ARTICLE SIXIÈME. — DES OSSELETS
de marteau, d'enclume, de lenticulaire et d'étrier. Le marteau est toujours formé d’un manche allongé, mince et pointu, qui adhère à la membrane du tympan, selon une ligne qui va de son bord supérieur au sommet du cône que cette membrane forme, et d’une tète qui fait angle avec le manche, et se porte obliquement en dedans de la caisse en se dirigeant un peu en haut et en arrière.
L'enclume s'articule avec la tête du marteau par une facette articulaire. Sa partie opposée se divise en deux pointes, dont l’une se porte directement en arrière, et dont l’autre descend presque parallèlement au manche du marteau, mais en se portant un peu plus en arrière et en dedans. L’extrémité de cette seconde apophyse s’articule avec l’osselet lenticulaire, le plus petit des os du corps des mammifères, et par lui avec IV trier. Celui-ci prend son nom de sa figure, qui est celle d’un étrier à monter à cheval ; il fait nu angle presque droit avec la branche de l’enclume qui le supporte, et se portant directement en dedans, va appliquer la plaque ovale qui le termine sur la fenêtre ovale. Chacun du ces os varie en grandeur, en figure et en position dans les différentes espèces. Nous allons examiner quelques-unes de ces variations.
1 0 Le marteau.
Dans l'homme, le manche du marteau est légèrement comprimé, un peu arqué, de manière que sa pointe se dirige obliquement en avant. La tête est un peu plus longue, et fait avec lui un angle de 120 degrés ; elle se termine par une masse ovale, arrondie au bout, dont la face postérieure présente à l’enclume une facette articulaire composée de quatre petits plans. Sur l’angle que fait la tête avec le manche est une pointe dirigée en haut. On la nomme l'apophyse courte du marteau. Le col, ou la partie un peu étranglée de la tête, a une petite apophyse en avant qui se prolonge comme un stylet, et qu’on nomme l'apophyse grêle du marteau, et une petite lame saillante et oblique en arrière et en dessus.
Celui de l'orang-outang ne diffère de celui de l’homme que parce que la niasse qui termine la tète est un peu plus pointue.
Dans les sapajous, la tête est de moitié plus courte que le manche. La facette articulaire occupe toute sa partie postérieure. L’apophyse grêle s'élargit en une lame qui occupe tout le bord antérieur. L’apophyse courte est effacée. Elle se retrouve bien marquée dans les singes de l’ancien continent, mais la tête y est aussi en ligne droite avec le manche et fait une saillie en avant; elle ne se distingue du manche dans l 'alouaite que par sa grosseur subite.
Dans les chiens et les chats, le manche est en longue pyramide à trois faces, dont la plus étroite
adhère au tympan. La tête fait un angle aussi fort que dans l’homme. Son col est mince, et sé tourne en avant; mais l’apophyse grêle ou antérieure, qui est fort longue, s’élargit en une lame mince qui remplit l’angle que la tête fait en avant avec le manche. La courte est très-saillante; et il y a à la face interne du col une troisième apophyse qui remplace la petite arête de l’homme.
Les autres carnassiers n’offrent de différence que dans la longueur des apophyses. L’antérieure, par exemple, est plus longue et plus étroite dans le blaireau ,■ plus courte et plus large dans la loutre.
Elle est très-large dans la taupe, et donne à son marteau une figure presque rhomboïdale.
[ Dans les kanguroos, le manche du marteau est court et semble faire partie du cercle du tympan, en sorte qu’il n’adhère à la membrane que par la circonférence de celle-ci. ]
Dans les rongeurs, le manche est comprimé comme une lame de couteau, et adhère au tympan par un de ses tranchants; le col de la tète fait avec lui un angle fort ouvert sur lequel est l’apophyse courte, comme à l’ordinaire. La tète, après avoir reçu l’enclume par sa face postérieure, porte sa masse à l’opposite, c’est-à-dire en avant. Cette masse est ovale dans le cahiai et le cochon d'Inde, pointue dans le lapin et le rat. Le manche du paresseux est comme dans les rongeurs. La tète ressemble à celle du marteau de l’homme. Le fourmilier ne diffère du paresseux que parce que le col est plus mince, et le pangolin, que parce qu’il y est très -court.
Dans tous ces animaux, à compter des rongeurs la petite apophyse interne ou postérieure du col est presque nulle. Elle se relrouve bien marquée dans le cochon et les ruminants , dont l’osselet ressemble beaucoup à celui des carnassiers. [ Dans l'éléphant, elle est peu marquée, et le manche est un cône presque cylindrique. Dans le cheval, le manche est très-comprimé et les apophyses trèscourtes.]
Le phoque a le manche comprimé : le col court, sans presque d’apophyse antérieure; la tête légèrement aplatie, et circulaire d’avaut en arrière.
Dans le dauphin, il n’y a point démanché ; mais le tympan a la forme d’un entonnoir allongé, et sa pointe vient se fixer au bas du col, qui est comme tronqué obliquement. L’apophyse antérieure est longue et arquée. Les facettes pour l’articulation de l’enclume sont dirigées non tout à fait en arrière, mais un peu en dessus, à cause de la position du labyrinthe en dessus de la caisse. Le marteau de la baleine est tout semblable, mais du double plus grand.
