DU SON ET DE L’OUÏE EN GENERAL
Le son, et plus généralement le bruit , est une sensation qui se produit en nous, lorsque certains corps, que nous nommons sonores , sont mis en vibration, et communiquent médiatemenl ou immédiatement leur mouvement vibralile à l’air qui nous entoure, ou à tout autre corps qui aboutisse à notre oreille; c’est V oreille qui, étant affec-
prend communément pour du sang la tache rouge que produit, lorsqu’on l’écrase, la tête de la mouche commune; le pigment est violet dans la blatte noire, et bleu foncé dans beaucoup de coléoptères et de lépidoptères. Près de la surface, ce pigment prend fréquemment une nuance claire, et il offre des couleurs quelquefois très-vives, telles que le rouge, le jaune, le bleu, différents verts métalliques, etc.; quelquefois enfin la couleur du pigment est différente sur deux parties du même œil.
Ou comprend comment, dans cet état des parties, peut se faire la vision dans les yeux composés. Il ne s’y opère aucune réfraction de la lumière ; chacune des facettes, avec son corps conique et le filet nerveux qui s’y attache, forme un petit appareil qui ne transmet au bulbe du nerf optique que celui des rayons lumineux émanés d’un corps extérieur qui le pénètre suivant son axe ; tous les rayons qui entrent obliquement sont absorbés par le pigment dont cet appareil est enveloppé de toute part. Les impressions transmises au bulbe optique central par chacun des filaments traversés s’y ras-
tée de ce mouvement, nous en donne le sentiment et nous fait entendre.
Nous distinguons dans le son des qualités de divers ordres, et indépendantes l’une de l'autre, savoir ; 1» la forée, qui dépend de l’étendue des vibrations du corps qui cause le son. Plus ces vibrations sont grandes, plus le son est fort. Cette étendue des vibrations dépend elle-même de la force de l’impulsion qui les a causées. 2° Le ton , qui dépend de la vitesse de ces mêmes vibrations. Plus le corps sonore en fait dans un temps donné, plus le ton. est haut ou aigu; moins il en fait, plus
semblent en une image commune et continue. Cette image sera d’autant plus nette; i« que les cônes, par leur longueur , empêcheront plus complètement les rayons obliques d’atteindre le point d’insertion du filet nerveux; 2» que l’objet sera plus rapproché de l’œil; et enfin 3® que les facettes seront plus serrées et pins nombreuses, et par conséquent transmettront au fond de l’œil un plus grand nombre d’impressions.
Quant à la grandeur du champ visuel, elle dépend de la forme plus ou moins hémisphérique de l’œil composé, qui lui fait embrasser une portion de l’horizon déterminée par la continuation des plans qui limitent les yeux latéralement.
Si la lumière n’est pas réfractée en traversant les yeux composés des insectes et des crustacés, elle l’est au contraire très-fortement en traversant la cornée le cristallin et le corps vitré de leurs yeux simples : aussi ces organes paraissent-ils destinés à faire distinguer aux auimaux qui en sont pourvus les objets très-rapproebés d’eux. ]
le ton est bas ou grave. On connaît parfaitement les lois de cette vitesse et les circonstances qui la déterminent. Toutes choses égales d’ailleurs, elle est en raison inverse de la longueur des corps sonores, cl en raison directe de leur tension, soit que la cause de celle-ci soit extérieure ou qu’elle tienne à la nature mémo du corps sonore. 5" La qualité du timbre ; elle dépend de la composition intime du corps sonore ; c’est d'après elle que nous distinguons le son argentin, le son flûte, le son sourd, le son éclatant, etc., etc. On n’en connaît point les lois. 4° Les voix, dont on exprime les diverses espèces par les lettres nommées voyelles, a, e, i, o, u, ai, ou, ou, etc. On ignore absolument k quoi tient cette modification du son, quoique l’on sache assez quels sont les mouvements que l’homme et les animaux doivent imprimer à leurs organes vocaux pour les produire. 5° Les articulations, dont on exprime les diverses espèces par les lettres nommées consonnes, b, c, d, etc. On est à leur égard dans la même ignorance que pour les voix : aussi n’est-on encore parvenu à imiter les unes et les autres que très-imparfaitement par nos instruments.
