ARTICLE TROISIÈME. — DE LA CAVITÉ DD TRONC
est en général plus flexible que celui de l’homme, le sternum a toujours un os entre deux paires de côtes, de manière que chaque paire s’articule entre deux os du sternum, et il y a de plus un os en avant, et un en arrière; ces os sont généralement simples, et je les ai trouves tels, même dans de jeunes embryons.
Quelquefois, cependant, on voit aussi une partie divisée en deux, mais irrégulièrement; c est ce que j’ai vu dans un fœtus d’ours.
Le sternum du pongo et de l’orang est large. Dans tous les autres quadrumanes il est étroit et de sept à huit pièces.
Les chauve-souris et les taupes, qui ont un égal besoin, quoique pour des buis différents, de muscles pectoraux 'vigoureux, ont à leur sternum une crête saillante qui lui donne un léger rapport avec celui des oiseaux. Le premier os des chauvesouris est toujours élargi latéralement pour donner attache à leurs grandes clavicules.
Dans les roussettes, le premier et le second os ont des crêtes verticales; celle du premier a même deux pointes saillantes et comprimées; le second os porte quatre côtes.
Dans les phyllostomes et les noctilions, il n’y a qu’une pointe et au premier os seulement.
Les vespert ilions n’ont qu’une crête peu élevée.
Dans la taupe, c’est le premier os qui esL très grand et comprimé en soc de charrue. A son extrémité antérieure pointue s’articulent les deux grosses et courtes clavicules; plus en arrière la première côte y a également sa jonction : à la seconde pièce, s’articule la seconde côte; il y a ensuite trois pièces étroites de forme ordinaire dont la troisième porte deux paires de cotes; puis une très pet il e avec encore une paire, et le xyphoïde, qui est étroit et a longé.
Dans la chrysochlore, celte première pièce, également comprimée, mais moins haute, porte à sa moitié antérieure en dessus deux petites ailes qui la rendent concave et auxquelles s’articulent les deux premières côtes, qui sont extrêmement larges ; les clavicules longues et grêles s’attachent à sa pointe antérieure; il y a ensuite sept pièces oblongues et un xyphoïde alongé terminé par une dilatation cartilagineuse semi-lunaire.
Dans les carnassiers, toutes les pièces sont à peu près cylindriques; elles sont généralement au nombre de huit ; mais on n’en trouve que six dans les marsupiaux.
Les rongeurs en ont six ou sept, et chez ceux qui portent une clavicule, la première pièce est plus large que les autres.
Dans les paresseux, le premier os du sternum est triangulaire; sa pointe se dirige en avant, pour porter les clavicules; ses angles portent les pi entières côtes; il est suivi de huit ou dix petits dont les derniers, courts et ronds, se placent assez
irrégulièrement; il n’y a pas de prolongation xyphoïdienne.
Les fourmiliers, les pangolins, les oryctéropes et les tatous, ont le premier os très large, anguleux; dans le tamanoir il est échancré en avant. Dans le tatou il est octogone, et à ses angles antérieures se voient deux petites apophyses où s’attache le ligament des clavicules; viennent ensuite des nombres de petits os variables selon ceux des vraies côtes, huit ou neuf dons les fourmiliers, cinq ou six dans les oryctéropes et les tatous, et toujours suivis d’un os xyphoïde plus ou moins alongé.
[Dans le tamanoir et le tamandua, les pièces moyennes offrent ceci de particulier qu’elles ont, pour ainsi dire, deux corps superposés, l’un supérieur plus large et. ressemblant presque au corps d’une vertèbre, d’autant mieux que dans le jeune âge, à chacune de ses extrémités se trouve une plaque épiphysaire ; l’autre inférieur plus petit, h surface inférieure quadrangulaire, et pouvant, s’il était percé, représenter l’apophyse épineuse, pour ceux qui voient dans le sternum une épine ventrale opposée à l’épine dorsale. Chacun de ces corps donne de chaque côté une facette antérieure et une postérieure, pour rattache de la côLe sternale qui offre deux têles articulaires, comme la côte dorsale. Le xyphoïde du pangolin est remarquablement long et divisé longitudinalement. Celui du pbatagtn se bifurque à son extrémité et se termine par deux filets cartilagineux qui se prolongent jusqu’auprès du bassin. ]
Dans les monotrèmes, le premier os a la forme d’un T dont les deux branches vont s’appuyer à une apophyse du bord de l’omoplate; les clavicules se collent le long de sa traverse en avant et s’y soudent avec l’âge, en sorte que j’ai pris pendant quelque temps ce premier os lui-même pour une clavicule analogue à la fourchette des oiseaux; mais c’est au contraire à l’os unique et également en T ou en flèche du sternum des lézards qu’il faut le comparer; le deuxième os est très large et divisé longitudinalement en deux pendant lejenne âge, puis il en vient trois ou quatre impairs, et enfin un xyphoïde pointu. Le premier et le second os ont cela de particulier qu’il s’y articule des pièces appartenantes à la partie coracoïdienne de l’épaule, comme nous le verrons plus tard.
