‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 287 sur 367 · C. Dans les reptiles · texte numérisé non relu

C. Dans les reptiles

Le labyrinthe membraneux est composé des mêmes parties que dans les poissons, c’est-à-dire de trois canaux et d’un sac; mais il y a dans quelques espèces une partie de plus.

Dans les salamandres , qui n’ont, ainsi que les poissons, aucune autre partie de l’oreille que le labyrinthe, les trois canaux sont situés au-dessus du sac : ils sont surbaissés et forment ensemble fn triangle presque équilatéral. Chacun d'eux a son ampoule ; le sac contient une pierre de consistance d’amidon, comme dans les raies et les squales.

Les grenouilles et les crapauds ne diffèrent presque point des salamandres par le labyrinthe membraneux; ils ont les mêmes parties dans la même position, et leur sac contient aussi une pierre amilacée. Leurs trois canaux forment presque un cercle complet parleur réunion.

Les crocodiles et les lézards ont aussi les trois ca-

naux, mais plus grands, et approchant davantage de former chacun une circonférence entière. Le sac est situé à proportion plus vers l’intérieur de la tète; ses parois membraneuses sont garnies de plusieurs vaisseaux sanguins, très-visibles surtout dans le crocodile. Les pierres qu’il contient, au nombre de trois, sont fort petites et encore plus molles que celles des poissons chondroptérygiens; enfin, et ceci est remarquable, leur labyrinthe a une partie de plus que ceux que nous avons examinés jusqu’ici : un premier vestige de limaçon. C’est une production du sac, en forme de cône, légèrement arquée, qui se porte sous le crâne et vers la ligne moyenne, et qui se trouve divisée en deux loges, on plutôt en un double canal, par une cloison cartilagineuse double. Une des loges communique avec le sac; l’autre, qui est la continuation de la première, mais revenant sur ellemême, va aboutir à un très-petit trou fermé d’une membrane qui le sépare de la caisse du tympan.

Cet organe est absolument semblable à celui que les oiseaux possèdent tous. Comparetti est le premier qui l’ait décrit dans les lézards. Il est trèsgrand dans le crocodile, et on peut le séparer aisément dans les très-jeunes individus.

Il est plus difficile à voir dans le caméléon et dans le lézard marbré ; on en trouve aussi un vestige dans les serpents. Mais la production que l’on pourrait comparer à ce cornet ou à ce vestige de limaçon, dans la tortue, est si semblable à ce que nous avons nommé le sac proprement dit dans les poissons, et par sa forme et par les petites pierres molles qui y sont contenues, qu’on ne peut douter que ce sac ne soit vraiment l’analogue du limaçon de l’homme, et que la partie que nous avons nommée le sinus ne soit l’analogue du vestibule. C’est donc surtout par le plus grand développement du limaçon qu’on peut juger de la perfection du labyrinthe de ces diverses oreilles (1).

Les tortues et les serpents ont aussi des canaux semi-circulaires comme les autres reptiles. La tortue les a fort courts à proportion.

Dans les animaux à sang chaud , en général, où le labyrinthe est toujours étroitement enveloppé dans les os, il est composé, dans toutes les espèces, de trois canaux semi-circulaires, ayant chacun une ampoule, d’un sinus commun de ces canaux, nommé vestibule, et d’un organe à deux loges ou deux rampes nommé limaçon, mais qui n’est vraiment contourné en spirale que dans les mammifères.

D. Dans les oiseaux.

Le limaçon est, comme dans le crocodile, conique, légèrement arqué, obtus à sa pointe, situé

(O Voyez, au sujet de ce rapprochement, la première note de la page précédente.

TREIZIÈME LEÇON. — ORGANE DE L’ODIE

obliquement d’avant en arrière et de dehors en dedans sous la partie inférieure du crâne. Sa courbure est telle que sa concavité est tournée en arrière. La cloison qui le sépare en deux loges, est composée de deux lames cartilagineuses étroites, réunies par une membrane mince dans toute leur longueur et légèrement tordues sur elles-mêmes. Elles adhèrent faiblement aux paroisde l'organe. Sa loge postérieure est la plus courte et communique avec la caisse du lympau par la fenêtre roude qui est fermée par une membrane. L'antérieure, plus longue, donne dan3 le veslibuleel n’est point fermée.

