‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 345 sur 367 · C. Dans les oiseaux · texte numérisé non relu

C. Dans les oiseaux

La langue a des papilles de formes diverses. Quelques-unes sont charnues, mousses et arrondies. D’autres sont recouvertes par des étuis cornés, tantôt coniques, tantôt cylindriques ; il y en a même d’osseuses et de cartilagineuses. Cette dernière espèce se trouve presque toujours à la partie postérieure de la langue, et dirigée en arrière, de manière à servir plutôt à la déglutition, en empêchant le retour des aliments lorsqu’ils sont portés dans l’arrière-bouche, qu’au sens du goût.

Dans les vautours, qui ont la langue arrondie en devant et cornée à son tiers extérieur, toute sa surface est lisse, excepté les bords, qui sont relevés comme pour former un canal, et dentés en scie : chaque dent est revêtue d’un étui cartilagineux dirigé en arrière.

Dans les faucons, la langue est plus épaisse, entièrement lisse au bord, et échancrée à ses deux extrémités.

Les oiseaux de proie nocturnes ont la langue charnue et garnie en arrière de papilles coniques molles, dirigées vers le gosier.

Dans les perroquets la langue est très-épaisse, charnue, arrondie en devant. On y observe quelques papilles vraiment fongiformes, surtout à la partie postérieure.

Celle des toucans est étroite et garnie, de chaque côté, de soies cornées longues et serrées qui la font ressembler à une plume.

Le genre des pics et des torcols a la longue formée de deux parties. L’une antérieure, protractile, longue, lisse, pointue antérieurement, où elle est revêtue d’une gaine cornée et garnie sur ses bords de quatre ou cinq épines roides dirigées en arrière, et qui font de cette langue une espèce d’hameçon ou de flèche barbelée. L’autre partie de la langue est lâche, et sert de gaine à l’os hyoïde et à ses cornes lorsque la langue s'allonge. Sa surface est hérissée de petites épines dirigées en arrière. Chacune de ces épines paraît implantée dans le centre d’un mamelon charnu. L’ouverture de la glotte est comprise dans cette partie lâche de la langue.

Les gallinacés ont la langue pointue, cartilagineuse, en forme de fer de flèche, lisse à sa surface sans aucune espèce de papilles, celles de l’arrière-langue exceptées.

Celle de l’ autruche n’en a également aucune; elle est en forme de demi-lune, large et si courte, que plusieurs auteurs ont cru qu’elle n’existait pas : sa base est un repli de la peau qui tient lieu des pointes qu’ont les autres oiseaux.

Les geais , les étourneaux et le plus grand nombre des passereaux ont la langue semblable à celle des gallinacés ; mais dans plusieurs genres , la pointe en est fendue plus ou moins profondément, ou divisée en plusieurs petites soies, ou comme déchirée. Les naturalistes ayant tiré de là les caractères de quelques - uns de leurs genres , on peut les consulter. On voit aussi un léger sillon qui règne dans toute la longueur de. sa partie moyenne.

Le genre des canards, dont la langue est charnue, aplatie et large, présente beaucoup de variétés pour la disposition des papilles.

Dans le cygne, elle forme dans sa partie moyenne un sillon profond. La partie antérieure est recouverte à sa surface d’une couche épaisse de poils roides et serrés, dirigés sur les côtés. Plus en arrière et vers la partie moyenne le long du sillon, il y a deux rangées de plaques ou lames osseuses, dont la base est épaisse et le bord tranchant, libre, dirigé en arrière. Plus postérieurement sont des papilles coniques en forme de poils courts et roides, dirigées aussi en arrière. Deux autres sillons latéraux séparent les poils d’une nouvelle rangée de lames osseuses, semblables â celles de la partie moyenne, mais augmentant de largeur à mesure qu’elles approchent de la base de la langue.

Le bord de cette langue est en outre garni de poils roides, longs, parallèles , très-rapprochés et formant comme les dents d’un peigne.

Vers le tiers postérieur, la langue est comme partagée par un tubercule considérable à surface rugueuse sans papilles.

Derrière ce tubercule, la surface est hérissée de papilles, charnues, longues , dirigées en arrière.

QUINZIÈME LEÇON. — ORGANE DU GOUT

Des sillous profonds, en forme de x italique, les séparent les unes des autres.

La surface de la langue des autres espèces de canards varie beaucoup. Le cravant a aussi deux rangées de lames osseuses. Dans le canard siffleur , il n’y en a que sur les bords du tiers postérieur.

Presque toutes les espèces ont les villosités roides et dirigées sur les côtés. Dans la double macreuse , elles dépassent de beaucoup les bords de la langue.

