C. Dans les poissons
[Le labyrinthe membraneux des cycloslomes commence à se compliquer. Dans les myxinoides, on trouve déjà un tube arqué, dont les deux extrémités s’ouvrent dans uti sinus commun.
Dans les lamproies et les ammocèles , il a la forme d’une châtaigne, et il est divisé intérieurement en diverses cellules, dont deux prennent une forme de tubes ou de canaux un peu arqués, renflés à l’une de leurs extrémités par une ampoule à trois tubérosités. Il se dépose sur la face interne des parois du vestibule des traînées de poudre calcaire (2).]
Dans tous les autres poissons, le labyrinthe membraneux se complique davantage. Il est toujours composé de trois canaux semi-circulaires plus ou moins grands, qui aboutissent tous à un sac plus ou moins divisé par des étranglements, et qui contient dans son intérieur, outre la pulpe ordinaire, des osselets au nombre d’un, de deux ou de trois, selon les espèces, qui sont, dans les poissons osseux, d’une dureté égale à celle de la pierre, et de consistance d’amidon dans les chondroptérygiens; ils y sont toujours suspendus au milieu de la pulpe par un grand nombre de fibrilles nerveuses. Chacun des trois canaux semi-circulaires a un renflement, en forme d’ampoule, près de l’endroit où il pénètre dans le sac, et deux de ces canaux se réunissent par une de leurs extrémités, en sorte qu’il n’y a que cinq ouvertures pour la communication des canaux avec le sac, au lieu de six qu’il y aurait sans cette réunion.
Tout ce qui regarde ces trois canaux se retrouve dans les classes supérieures, comme nous le verrons. Cet appareil entier est situé dans les côtés de la cavité du crâne, et s’y trouve fixé par du tissu
( tjher dasstimm und Gehororgan der Orthnpteren , in-8°.)
(a) Voy. E. H. Weber, De aure et auditu hominis et unirnaliurn, pars. I. De aure anirnaliurn aquatilium. Lip site, i H ■} o , in-4", avec pl. — G. Breschet. Recherches anatomiques et physiologiques sur l’organe de l’ouïe des poissons. Paris, tSSS, in-40. — J. Muller. U lier den eigenthümlichen liait des Geliorurganes bei den Cyclostornen, etc. Berlin, i838. In-fol.
ARTICLE DEUXIÈME. - DU LABYRINTHE MEMBRANEUX
cellulaire, des vaisseaux et des brides osseuses ou cartilagineuses.
Les poissons diffèrent les uns des autres par la forme et la proportion des parties de leur labyrinthe, et par celles des osselets pierreux qu’il contient.
Des trois canaux, l’un se dirige obliquement en avant et en dehors dans un plan presque vertical ; le second en arrière et en dehors, aussi dans un plan vertical ; le troisième est presque horizontal et extérieur aux deux autres. Ce sont l’extrémité postérieure du premier, et l’antérieure du second, qui se réunissent en un seul canal pour pénétrer dans le sac. Leurs deux autres extrémités et les deux du troisième y entrent à part.
Le renflement est dans les deux premiers canaux près de celles de leurs extrémités qui ne s’unissent point , le troisième l’a à son extrémité antérieure.
Il y a des différences assez marquées dans la longueur proportionnelle des canaux, par rapport aux dimensions du sac j mais en général, dans le? poissons osseux, ces canaux sont moins longs que dans les cartilagineux.
Le sac varie beaucoup plus que les canaux semicirculaires.
Dans le poisson-lune ( Tetrodon mola , L.), c’est un simple cône, dont la pointe est du côté du cerveau, et dont la base s’élargit pour recevoir les trois canaux.
Dans 1 "'esturgeon, c’est une poche aplatie et verticale, appliquée contre la paroi latérale et interne du crâne, et qui reçoit presque immédiatement les trois canaux. Mais dans la plupart des autres poissons, la partie où aboutissent les canaux, et que nous nommons le sinus, est séparée du reste, que nous nommons proprement le sac, par un étranglement beaucoup plus prononcé.
