‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 342 sur 367 · TÉGUMENTS DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

TÉGUMENTS DE LA LANGUE

l’épiderme, mais surtout le développement extraordinaire des papilles, qui, quoique paraissant, au fond, de même nature que celles de la peau, sont beaucoup plus grandes, plus serrées, et laissent mieux voir leur structure intime.

Toute la face supérieure de la langue, depuis la pointe jusque fort près de sa racine, est couverte de papilles appelées coniques, parce que c’est en effet leur figure ; elles sont serrées contint: les soies d’une brosse ; sur le milieu de la langue et vers su pointe, elles sont hautes et aiguës ; leur sommet se divise eu plusieurs pointes ou filets ; vers les côtés, elles se raccourcissent graduellement, et se réduisent à de simples tubercules mousses.

Parmi ces papilles, en sont éparses d’autres plus grandes, mais beaucoup moins nombreuses, dites en champignon, ou fongi formes ; elles sont portées par un pédicidc mince, et se terminent par une tête grosse et arrondie. Il y a en plus vers le bout de la langue que partout ailleurs.

Enfin, vers la base de cet organe, sont environ dix tubercules demi-sphériques, entourés chacun d’un bourrelet circulaire, et nommés à cause de cela papilles à calice ; elles sont disposées sur deux lignes qui représentent un V, dont la pointe est tournée vers le gosier.

L’espace situéentre la pointede ce V et l’épiglotte n’a point de papilles; mais la membrane en est rendue inégale par des glaudes qui sont dessous, et la plupart des éminences qu’on y remarque sont percées de trous qui laissent pénétrer dans la bouche les humeurs que ces glandes préparent. Le dessous de la langue n’a non plus aucune papille, et la peau n’en diffère point de celle du reste de la bouche.

La partie analogue aucorps muqueux est si mince sur la langue de l’homme, qu’on a peine à en reconnaître l’existence; mais elle est fort épaisse sur celle des quadrupèdes, où les palpilles qui la traversent la rendent parfaitement réticulaire.

B. Dans les mammifères.

La langue des mammifères présente les mêmes espèces de papilles que celle de l’homme : les différences consistent seulement dans la forme des papilles coniques, et dans la substance dont elles sont quelquefois armées, dans la grosseur et l’abondance des papilles fongiformes, et dans le nombre des papilles à calice et la figure que leur arrangement représente.

Dans les guenons, on ne voit d’autre différence d’avec la langue humaine que parce que les papilles à calice sont moins nombreuses. Le

bonnet chinois en a sept, disposées ainsi V ; le

macaque, quatre ; le cynocéphale et le mandrill n en ont que trois disposées en triangle . ;

on n’en trouve non plus que trois dans les sapajous qui se distinguent d’ailleurs par le peu de proéminence de leurs papilles coniques. [Dans le coaita, il y en a huit ; dans les makis cinq, disposées en arc de cercle, etc.]

Plusieurs chauves-souris ont des papilles coniques allongées et ressemblant presque à des poils. C’est surtout vers la partie postérieure de la langue qu’on en voit ; il y en a même sur les côtés de la bouche. Quelques espèces ont ces papilles dures comme de la corne : telle est la roussette , où celles du bout de la langue ont chacune plusieurs pointes. Il n’y a que trois papilles il calice trèsrapprochées sur la langue de ces animaux.

Le genre des chats a des téguments très-particuliers à la langue. Tous les bords de cet organe sont garnis de papilles coniques petites et molles, de papilles fongiformes semblables à celles de la plupart des animaux; mais toute la partie moyenne porte d’autres papilles de deux espèces : les unes sont arrondies, et représentent, lorsqu’elles ont un peu macéré, des faisceaux de filaments qui semblent être les dernières extrémités des nerfs gustatifs : les autres sont coniques, pointues, et revêtues chacune d’un étui de substance cornée , terminé en pointe ou en coin, et se recourbant en arrière. Ces étuis rendent celle langue très-rude, et font qu’elle écorche lorsqu’ils lèchenl. ils se laissent arracher aisément; iis ont alors l’air d autant de petits ongles. Les papilles en filaments et les pointes cornées sont placées alternativement et en quinconce, de façon qu’il y en a autant d une espèce que de l’autre. Il n’y a point de papilles fongiformes dans tout cet espace, où .je crois qu’elles sont remplacées par celles en faisceaux, comme les coniques le sont par celles à étuis cornés. La partie postérieure de la langue reprend la nature ordinaire des téguments. Les papilles à calice y sont plus petites à proportion que dans les autres genres, et disposées sur deux lignesqui se rapprochent en arrière. Dans le chat ordinaire, on voit quelquefois, sur les côtés en arrière, des papilles fongiformes pendantes au bout de très-longs pédicules. Los civettes ont une langue semblable à celle des chats.

Les sariguos ont aussi, à la partie moyenne et antérieure, des étuis ou écailles cornées, recourbées en arrière; mais elles se terminent en coins ou en tranchants arrondis. La pointe de leur langue a des dentelures en forme de frange ; il n’y a que trois glandes à calice. Les phalangers ont la langue douce , comme les autres carnassiers , chions , ours , martes, phoques , etc., qui tous ne diffèrent presque point de l’homme par cet organe, et ne diffèrent même entre eux que par le nombre de leurs papilles à calice.

II y en a cinq dans la marte, dix dans le raton, deux grandes et quelques-unes très-petites dans

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