L’oreille de l’homme distingue tous ces ordres de qualités dans un seul et même son , et elle le fait avec une justesse admirable dans les personnes exercées, et surtout dans les musiciens de profession. Les mammifères nous donnent des preuves qu’ils distinguent très-bien les qualités qui ont rapport à la parole, c’est-à-dire les voix et les articulations; car nous voyons tous les jours qu’ils retiennent le son et la signification de plusieurs mots. Quelques-uns d’entre eux sont vivement affectés par certains tons. Lestons aigus font souffrir les chiens; nous voyons aussi que les bruits violents les épouvantent : ainsi ils distinguent ces deux ordres de qualités. Les oiseaux n’ont pas un sentiment moins exquis du ton, de la voix, de l 'articulation, du timbre, même, puisqu’ils apprennent à chanter avec tant de justesse, et que ceux dont les organes de la voix le permettent savent contrefaire, à s’y méprendre, la parole de l’homme, avec tonies les modifications qu’y mettent les individus qu’ils imitent.
Quant aux vertébrés à sang froid, nous savons bien que plusieurs d’enlre eux s’appellent par certains sons, que d’aulres, qui ne peuvent en produire, peuvent du moins en entendre, comme les carpes, qui viennent au son de la cloche qui leur annonce leur repas, etc., etc. Mais nous ignorons quelles sont les qualités de ces sons qu’ils distinguent et jusqu’à quel point va à cet égard la finesse de leur sens.
Nous en savons encore bien moins touchant les animaux invertébrés, quoique nous ayons la preuve que plusieurs d’entre eux ne sont pas dépourvus de la faculté d’entendre.
ORGANE DE L’ODIE.
Il serait bon de déterminer aussi les limites dans lesquelles l’oreille de chaque animal perçoit chacune des qualités du son. Ainsi, à l’égard de la force, il y a des sons beaucoup trop faibles pour que nous puissions les entendre, que certains animaux entendent encore Irès-bien; il y a des sons si forts qu’ils nous assourdissent, et que d’autres animaux pourraient peut-être supporter. A l’égard du ton, il y en a de trop graves et d’autres trop aigus pour que nous puissions les entendre. Les musiciens en ont même assigné les limites entre deux nombres de vibrations dont les rapports sont entre eux comme 1 à 1024. Peut-êire ces limites ne sont-elles pas les mêmes pour tous les animaux. Il y a une grande différence d’un homme à un autre pour la facullé de distinguer deux Ions très-voisins. Elle peut être plus grande encore d’un animal à un autre,
A l’égard des voix et des articulations, il y a des peuples qui distinguent certaines lettres, entre lesquelles d’autres peuples ne sentent point de différence. Ainsi du reste.
La perfection de l’oreille ne suit pas le même ordre pour toutes les qualités du son. Telle oreille est très-délicate pour entendre les sons les plus faibles, qui ne vaut rien pour distinguer un ton d'avec un autre , et vice versd. Si on observe de telles différences d’un homme à un antre, à plus forle raison doivent-elles exister entre les divers animaux.
11 est clair qu’il doit se passer dans l’oreille, au moment où l’on entend, quelque chose de correspondant à chacune des qualités du son; mais on est encore bien éloigné de savoir quoi, puisque l’on ne fait que soupçonner ce qui est nécessaire pour qu’il y ait en général ouïe, ou perception de son.
C’est ici que se fait sentir l’avantage de l’anatomie comparée. Il est bien naturel de croire que les parties qui se trouveront constamment dans tous les animaux qui entendent, seront celles qui sont absolument nécessaires à l’ouïe en général; et que celles-là auront un rapport plus particulier avec tel ou tel ordre de qualités du son, qui se trouveront plus développées dans ceux des animaux qui perçoivent plus parfaitement cet ordre de qualités. Ce dernier point présente seul de la difficulté, parce qu’il nous est impossible de nous assurer de l’espèce et du degré des perceptions de tout ce qui n’est pas nous.
Quant aux parties essentielles à l’ouïe, d’après l’examen que nous allons faire des oreilles dans tous les animaux où on en a découvert, il se trouve que la seule partie qui existe constamment est cette pulpe gélatineuse, et enveloppée d’une membrane fine et élastique, dans laquelle se résolvent les dernières extrémités du nerf acoustique, et qui remplit le labyrinthe, depuis l’homme jusqu’à la seiche [et même jusqu’aux insectes.]