Dans l'aider (anas mollissima ), la pointe de la langue porte un petit appendice arrondi, plat et corné. Les villosités antérieures sont plus courtes, et le reste de la surface est presque lisse.

Dans lesoiseaux de rivage, la langue, qui est en triangle plus ou moins allongé ou eu flèche, est généralement lisse et aplatie.

L 'outarde, dont la forme de la langue approche de celle des oiseaux de rivage, en diffère cependant en ce que ses bords sont garnis de papilles cornées, longues, roides. Les deux dernières sont très-larges, tranchantes et comme osseuses.

D. Dans les reptiles.

La langue de la tortue est garnie en dessus de papilles uniformes coniques, longues, molles, serrées, qui la font ressembler à un velours.

Dans le crocodile , elles sont très-courtes, et représentent plutôt des rides légères que des papilles; elles forment, au contraire, un velouté bien marqué dans les iguanes et les stellions. La langue du caméléon est garnie de rides transverses, profondes, serrées et très-régulières. Dans les lézards à langue extensible et fourchue , et dans les serpents , cet organe est singulièrement lisse , et comme corné vers ses pointes.

Les salamandres l'ont muni d’un velouté fin comme les iguanes ; mais dans les grenouilles et dans les crapauds , la surface en est absolument lisse à l’œil, et toujours muqueuse.

Il n’y a dans aucun reptile deux espèces de papilles, ni glandes à calice.

E. Dans les poissons.

La peau qui est appliquée sur les os qui soutiennent la langue des poissons ressemble à celle du reste de la bouche, et elle ne présente point à l’œil des papilles plus développées. Les seules différences que l’on puisse remarquer tiennent aux dents dont ces langues sont armées dans certaines espèces, et que nous décrirons en traitant de la mastication.

C’est aussi là que nous nous réservons de décrire les langues ou les organes qui les remplacent dans les animaux sans vertèbres.

ARTICLE IV

DE LA DISTRIBUTION DES NERFS DANS L’iNTERtEUR DE LA LANGUE.

Le sens du goût diffère de ceux de la vue, de l’ouïe et de l’odorat, et ressemble à celui du toucher, en ce qu’il n’y a point de paire de nerfs qui y soit employée dans son entier. La langue reçoit des branches de trois paires différentes dans les animaux à sang chaud, et d’une seulement (à ce qu’il nous a paru) dans les poissons; mais elles ne sont pas toutes employées à la sensation. Celles qui viennent du glosso-phargngien et du grand hypoglosse ne paraissent se distribuer qu’aux muscles et aux glandes, ainsi que nous l’avons déjà vu page 488 ; du moins les filets du glosso-pbaryngien, que l’on a vus aller aux papilles à calice, ne sont-ils pas pour sûr destinés au sens du goût, puisque nous ignorons si ces papilles en jouissent; et les filets du même nerf qu’on a cru voir aboutira d’autres papilles paraissentavoir été peu considérables.

C’est le nerf trifacial, ou de la cinquième paire, qui donne des branches à tous les organes des sens, qui paraît seul recevoir les impressions de celui du goût, par le rameau lingual du maxillaire inférieur, décrit pag. 478 et suivantes ; car c’est le seul qui se distribue aux téguments, dans lesquels il est évident que la sensation a lieu, et c’est le seul dont la ligature, la section, ou la compression cause l’anéantissement du sens.

Telle est du moins l’opinion reçue aujourd’hui par les physiologistes : il nous semble cependant que les anastomoses de la cinquième et de la neuvième paire sont si nombreuses dans toute l’étendue de la langue, qu’il est difficile de dire laquelle a le plus de part à la formation des filets qui vont aux papilles. Ce sont les papilles fongiformes qui reçoivent tous ceux de ces filets qui sont assez gros pour être suivis à l’œil nu ; et cette circonstance, jointe à celle de la dureté qu’ont les papilles coniques dans certains animaux, nous porte à croire que les fongiformes sont le siège principal du goût.

[Cette question des fonctions de chacun des nerfs qui se distribuent à la langue, encore bien obscure au moment où M. Cuvier la résumait comme on vient de le voir, a dû être débattue de nouveau, depuis les travaux de M. Ch. Rell ; et il est permis de conclure des expériences multipliéesdont cette partie de la névrologie a été l’objet, que chacune des trois paires de nerfs a une fonction bien déterminée ; que le nerf hypoglosse est exclusivement destiné aux mouvements de la langue; que les filets linguaux du glosso-pharyngien président à la sensation du goût dans la portion postérieure de la langue où ils se distribuent seuls, et que le nerf lingual préside à la même sensation vers

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