‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 69 sur 367 · ARTICLE SIXIÈME. — DES OS DE L’AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME. — DES OS DE L’AVANT-BRAS

ARTICLE VI

DES OS DE I.’aVAKT-URAS.

L’avant-bras, comme nous l’avons dit, est composé de deux os qui s’articulent par ginglyme avec l’humérus, et dont l’un, le radius ou os du rayon, est antérieur et porte en grande partie la main, et l’autre, le cubitus ou os du coude , est postérieur, et sert principalement d arrêt à l’articulation de l’humérus, et quelquefois d’axe au radius : ce second os porte également une partie de la main.

L os du coude, plus gros vers l’humérus, a une cavité semi-circulaire, dite sygmoïde , qui reçoit la poulie de l’humérus sur laquelle elle est comme moulée. Son bord postérieur est formé par l 'olécrane; l’antérieur, plus saillant, par l’apophyse coronoïde.

Le plan dans lequel se fait le mouvement est dans l’axe du cubitus, et non dans celui de l’humérus, a cause de l’obliquité de la poulie; en sorte que dans la flexion, l’extrémité inférieure du cubitus est rapprochée du corps.

Cette extrémité est moins grosse que l’autre ; elle a une petite tête à face plate, à bord externe rond et saillant, à bord interne présentant une apophyse styloïde.

L’os du rayon a une tête ronde, h face articulaire légèrement cave, répondant à l’apophyse externe, ou petite tête de l'humérus, et pouvant s’y mouvoir comme le cubitus sur la poulie. Mais cette tête peut encore tourner sur son centre : cela est iacilité par une fossette articulaire du bord externe de l’apophyse coronoïde du cubitus sur laquelle appuie le bord cylindrique de la tête du radius. La tète inférieure, qui est beaucoup plus large, surtout en dehors, a une facette semblable qui appuie sur le bord externe de la tête inférieure du cubitus; et comme le bord opposé de celte tête intérieure du radius est plus éloigné de l’axe de mouvement, lorsque la tête supérieure tourne sur son centre, ce bord décrit un cercle autour de la petite tête du cubitus, et entraîne avec lui la main, qui tourne alors sur l’os semi-lunaire, lequel pose sur cette petite tête du cubitus, comme une porte sur son gond.

De là les mouvements de supination, lorsque le radius tait le bord externe de l’avant-bras et que la paume de la main est tournée en avant, et de pronation, lorsque le radius fait le bord interne de l’avant-bras, et que la paume de la main regarde en arrière.

Les ligaments qui unissent à l’humérus et entre

eux les os de l’avant-bras, sont de plusieurs sortes : il y a d’abord autant de capsules articulaires que de facettes correspondantes; ensuite il y a, sur les côtés du coude, deux ligaments. L’un vient du condyle externe, et se porte à l'apophyse coronoïde; et l’autre, venant de l’épitrochlée, se fixe au ligament capsulaire du rayon. Quant aux deux os de l’avant-bras, ils sont maintenus en situation par le ligament inter-osseux, qui du bord cubital du rayon se porte au bord radial du cubitus, et par un petit ligament oblique, qui du petit tubercule de l’olécrâne sc porte obliquement à la tubérosité du radius.

B. Dans les mammif ères.

Dans les singes, les os sont arrangés de même, excepté que, dans quelques-uns, comme les magots, les guenons , le cynocéphale, les mandrills, l’apophyse coronoïde du cubitus est plus étroite et sa facette radiale est plus profonde. Dans les sapajous, en général, ou remarque un trou dont la ligne saillante interne de l’humérus est percée. Leur cubitus est plus comprimé.

L’articulation de l’avant-bras des pédimanes ressemble à celle des sapajous.

Les chauves-souris et le galéopithèque n’ont, point de cubitus, ou au moins n'en ont qu’un rudiment, qui a la forme d’un filet grêle, placé au-dessous du radius, qui demeure distinct jusque vers le quart inférieur. Il résulte de là, que ces animaux n’ont point les mouvements de pronation et de supination.

Dans les carnivores, l’olécrànc est comprimé et prolongé plus en arrière que dans l’homme. La poulie n’est plus concave en avant, parce que la facette radiale, en grandissant avec la tête du radius, a trop entamé l’apophyse coronoïde.

Dans les chiens, la tète du radius a une cavité pour la petite tête de l’humérus, et une saillie pour le sillon qui la sépare de la partie antérieure de la poulie. La rotation du radius devient par là obscure. Le bord postérieur de l’échancrure sigmoïde entre dans le trou dont le fond de la cavité postérieure de l’humérus est percée. La saillie de la ligne âpre extérieure est plus considérable. L’interne a un trou comme dans les sapajous.

Malgré la brièveté de ces os dans le phoque, leur art iculation est la même.

Il en est de même dans quelques rongeurs, comme le paca, Vagouti , le castor (ce dernier a la ligne âpre externe très saillante) ; dans d’autres, comme le cabiai, le lièvre , le rat, l’apophyse coronoïde du cubitus est presque effacée; et on ne voit que le radius à la partie antérieure de l’articulation. Sa tête forme un ginglyme aussi serré que dans les ruminants, ayant une cavité pour la

petite tête de l’humérus, et une saillie pour la portion antérieure de la poulie.