Toutes ces dispositions montrent une tendance à se rapprocher de ce qui s'observe dans les sauriens.
[Le sternum des pachydermes est en général comprimé antérieurement et déprimé postérieurement; et la première pièce est fort avancée audelà de la première côte et tranchante comme le bréchet du sternum des oiseaux, tandis que la dernière est large et aplatie. Les pièces intermédiaires tendent plus ou moins à se rapprocher de la forme des deux pièces extrêmes.
Celui des ruminants est également aplati en arrière; mais la première pièce est cylindrique et ne dépasse pas la première côte, et la dernière se termine plus ou moins en pointe. Dans les chameaux, la partie postérieure du sternum est extrêmement épaisse et large; elle présente une hase étendue à la callosité de la poitrine.
Ce sont les cétacés qui ont le sternum le plus court. Il est ordinairement, chez les dauphins, de quatre pièces et chez les haleines d’une seule; mais ces pièces sont larges et conservent souvent les traces d'une division latérale, surtout la première, qui a presque toujours un angle antérieur extrêmement saillant. Celte division se remarque également sur la deuxième et la troisième pièce du dauphin du Gange. ]
B. Dans les oiseaux.
Le sternum des oiseaux est extraordinairement grand et large, comme il convenait, qu’il fût pour donner attache aux musclesqu’exige le vol. I! protège en dessous non seulement le thorax, mais une grande partie de l’abdomen. Sa forme approche plus ou moins de celle d’un bouclier rectangulaire; il a peu d’épaisseur, sa face interne ou supérieure est concave, l’externe convexe, et dans presque tous, celle-ci porte sur la ligne moyenne une crête élevée, plus haute en avant, s’abaissant graduellement en arrière, comparable à une quille de navire , mais bien plus saillante et qui ne masque qu’à des oiseaux qui ne volent point du tout comme Vautruche, le touyou et le casoar. Près du bord antérieur est de chaque côté une rainure un peu oblique qui reçoit l’extrémité postérieure des coracoïdiens, et entre deux une petite apophyse plus ou moins saillante dite épi-sternale; plus en dehors, ce bord forme avec le bord latéral un angle saillant plus ou moins aigu : le bord postérieur plus mince a le plus souvent des trous ou des échancrures remplis seulement par des membranes; les oiseaux qui volent très bien, ou qui planent très long-temps, les aigles, les martinets, les colibris, les oiseaux do tempête, sont presque les seuls qui l’aient tout entier.
A la moitié antérieure des bords latéraux du sternum s’articulent les côtes sternales, c’est-àdire, les os qui dans les oiseaux tiennent lieu de cartilage aux côtes vraies.
Vers l’angle antérieur externe, en dehors et en arrière de l’articulation claviculaire, la surface du sternum a une région légèrement enfoncée pour le muscle coracoïdien, cl il en part une ligne légèrement saillante qui va obliquement vers l'arrière de la quille et cerne l’attache du muscle dit moyen pectoral.
Une chose singulière et qui renverserait à elle seule la prétendue loi de l’unité de composition,
ET DES MUSCLES DU TRONC
c’est que celle du sternum des oiseaux est de deux sortes très différentes. Une famille (les gallinacés) l’a d’abord composé de cinq os; un impair auquel appartient la crête, et dont l'ossification marche à la fois vers l’avant et vers l’arrière ; deux pairs antérieurs de lorme triangulaire, auxquels s’articulent les côtes et dont l’ossification va de dehors en dedans, et deux pairs postérieurs en forme de fourche dont les deux branches s’ossifient d’avant en arrière. Ce n’est qu’assez tard que ces cinq pièces se soudent en une seule, qui conserve toujours de chaque côté deux larges et profondes échancrures. Dans les autres oiseaux, le sternum n’a le plus souvent que deux pièces dont l’ossification commence vers les angles latéraux antérieurs et s’avance vers le milieu et vers l’arrière, gagne la crête, l’occupe, et va entourer les trous ou les échancrures du bord postérieur, lorsqu’il doit y en avoir. Dans quelques-uns cependant, il y a aussi une Iroisièmepièce impaire qui commence à la base de la quille; je l’ai observée dans les geais, les pies.
