ordre inverse de celui gones, serrés les uns contre les autres comme les dans lequel .je les ai décrites, carreaux d’un pavé, et précisément en même nom- Dans les écrevisses, en général, l’œil est place bre que les facettes de la cornée. Ils pénètrent sur un tubercule mobile. L’extrémité, arrondie chacun dans le creux d’une de ces facettes et n’en de toute part, et quelquefois allongée en cône, sont séparés que par le vernis dont j’ai parlé plus présente à la loupe les mêmes facettes que les yeux haut. S’ils sont de nature nerveuse, comme j’ai lieu des insectes. Lorsqu’on coupe longitudalement ce de le croire, on pourrait considérer chacun d’eux tubercule, on voit que le nerf optique le traverse comme la rétine d’une des facettes; mais on aura par un canal cylindrique qui en occupe l’axe. Artoujours à expliquer comment la lumière peut agir rivé au centre de la convexité de l’œil, il forme un sur une semblable rétine au travers d’un vernis petit bouton, d’où partent en tous sens des filets opaque. très-lins, qui rencontrent à quelque distance la

Derrière celte multitude de filets perpendieu- membrane choroïde, qui est à peu près concentrilaires à la cornée, est une membrane qui leur sert que â la cornée, et qui enveloppe cette brosse à tous de base, et qui est par conséquent à peu sphérique de l’extrémité du nerf, comme le ferait près parallèle à cette même cornée. Cette mein- un capuchon. Toute la distance entre cette chobranc est très-fine, d’une couleur noirâtre qui roïde et la cornée est occupée, comme dans les tient à son tissu intime, et qui ne lui est point insectes, par des filets blanchâtres, serrés, qui se donnée par un vernis ; on y voit des lignes blan- rendent perpendiculairement de l’une à l’autre, châtres très-fines, qui sont des trachées, et qui et dont l’extrémité qui touche à la cornée est égaproduisentdes branches encore plus fines qui pénè- lemenl enduite d’un vernis noir, trent entre les filets hexagones jusqu’à la cornée. Ces filets sont la continuation de ceux qu’a pro- On pourrait, par analogie, donner à cette mem- duils le bouton qui termine le nerf optique, et qui brane le nom de choroïde, ont percé la choroïde (1).

des crustacés, trad. dans Ann. des sc. nat., 1829, t. XVII eu rayonnant du bulbe du nerf optique; ces petits

etXVIll. Brandts . Sur les yeux simples des animaux corps coniques ne seraient pas de nature nerveuse,

articulés— Ann. des sc. nul., i838, t. IX. comme M. Cuvier l’a pensé, mais ce seraient des corps

(1) [ Nous n’avons pas cru devoir rien changer à cette transparents, des espèces de vitrés, interposés entre le description de l’œil composé des insectes et des crusta- nerf et la lumière. Un pigment de couleur et d épaiscés, telle que l’a donnée M. Cuvier, d’après ses propres seur variable enveloppe de toute part chacun de ces observations. Mais les recherches faites après lui, et par- corps coniques, excepté à leur point de contact avec le ticulièrement celles de M. J. Muller (,*) et de Dngès (**), filet du nerf optique, et chacun de ces filets eux-mêmes; ne s’accordent pas toutes avec les siennes, et, d’apres il pénètre aussi un peu entre le corps conique et la corles travaux de ces auteurs, la vision au moyen de l’œil née, mais il ne revêt pas toute la face interne de la corcomposé des articulés ne serait pas aussi difficile à née; il laisse libre le point de contact du corps con, que expliquer qu’on l’avait pensé. Nous donnerons ici un et de la facette, du moins dans le pins grand nombre aperçu très-snccmct des résultats de leurs recherches, des espèces, et lorsqu’il s’étend entre ces deux corps, La cornée, composée d’une quantité presque innom- comme cela paraît être dans les phalènes, par exemple, brable de petites facettes, a souvent une épaisseur qui il ne s’y étend qu en une couche mince, de coulenr surpasse de beaucoup la largeur de ces facettes ; à la très-claire, et que la lumière peut traverser. Ce pigface intérieure de chacune de celles-ci touche, dans un meut est plus épais et plus foncé sur la ligne d'union espace plus ou moins étendu, un petit corps cylindri- des facettes entre elles, et il devient en général plus que s’effilant en pointe vers la partie interne de l’œil, foncé vers la partie profonde de l’œil. Il est d un rouge où il aboutit à l’extrémité d’un des filets qui se détachent pourpre dans beaucoup de diptères, ce qui fait qu on (.) J. Muller. Mêm. oit. et fi.Kr. sur la structura d.s r.M du (") Obstruction, sur la structur. do l'sail composé do, in, .etc. hanneton, dans Ann. dos sc. nul., t. XV III, 1829. dans Ann. dot sc. nat: 1830.

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