Le sinus est ordinairement allongé d’avant en arrière, et mince ; le sac est ovale et repose sur le plancher même du crâne, de manière à se trouver souvent très-rapproehé de celui de l’autre oreille. Quelquefois il s’enfonce dans une fosse de ce plancher, [et celte fosse même peut se trouver, comme dons les cyprins et les truites, recouverte par une lame, qui en fait une cavité presque entièrement osseuse. ]
Le brochet a un petit appendice creux, tenant à la partie postérieure du sinus par un canal trèsmince, et se fixant par son autre extrémité au crâne, tout près du bord du trou occipital. C’est en quelque sorte une troisième division du sac [qui se retrouve dans la baudroie, le bar, et dans beaucoup d’autres poissons. On la désigne aujourd’hui sous le nom de cysticule. La partie antérieure du sinus se trouve aussi quelquefois séparée de l’ampoule du canal senti circulaire vertical antérieur par une portion étranglée de sa cavité. Il y a de la sorte deux ampoules contiguës; la plus voi-
sine du sinus prend le nom d'utricule et pourrait être considérée comme un- rudiment de limaçon.
Les osselets ou petites pierres contenues dans le sac. et que l’on nomme maintenant otolithes pour les distinguer des véritables osselets de la caisse des autres vertébrés, et les masses amilacées ou meme pulvérulentes que l’on nomme otoconies, sont entièrement caloaires, et se dissolvent dans les acides avec une vive effervescence.
Dans les chondroptérygiens et même dans quelques poissons osseux, comme la mélo ou poissonlune, par exemple, on ne trouve généralement que des otoconies ^cependant dans Yesturgeon on rencontre deux otolithes, l’un antérieur plus grand, et l’autre postérieur plus petit,]
Dans les poissons osseux, en général , il y a toujours trois osselets ou otolithes, dont deux dans le sac, un grand qui est le principal de tous, et un petit en arrière de lui. [Ce dernier est logé dans le cysticule, lorsque cette partie existe. ] Le troisième osselet, qui est aussi fort petit, est dans le sinus commun des canaux.
Leur forme, leur manière d’adhérer au sac, constantes pour chaque espèce, méritent d’être notées, surtout à l’égard du plus grand.
Il est pour l’ordinaire oblong d’avant en arrière, placé obliquement dans son sac, convexe à sa face interne, souvent concave à l’externe.
La face interne est lisse et marquée d’un sillon dont la direction varie selon les espèces. La face externe présente des aspérités. Le bord supérieur est ordinairement dentelé d’une manière plus marquée que l’inférieur, et l’extrémité antérieure a souvent des tubercules ou des avances : il y en a deux dans l’osselet du brochet, du maquereau et du hareng; trois dans celui de la carpe, dont la moyenne est en forme de stylet : les morues et autres gades, les rougets, les labres, etc., ont cette extrémité arrondie et sans pointes.
La grandeur proportionnelle de cet osselet varie beaucoup. Il est petit dans Vanguüle, Vuranoscope, les pleuronnecles , la dorée, le brochet; médiocre dans le hareng; grand dans les gades et surtout la morue, dans la carpe et dans beaucoup de thoraciques.
Sa forme générale est ovale dans la morue et beaucoup de gades; presque ronde, avec un angle rentrant, dans les cyprins, comme la carpe , la brème, la tanche, la rosse, et dans les silures ; irrégulièrement triangulaire dans le brochet, le sau mon et les autres truites , Y esturgeon, etc.
Le sillon dont cet osselet est marqué parait former, avec une production de la membrane du sac qui rentre en dedans de lui-même, un pelit canal qui parcourt une partie de l’intérieur de ce même
sac. Ce sillon est ordinairement longitudinal. Quelquefois, [comme dans quelques perches et dans quelques scié nos, ] il a la courbure d’un fer à
cheval ; il est presque circulaire dans la carpe. Dans la morue, il est remplacé par une côte saillante.