Il faut remarquer que dans tous les oiseaux le sternum a déjà en cartilage toutes les formes, les trous et les échancrures qu’il doit conserver après son ossification. Il y en a même, .tels que les cygnes, les canards, où il demeure entièrement cartilagineux assez long-temps après la naissance, et où les deux centres d’ossification ne se montrent que tard et ne l’envahissent que lentement; l’ossification y contourne par degrés les trous voisins des angles postérieurs sans y former jamais plusieurs noyaux. Pour retrouver le prétendu nombre normal de neuf pièces, et en supposant que celui de cinq existe toujours, on a voulu compter l'épistersal pour deux, et on a pris pour les deux autres deux petites productions cartilagineuses du bord postérieur dans le pic; mais ces petites productions qui existent sous d>autres formes dans beaucoup d’oiseaux, s’y ossifient par continuation; c’est aussi ce que fait toujours l’épisternal qui, d’ailleurs, bien que souvent fourchu, n’est jamais divisé en deux.
La largeur du sternum, la saillie de sa crête surtout en avant, l’absence de trous et d’échancrures en arrière correspondent à une grande puissance de vol : les circonstances contraires, peu de largeur, de grandeséchancrurcs, une crête peu marquée ou nulle, marquent aussi des qualités contraires. On avait cru un moment que les caractères de cette pièce pourraient être en rapport avec les familles naturelles des oiseaux : cela ne s’est pas vérifié, et néanmoins dans certains cas ils donnent des indications utiles sur les affinités des genres. C’est ce que l’on peut voir en détail dans la dissertation de M. Lhcrminier, rédigée en partie sur les collections quej’avais préparées depuis long-temps pour le présent article.
ARTICLE TROISIÈME
Les oiseaux de proie diurnes ont le sternum grand, la crête saillante, l’épisternal petit. Tous ces caractères sc remarquent surtout dans nos aigles, qui de plus ont l'cpislernal tronqué, et le bord postérieur plein et sans trou, si ce n est c ans la jeunesse, où l’on en voit de petits ; le en ni mer geyer a le sternum plus court, et plus ^|uc i tuais également plein ; sa crête est moins sai ante. Elle l’est encore moins dans les vautours, et leur sternum, très grand, conserve à tout âge de grands trous ovales près des angles postérieurs, tes faucons, les autours et éperviers ont aussi ces trous, mais plus petits, et leur épisLernal est pointu ; leur crête est fort saillante.
Je ne vois point de trous à la bondrée. Ils sont très petits et s’effacent même promptement dans les milans. Les buses et les busards en ont ; leur épisternal est un peu tronqué. Dans le secrétaire, le sternum est entier et se termine un peu en pointe en arrière. Sa quille s’évase en s’unissant au corps; elle est fort saillante ; la fourchette s’articule au milieu de son bord antérieur par une lame comprimée. Il n’y a point d’épisternal.
Tous les oiseaux de proie nocturnes, très différents en cela des diurnes, ont au bord postérieur quatre échancrures obtuses qui entament d’un tiers ou d’un quart la longueur du sternum; leur épisternal est très court.
Dans les passereaux ordinaires, pies-grièches, merles, bec-fins, moineaux , corbeaux , oiseaux de paradis et genres intermédiaires, le sternum a en arrière, près «le chaque angle, une échancrure triangulaire plus ou moins grande et qui subsiste toujours, et son apophyse épisternale est fourchue. Les grimpereaux et souituangas onllob mêmes caractères.
Le martinet n’a ni échancrure, ni épisternal; certains engoulevents ( Vantericanus , Wils.) sont de même : mais la plupart ont une échancrure peu profonde. Tous manquent d’épisternal. Les oiseaux mouches etlcscoèjârôsont aussiun sternum plein, rétréci en avant, arrondi en arrière et sans épisternal. Leur carène est extrêmement saillante.
Les huppes et promérop» ont les échancrures îles passereaux; mais leur épisternal est comprimé et pointu.
Le rollier a le même épisternal que les huppes, mais son sternum est plus large et a en arrière quatre échancrures, comme les chouettes.
Il en est de même dans les lodiers, les martinspêcheurs, les guêpiers , h quelques différences près dans les proportions ; l’échancrure externe est la plus grande.
Les calaos n’ont qu’un feston rentrant, ou échancrure obtuse, peu profonde, et à peine une crête 'égère pour épisternal.
bes différences sont plus grandes encore parmi
les grimpeurs.