ARTICLE DEUXIÈME. - DU LABYRINTHE MEMBRANEUX
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Il est donc a peu près démontré que c’est dans cette pulpe, ou plutôt dans les filets nerveux qui y flottent ou qui y rampent, que réside le siège de l’ouïe. On peut se représenter assez naturellement le rapport de cette substance avec les mouvements extérieurs qui sont la cause du son. Celte pulpe si tremblante doit admettre avec facilité les ébranlements que lui transmettent les vibrations des corps sonores, et les communiquer aux filaments nerveux.
f Dans les animaux où la portion de l’oreille qui renferme la pulpe, et qu’on appelle le labyrinthe, est plus compliquée, et se compose de deux parties principales, le limaçon, et les canaux semi-circulaires avec leur vestibule, on serait conduit, par les expériences sur les animaux vivants, à croire que le limaçon est le véritable siège du sens de l’ouïe, car la destruction des nerfs des canaux semi-circulaires, qui produit des phénomènes particuliers dont nous allons parler plus loin, n’entraîne pas la perle de l’ouïe, tandis que la destruction du nerf du limaçon est immédiatement suivie de surdité (1). Ce qui jette du doute sur le résultat de ces expériences, c'est que le limaçon n’existe point dans les poissons, et qu’il faudrait admettre que dans ces animaux l’audition s’exerce par un mode particulier.] Au surplus, une fois le mouvement arrivé aux filaments du nerf auditif, ce qui reste nécessaire pour produire la perception échappe à l’anatomiste comme au métaphysicien.
Les autres parties qui ne se trouvent point dans toutes les oreilles, ne peuvent être regardées que comme des accessoires propres à renfoncer ou à modifier la sensation, chacun à sa manière. Il en est quelques-unes dont on peut conjecturer l’effet d’une manière assez plausible ; il n’est pas douteux , par exemple, que le pavillon extérieur de l’oreille, si développé dans certains quadrupèdes, ne serve à renforcer le son, comme le cornet qu’emploient les sourds ; il est très-probable que les grandes cavités à parois osseuses qui entourent le labyrinthe dans beaucoup d’animaux, produisent un effet semblable par la résonnance de leurs voûtes solides et élastiques. On a pensé que la membrane mince et tendue du tympan pouvait transmettre, par le moyen des osselets qui lui sont attachés, la vibration de l’air extérieur au labyrinthe, d’une manière très-vive, et que la volonté pouvait lui donner, par le moyen des muscles qui agissent sur ces mêmes osselets, le degré de tension précisément nécessaire pour la mettre à l’unisson des sons auxquels ou désire donner une attention particulière.
On a cru que la lame spirale et décroissante qui partage le limaçon des quadrupèdes en deux ram-
(i) Flourens. Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du sjyst. nere., etc., p. 438.
pes, était composée de fibres osseuses, qui, diminuant de longueur de la base ;ï la pointe de cet organe, se trouvaient propres à être ébranlées chacune par un ton particulier. Auparavant on attribuait la même faculté aux anneaux osseux qui composent les canaux semi-circulaires, et qu’on croyait aller en diminuant graduellement depuis les deux extrémités de chaque canal iusqu’à son milieu.
[Mais les curieuses expériences de M. Flourens (2) ont fait reconnaître dans ces canaux des propriétés aussi remarquables qu’imprévues. La section des canaux semi-circulaires horizontaux fait tourner l’animal sur lui-même à droite ou à gauche, suivant que l’on coupe le canal du côté droit ou celui du côté gauche ; la section des canaux verticaux antérieurs amène une suite de culbutes en avant; celle des canaux verticaux postérieurs une suite de culbutes en arrière. Ces faits démontrent qu’il existe un rapport intime entre la direction de chacun des canaux semi-circulaires et la direction du mouvement que leur section fait exécuter aux animaux ; faudrait-il revenir à la supposition d’Autenrieth et deKœrner, et admettre que ces canaux nous font connaître la direction du son?] La trompe d’Eustache a été regardée comme une voie supplémentaire pour les sous qui ne peuvent point arriver à l’oreille par le méat externe ; d’autres l’ont prise pour un canal par lequel s’écoulent leshumeurssuperfluesde la caisse, etc., etc.
Les recherches dans lesquelles nous allons entrer peuvent éclaircir plusieurs de ces questions intéressanles.
ARTICLE II