[A l’endroit où les deux rampes communiquent l’uneavec l’autre à l’extrémité du limaçon, il y a un petit renflement que M. Windischmann nomme lagena, et dans lequel se trouve une concrétion calcaire. ]

Le vestibule est petit, à peu près arrondi; les canaux semi-circulaires sont disposés ainsi qu’il suit. Le plus grand est vertical, et obliquement dirigé d’arrière en avant et de dedans en dehors. Le second est horizontal, et dirigé en dehors. Le troisième est vertical; il croise le second, et sa direction est contraire à celle du premier. Dans les passereaux, le premier canal est plus petit, et situé plus en arrière, relativement aux deux autres, que dans les autres oiseaux; les autres différences de ces canaux sont peu importantes; ils paraissent cependant plus grands dans les oiseaux de proie, surtout les nocturnes, et dans les passereaux, que dans les gallinacés et les palmipèdes. Le cornet à deux loges, ou limaçon, est plus approchant de la verticale , dans le casoar et dans V autruche, que dans les autres oiseaux. L 'autruche est de tous celui qui a ce cornet plus petit. C’est dans IVo qu’il se porte le plus directement vers la ligne moyenne,

f Les otolithes, assez grands encore dans les reptiles, sont ici réduits à de très-petits cristaux calcaires placés dans le fond du sac ou du vestibule , car ces deux cavités n’en forment plus qu’une, du moins à l’extérieur.]

£. Dans les mammifères.

Le labyrinthe ne diffère de celui des autres animaux que parce que l’organe à deux loges fait véritablement plusieurs tours de spirale autour d’un axe couique, et représente par conséquent trèsbien une coquille de limaçon.

Les trois canaux dans Y homme sont presque égaux. Aucun ne croise l’autre. L’horizontal est un peu plus petit. Le vertical antérieur, et le postérieur s’unissent par une de leurs extrémités. Chacun des trois a une ampoule, mais peu renflée. Le vestibule est un peu arrondi. Le limaçon est situé en avant et un peu en dedans ; le plan de sa base est presque vertical, et dirigé obliquement

d’arrière en avant et de dehors en dedans. La largeur de cette base n’excède pas celle du canal horizontal.

La spirale fait deux tours et demi : elle diminue rapidement, en sorte que le limaçon approche en total de la forme globuleuse. Comme l’axe du limaçon est oblique, les deux rampes sont, l’une antérieure et externe, l’autre interne et postérieure. L’interne, qui est plus près de la base du limaçon, est un peu plus longue, et se redresse pour aboutir à la fenêtre ronde, qui donne dans la caisse du tympan. L’externe, qui est pins près de la pointe, va au vestibule, qui communique lui-même avec la caisse par la fenêtre ovale. Les proportions entre les parties du labyrinthe varient beaucoup plus dans les espèces.

Dans les chauves-souris proprement dites, et encore plus dans le fer-à-chevctl, le limaçon surpasse beaucoup les canaux semi-circulaires en grandeur. Le limaçon du fer à-cheval est quatre fois plus large que la circonférence d’un des canaux, et le diamètre de sa cavité est dix fois plus grand que celui de la leur.

Cette disposition est beaucoup moindre dans la roussette .

Dans la plupart des carnassiers et dans les pachydermes, comme le cochon , l'éléphant , le cheval, le limaçon est aussi plus grand à proportion des canaux que dans l’homme ; mais dans les taupes , les musaraignes et les hérissons, il est petit. Le lièvre l’a aussi plus petit à proportion que l’homme. La proportion de celui des ruminants est à peu près la même que dans l’homme. Dans tous ces animaux, sa forme est celle que les conchyliologisles nomment lurbmée, c’est-à-dire en cône arrondi ou bombé ; et le nombre de ses tours est, comme dans l’homme, de deux et demi.

Le cochon d’Inde, le cabiai, l 'agouti et le porcépic ont un limaçon turriculé, et dont les tours sont au nombre de trois et demi. [ Celui des chauves-souris, qui a la forme des coquilles du genre trochus, en a le même nombre.] Le rat ordinaire n’en a, comme les autres quadrupèdes, que deux et demi.

Dans les cétacés, le limaçon est fort grand ; toutes ses parties sont bien développées ; mais sa spirale reste presque dans le même plan, sans s’élever sur son axe; il ne fait d’ailleurs qu’un tour et demi. Les canaux semi-circulaires sont si minces que Camper en a longtemps nié l’existence. Ils sont cependant absolument comme dans les autres mammifères; et je les ai bien disséqués dans un fœtus de baleine.

La proportion entre les deux rampes du lirnaçou u’est pas dou plus la même dans tous les animaux. Celle qui donne dans le tympan est un peu plus grande que l’autre dans l'homme, le chien , le paresseux , l 'éléphant, le cheval, le dauphin; la dif-

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