‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 337 sur 367 · DE LA SENSATION DD GODT · texte numérisé non relu

DE LA SENSATION DD GODT

Après ce que nous avons dit des quatre sens précédents, il nous reste très-peu d’observations à faire sur celui du goût, qui est, de tous, celui qui s’éloigne le moins du toucher.

Les organes de ces deux sens sont même si semblables, qu’ils servent à s’expliquer mutuellement, et que l’on a eu recours à celui du goût pour se faire une idée des parties qui ne sont pas suffisamment développées pour nos yeux dans celui du toucher.

Ce qui parait caractériser spécialement l’organe du goût, c’est son tissu spongieux, qui lui permet de s’imbiber des substances liquides : aussi la langue ne peut-elle goûter que les substances liquides, ou susceptibles de le devenir lorsqu’elles se dissolvent dans la salive. Les corps insolubles n’ont aucune saveur ; ceux mêmes qui sont le plus sapides ne font aucune impression sur la langue lorsqu’elle est sèche, soit par maladie, soit parce que la salive, consommée par des mastications précédentes, n’a pas eu le temps de se renouveler.

La nature a richement pourvu à ce besoin d’une humidité continuelle. Dans tous les animaux qui ne vivent pas dans l’eau, des glandes nombreuses versent d’abondantes humeurs dans la bouche, ainsi que nous le verrons eu traitant de la mastication; l’abseuce de toute salive, la sécheresse absolue de la langue est un des plus cruels tourments que l’on puisse endurer.

Les corps semblent avoir d’autant plus de saveur qu’ils sont plus solubles : les sels sont, de tous,

(l) [ Le nautile flambé semble devoir faire une exception à ce qui est dit ici de l’absence d’un organe particulier pour l’odorat dans les mollusques. M. Valenciennes a décrit dans ce céphalopode ( Archives du muséum, II) un tentacule situé sous et un peu en avant de l’œil, qui a une ouverture recouverte par une papille, et dont la membrane interne forme une suite de replis disposés snr un axe médian comme tes barbes d’une plume. Cet organe reçoit du cerveau un nerf dont la grosseur annonce nn organe sensitif, et sa structure,

ceux qui en ont au plus haut degré; mais on sent aisément qu’il est impossible de rendre raison des diverses espèces de saveurs attachées à chaque corps, et que les explications fondées sur les figures que l’on suppose à leurs molécules élémentaires neseraient plus reçues aujourd’hui. Le changement qui a lieu dans le nerf est dû sans doute à l’action réciproque qui s’exerce entre le principe de chaque saveur et le fluide nerveux; mais la nature de cette action nous est encore inconnue, et ses rapports avec l’image qui en est la suite nous le seront nécessairement toujours.

Le sens du goût, dans un animal quelconque, est d’aulant plus parfait, 1° que les nerfs qui vont à sa langue sont plus considérables; 2° que les téguments de celle langue sont plus susceptibles de se laisser pénétrer par les liqueurs savoureuses ; 3° que la langue elle-même est plus flexible, et peut entourer par plus de faces, et serrer de plus près, le corps qu’elle veut goûter. C’est sous ces trois rapports que nous allons considérer les organes de ce sens dans les articles suivants.

ARTICLE II

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