2° L’enclume
Présente beaucoup moins de différences que le
TREIZIÈME LEÇON. — ORGANE DE L’OÜIE
marteau. Dans tous les mammifères, ces deux os s’articulent ensemble par un ginglyme très-serre, composé au moins de deux faces, et le plus souvent de quatre; de manière que chaque os a une convexité croisée par une concavité : la principale différence des enclumes des diverses espèces consiste dans la longueur et la grosseur respectives de leurs deux apophyses.
Dans {'homme, la supérieure, attachée à l’os de la caisse par un ligament, est plus grosse et plus courte que l’inférieure, qui s’articule avec l’étrier par le moyen de l’os lenticulaire ; celle-ci est arquée, de manière que sa convexité regarde en dehors. Elles font ensemble un angle presque droit. C’est la même chose dans l’ orang-outang .
Dans les autres singes de l’ancien continent, l’apophyse supérieure devient plusgrêle. Elleégale presque l’autre en longueur dans les sapajous. En général, dans les singes, la rainure articulaire devient plus profonde.
Les deux apophyses sont grêles et presque égales dans le chat ; le chien les a comme l’homme. Les belettes, les loutres, les phoques, ont la supérieure fort courte. L’enclume de la taupe est singulière. Sou apophyse inférieure ou stapcdienne est très-courte et menue ; l’autre est trèsgrande, oblongue, et creusée en arrière comme une cuiller. 11 serait possible qu’elle logeât un muscle.
Les lièvres, les rats ont l’apophyse stapédienne très-longue, et l’autre presque nulle. Elles se rapprochent plus de l’égalité dans les cabiais. [Dans les kanguroos, l'apopbyse stapédienne a deux fois la longueur de l’autre.]
Elles sont presque égales, et font un angle obtus dans le paresseux, l'èlêphunt , le cheval et le boeuf.
C’est la supérieure qui est la plus grêle dans le mouton .
Elles se dirigent toutes deux vers le haut dans
le dauphin.
go L’osselet lenticulaire,
Malgré sa petitesse, présente aussi des différences ; mais elles sont trop minutieuses pour que nous nous y arrêtions.
4° L’étrier
Diffère par l’écartement et la courbure de ses branches, par la grandeur du vide qui est entre elles, et par la forme de sa platine.
Dans l'homme, par exemple, les branches sont arquées, et la platine demi-ovale. Chez les singes de l’ancien continent, il diffère très-peu de celui
(i) C’est dans ces branches cartilagineuses que plusieurs anatomistes ont cru reconnaître presque toutes
de l’homme. Dans les sapajous, les branches sont presque droites, et la platine en ellipse étroite. Aucun animal n’a les branches plus arquées et plus écartées à proportion que la taupe, dont la platine est une ellipse très-allongée et très-étroite. Dans tous les animaux, la branche postérieure est plus grosse que l’antérieure. Dans les cétacés, il y a, au lieu de deux branches, un corps solide, conique, comprimé, et percé seulement d’un très-petit trou. Celte partie de l’étrier représente dans le lamantin un cylindre qui aurait été tordu; d’un côté, est une rainure oblique, et le trou a l’air d’une piqûre d’épingle. [Dans les kunguroos et les paresseux, l’étrier, d’une grande petitesse, n’est également percé que d’un très-petit trou. Dans le phoque il est entièrement solide. Dans le cheval, la platine n’est pas d’une 6gure régulière.
L’étrier diffère encore par l’épaisseur de la platine et l’état de sa face vestibulaire; dans quelques animaux, le lion, l 'éléphant, le lamantin, elle est convexe, et fait par conséquent saillie au dedans du vestibule ; dans quelques autres, les phoques, les dauphins, les baleines, elle est au contraire concave, en sorte que c’est alors le vestibule qui fait saillie en dedans de la caisse.]
B. Dans les oiseaux.
Les oiseaux n’ont qu’un seul osselet, composé de deux branches qui font un coude, La première est attachée au tympan même, depuisson bord postérieur inférieur jusqu’au sommet du cône saillant qu’il forme vers le dehors : ainsi sa direction est presque contraire à celle du manche du marteau, dont celle branche tient cependant la place. A l’endroit où elle se joint à la seconde partie, sont deux petites apophyses cartilagineuses, dont la postérieure se joint encore par sou extrémité libre à une troisième branche qui va regagner la première partie de l’os, et forme avec elle un triangle presque rectangle, dont les trois côtés sont attachés au tympan. L’autre partie de l’osselet, après avoir fait un angle aigu avec cetle première branche, s’cnfouce directement dans la caisse, sous forme d’une lige grêle, et, après s’être un peu évasée et quelquefois divisée en deux ou en quelques petits filets osseux, elle se termine par une platine ovale ou triangulaire, qui ferme la fenêtre vestibulaire, comme le fait l’étrier dans les mammifères. Il n’y a de différence d’un oiseau à l’autre que pour la grandeur de cet osselet, et pour la figure de sa platine; les petites branches adhérentes au tympan varient aussi par leurs inclinaisons et leurs grandeurs respectives,' mais d’une manière trop peu importante pour que nous la notions (1).
les parties des osselets des mammifères, mais en avouant cependant que les analogies sont quelquefois forcées.