On voit presque toujours des stries transversales qui vont de ce sillon au bord de l’os, et qui logent les nombreux filets nerveux qui s’y rattachent. Ces stries sont surtout très-marquées clans la carpe, où elles sont disposées eu rayons.
Les dentelures du bord sont presque égales tout autour dans la morue, qui les a mousses, et dans la carpe, qui les a pointues; il n’y en a que d’un côté, et à un bout seulement, dans les saumons, les truites, les perches; le congre n’en a que trois à son bord supérieur, etc.
Le second osselet ou otolithe de l’oreille interne des poissons est ordinairement en arrière du grand et un peu plus en dehors. Sa forme est le plus souvent demi-lunaire, et sa concavité tournée eu avant. Celui de la carpe est semblable à un fer de lance. Sa grandeur varie, mais il est toujours beaucoup plus petit que le premier.
Le troisième osselet est dans le sinus; quelquefois il est si voisin du grand, qu’on a peine à le distinguer. Les gades, les scombres , etc., l’ont triangulaire; les Irigles, lenticulaire; le brochet, arrondi cl inégal. Dans la carpe, il est un peu plus grand que dans les autres à proportion ; sa surface y est âpre, et son bord dentelé.
Cassérius, qui a décrit le premier l’organe de l’ouïe des poissons, regardait ces osselets comme analogues au marteau, à l 'enclume, etc., des quadrupèdes.
On a pensé depuis, et Camper surtout a montré que ces masses suspendues dans une gelée tremblante, et pouvant être ébranlées par les moindres vibrations extérieures, pouvaient communiquer cet ébranlement aux nombreuses fibres
(1) Cette analogie établie par M. Cuvier était contestable, car il existe dans le sac des animaux qui ont aussi un limaçon bien développé de petites concrétions sur lesquelles s’épanouissent des filets nerveux. Aussi M. Cuvier l’a-t-il abandonnée dans son Histoire naturelle des poissons (t. I, p. 468)i et il ne considère plus comme pouvant être l’analogue du limaçon que cet appendice antérieur du sac de l’oreille des raies, que 1 on retrouve aussi dans celle de quelques poissons osseux, et que nous avons désigné sous le nom (Tulricule.
(2) On s’explique difficilement comment, en présence de ce passage textuellement reproduit 'de la première édition de ce livre, qui a paru en 1799, M. Brescliet a pu écrire, en 1 838 [Ouv. cité , p. 65 ), que dans les leçons de MM. Cuvier et Duméril il n’est rien dit des ouvertures de l’organe auditif dans les poissons chondroptérygiens. Les deux ouvertures y sont désignées par leur nom. La seule choseque ces messieurs aient omise ici, mais qui se retrouve plus loin, c’a été de décrire plus en détail la fenêtre ronde, et d’indiquer qu’elle occupe un espace plus ou moins circulaire, fermé par une
- ORGANE DE L’OUIE
du nerf acoustique auxquelles elles sont suspendues,,
La cloison que ces osselets forment dans les sacs qui les contiennent, au moyen des membranes intérieures de ces mêmes sacs, et les fibres nerveuses dont cette cloison est garnie, portent à regarder ces sacs comme assez analogues à l’organe à deux loges, que nous nommons limaçon dans l’homme à cause de sa forme (1).