La marmotte, le porc-épic, etc., tiennent une espèce de milieu par la petitesse de leur apophyse coronoïde : il n’y a point de trou à la ligne âpre interne de 1 humérus dans le dernier de ces animaux.

La gerboise a ses apophyses comme les singes. [Dans les didelphes, l'articulation permet très bien le mouvement de rotation, la tète du radius étant presque aussi ronde que celle des singes.

Dans les kanguroos et les phascohmcs, la tète inférieure de l’humérus se rapproche de celle des fouisseurs; elle est très large, et son élargissement finit subitement et se termine par une pointe dirigée en haut. Le cubitus et le radius des kanguroos sont grêles, et d’un tiers plus longs que 1 humérus; le mouvement de rotation a également lieu.

I. héla ni;/ s a la tête supérieure de son radius aussi ronde que celle de l'homme; viennent ensuite le porc-épic, Vttrson, l 'at/e-aye, la marmotte, le castor, dans lesquels elle devient déplus en plus ûblongue.

Dans les paresseux, l’articulation de l’humérus est en portion de poulie pour le cubitus et en portion de sphère pour le radius ; aussi la tète supérieure de ce dernier os est tout à fait ronde; il n’y a presque point d’olécrâne.

Dans les fourmiliers, l’olécrâne, élargi à son bord interne par un angle saillant, est au contraire très fort; mais la tête du radius est comme celle des paresseux, presque aussi ronde que dans l 'homme et dans les singes, en sorte qu’il doit pouvoir tourner complètement. Il n’en est pas de meme dans les tatous et les pangolins ; leur articulation s’y fait en ginglyme. C’est peut-être dans les tatous que l’olécrâne est le plus saillant.

Dans les monotrèmes , la conformation de l'olécrâne a beaucoup de rapport avec celle de la chrysochlore. La tète supérieure du radius de l’ornithorinque permet le mouvement de pronalion, mais non celui de supination; une saillie qu’elle porte extérieurement vient s’appuyer sur le cubitus et empêche tout mouvement dans ce sens. On retrouve encore celle saillie dans Yéchidné, mais moins prononcée : elle s'articule d’ailleurs par une facette avec le cubitus.]

Des pachydermes (comme le rhinocéros, le cochon, le tapir) ont le radius entièrement antérieur, et le cubitus postérieur; ils font ensemble un seul mouvement de ginglyme dans une poulie. La petite tetc de 1 humérus est tout à tait effacée par en bas; le radius est au bord interne, et le cubitus au bord externe de l’avant-bras. Quoique ces os soient distincts, il n’y a plus du tout de rotation possible.

Dans l'éléphant, la partie antérieure de la cavité sigmoïde, ou l'apophyse coronoïde, se partage eu

DU MEMBRE PECTORAL

deux saillies à facettes concaves tournant sur les bords saillants d’une poulie unique. Entre elles est la tête du radius : elle est petite et appuie sur la saillie externe et sur le canal moyen de cette poulie; car, comme elle estoblongue, elle ne peut y tourner. La partie inférieure du radius se porte au côté interne; ainsi le bras est toujours en pronation. La tête inférieure du cubitus est plus grande que celle du radius ; ce qui est unique parmi les mammifères.

Dans les animaux qui suivent, le cubitus n’est plus qu’un appendice immobile du radius et sa cavité sigmoïde une continuation de la facette articulaire de la tète du radius, qui ne décrit surune poulie unique qu’un mouvement de ginglyme.

Le cubitus est soudé au radius dans presque toute sa longueur, chez les ruminants. On ne l’en distingue que par un sillon qui laisse cependant une fente en haut et en bas dans la giraffe, les cerfs et quelques gazelles; en haut seulement, dans les caches et moulons; nulle part dans le chameau et le dromadaire.

On voit dans les solipèdes un sillon et une fente en haut.

Les pachydermes, les ruminants et les solipèdes ont la tête inférieure du radius compriméed’avant en arrière, et le dos de la main toujours tourné en avant.

On voit par cette série de conformations, quel» rotation de la main devient d’autant plus difficile que l’animal s’en sert moins pour la préhension’ et qu’il emploie plus exclusivement son extrémité antérieure pour la station et la marche. En effet, ces derniers usages exigeaient une pronalion constante et line fermeté qui était incompatible avec la possibilité de la supination.

C’est par une raison semblable que les chauves-souris et les oiseaux sont privés de cette rotation. Si leur main et leur radius avaient pu tourner, la résistance de l’air aurait produit ce mouvement à chaque coup d’aile, en aurait rendu le plan vertical, et le vol eût été impossible.

Voyons maintenant quelques animaux dont la structure n’a pu entrer dans l’aperçu général que nous venons de présenter.

Dans la taupe, la position de l’humérus est telle que sa tête inférieure est la plus élevée, en sorte que, quoique l’avant-bras soit dans un état moyen entre la pronation et la supination, le coude se trouve en l’air, le radius et le pouce en dessous et la paume tournée en dehors. Chaque condyle à une apophyse en forme de crochet regardant vers l’épaule. L’olécrâne est très prolongé, terminé par une lame transverse. Le cubitus est comprimé en lame longitudinale. Un ligament très fort unit l’aponévrose palmaire et le poignet au condyle interne. Le bord de la tête du radius se prolongeant sous la petite tète de l’humérus, clic parait

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