Dans les chondroptérygiens ou les poissons à branchies fixes, on retrouve les mêmes parties que dans les autres, mais disposées d’une manière différente. Le sac est placé à peu près horizontalement et de figure triangulaire ; un des angles, celui qui est le plus voisin du cerveau, se prolonge en un canal qui perce le crâne et va jusqu’à la peau extérieure, où il n’est fermé que par une membrane mince. Cette petite membrane se distingue sans aucune dissection, parce qu’elle forme au dehors un petit enfoncement très-près de la nuque de l’animal. Elle est très-probablement .analogue à la fenêtre ovale des animaux d’un ordre plus élevé, et elle fait aussi les fonctions de tympan. Le second angle du sac est postérieur j il est arrondi ou ovale, et contient la plus grosse des pierres 5 le troisième angle est dirigé en avant et en dehors. C’est vers lui que sont placées les deux petites pierres. Il y a trois canaux semicirculaires, ayant chacun une ampoule, comme dans les autres poissons : l’un est antérieur et se dirige obliquement en avant et en dehors; le second est externe et horizontal ; le troisième, postérieur, et dans un plan presque vertical, dirigé obliquement en arrière et en dehors. Les extrémités sans ampoule des trois canaux communiquent avec l’angle interne du sac; le premier et le troisième tout près de la fenêtre ronde, le second un peu plus bas (2). Quant à leur autre
membrane fibreuse et recouvert par la peau, derrière l’ouverture du crâne qui livre passage au canal dont il est question dans leur texte, comme perçant le crâne et allant jusqu’aux téguments. 11 est vrai que M. Breschet nomme les deux ouvertures différemment de M. Cuvier. Il regarde l’ouverture appelée ici fenêtre ovale , comme étant la fenêtre ronde , et réciproquement, mais à tort scion nous. La véritable analogie des deux ouvertures de l’oreille des poissons cartilagineux avec celle des ouvertures de l’oreille des autres vertébrés, nous paraît être celle de M. Cuvier. Ainsi, d’une part, le tube qui est pourvu d’un muscle peut être comparé, dans sa portion spirale et extérieure au crâne, à la chaîne des osselets ou à l’osselet unique de certains reptiles, par conséquent l’ouverture du crâne auquel il aboutit à la fenêtre ovale, et l’autre à la fenêtre ronde; d’une autre part, la situation respective de ces deux ouvertures vient encore appuyer l’aualogie, puisque l’ouverture pourvue d’un tube est antérieure et que l’autre est postérieure. Selon M. Breschet, notre fenêtre ovale ne serait pas fermée d’une membrane.
ARTICLE DEUXIÈME. — DU LABYRINTHE MEMBRANEUX
extrémité, le premier et le second la réunissent ensemble, et communiquent par un canal commun avec l’angle externe du sac; le troisième revient seul à ce sac vers son angle interne, et sou extrémité qui porte une ampoule s’y réunit très-près de l’endroit d’où l’autre est partie. Tout cct appareil est rempli, comme à l’ordinaire, d’une pulpe gélatineuse; les pierres contenues dans le sac ne ressemblent en l ien par la dureté à celles des poissons osseux. Leur consistance est absolument celle de l’amidon humecté d’eau, et elles se laissent de même écraser sous les doigts. La plus grande est arrondie d’un côté, comprimée et rectiligne de l’autre. Les deux petites sont à peu près ovales.
Tout ce que je viens de dire est commun aux raies et aux squales. Les espèces de ces deux genres ne diffèrent entre elles que par les proportions des canaux et du sac, différences qui se réduisent même à très-peu de cbosc.
[Le sinus et le sac y sont peu distincts l’im de l’autre. Dans quelques espèces, la rate bouclée par exemple, il existe un utricule et uu cyslicule qui contiennent chacun un petit amas de matière amilacée. Le canal de la fenêtre ovale qui perce le crâne, longe le tube commun des canaux semicirculaires antérieur et postérieur, traverse la paroi du crâne, puis s’infléchit pour devenir horizontal, se renfle et se contourne eu une petite anse profonde; puis il traverse obliquement la peau en diminuant de grosseur, et s’ouvre à l’extérieur par un orifice très-fin. Ce tube est rempli de matière blanche amilacée, et un petit muscle, qui s’insère au crâne près de la fenêtre ronde, va, par son autre extrémité, s’insérer au fond de la concavité de l’anse qu’il décrit. ]