MAUX
Déjà l’on a pu juger par l’article précédent, que ce qui est commun à chaque genre d’organes, considéré dans tous les animaux, se réduit à trèspeu de chose, et que les organes affectés au même emploi ne se ressemblent souvent que par l’effet qu’ils produisent. On a dû en êlre frappé surtout à l’égard de la respiration, qui s’opère dans les différentes classes par des organes si variés que leur structure ne présente aucun point de ressemblance, et qu’ils n’ont de commun que le rapprochement de la molécule de l’élément ambiant avec celle du fluide nourricier. Les degrés divers do ces différences, dans les organes de même genre, sont précisément l’objet de l’anatomie comparée.
C’est par leur appréciation qu’elle arrive, nonseulement à expliquer la nature et les propriétés spéciales de chaque animal, objet des recherches qu’elle se propose dans ses rapports avec l’histoire naturelle, mais encore à déterminer ce qui ne diffère point, et par conséquent ce qui est essentiel à chaque fonction, résultat définitif de ces mêmes recherches, dans ses rapports avec la physiologie.
L’exposé rapide que nous allons faire des principales de ces différences, sera donc pour ainsi dire, le plan général de ce cours.
Les organes du mouvement nous présentent d’abord deux grandes différences dans leur position respective : tantôt les os forment un squelette
PREMIÈRE LEÇON
intérieur, articulé, recouvert par les muscles; tantôt il n’y a point d’os intérieurs, mais seulement des écailles ou des coquilles qui recouvrent la peau, au dedans de laquelle sont les muscles ; ou bien enfin il n’y a aucune partie dure qui puisse servir de levier ou de point d’appui dans les mouvements.
Les animaux qui sont dans le premier cas ont tous le corps soutenu dans son milieu, par une colonne formée de plusieurs pièces osseuses, empilées les unes sur les autres , et nommée épine du dos, ou colonne vertébrale : aussi portent-ils le nom d'animaux vertébrés; ce sont les mammifères, les oiseaux , les reptiles et les poissons.
Les animaux sans vertèbres, ou sont entièrement mous et sans aucune partie dure, comme les mollusques nus, les anuelides, les vers intestinaux, beaucoup de zoophytes; ou ont le corps et les membres enveloppés dans des pièces écailleuses articulées les unes sur les autres, comme les crustacés, les insectes, et même certains zoopbytes, tels que les astéries; ou bien sont enfermés dans des coquilles, comme les testacés; ou bien enfin, ils ont une base pierreuse ou cornée autour de laquelle ils se développent, comme les lithophytes, etc.
C’est ensuite par le plus ou le moins de développement de certaines parties, que les animaux de ces diverses classes deviennent susceptibles des diverses sortes de mouvements; des surfaces étendues qui peuvent choquer l’air les mettent en état de voler; des membres longs, repliés, s’étendant avec vigueur et rapidité, leur donnent la faculté de sauter; ils marchent sur des membres dont les flexions ctles extensions sont moins violentes, etc. Toutes ces différences et leurs effets, sont la partie de l’anatomie comparée qui se laisse le plus aisément rapprocher des sciences mathématiques.
Les organes des sensations présentent plusieurs sortes de différences : les unes ont rapport à la partie interne du système nerveux, les autres aux sens extérieurs. Les premières montrent quatre modifications principales : celle des animaux qui n’ont point de système nerveux apparent, et dans lesquels on ne découvre ni vaisseaux ni nerfs, ou, lorsqu’on aperçoit des traces de ce système nerveux, il se trouve réduit h un simple anneau œsophagien, d’où parlcntau moins deux cordons longitudinaux, sans aucun ganglion : ce sont les zoopbytes ou les polypes ; celle des animaux dans lesquels il n’y a qu’un cerveau au dessus ducanal alimentaire, sans moelle épinière, et dont le reste du système nerveux consiste en ganglions et en filets diversement liés, mais contenus dans la même cavité que les autres viscères : ce sont les mollusques ; celle des animaux où le cerveau, placé comme dans les précédents, produit deux longs filets, qui, après avoir entouré l’œsophage, marchent accolés l’un
ÉCONOMIE ANIMALE
<’i l’autre, le long du ventre, et s’unissent d’espace en espace par des doubles ganglions d’où partent les nerfs : ce sont les crustacés, les insectes, les annelides, les arachnides, en un mot, les animaux articulés; enfin celle des animaux qui ont un cerveau et une moelle épinière du côté du dos, audessus du tube alimentaire, et renfermés dans un canal formé par la colonne vertébrale; ce sont tous les animaux vertébrés. Les racines de leurs nerfs paraissent de deux sortes, les unes non soumises à la volonté, les autres y obéissant; mais dans le plus grand nombre des nerfs ces deux sortes de racines se mêlent et les troncs qui en naissent sont composés des unes et des autres : les premières cependant concourent à la formation d’un grand nert, qui marche de chaque côté dans la cavité des viscères, et qui est uniquement consacré aux organes des fonctions vitales.
Il ne parait pas que cette séparation des trois ordres d’emploi du système nerveux, en volontaires, sensitifs et vitaux, ait lieu dans les trois premières modifications : c’est, comme toutes les autres divisions de fonctions, un indice de supériorité dans les animaux où elle existe.
Les différences dans les sens extérieurs concernent leur nombre, ou le degré de perfection de chacun d’eux.
Tous les animaux vertébrés ont les mêmes sens que l’homme.
La vue manque auxzoophytes, à la plupart des vers intestinaux, à divers annelides, à plusieurs larves d’insectes, aux mollusques acéphales. L’ouie, ou du moins des organes apparents d’audition, ne se retrouvent que dans un petit nombre de mollusques et dans certains crustacés; cependant les insectes ne sont pas dépourvus delà faculté d’ouïr.
Les trois autres sens, et surtout le toucher et le goût, ne paraissent jamais manquer.
Mais chacun de ces sens peut varier beaucoup par son énergie et par le degré de complication de ses organes. La perfection du toucher, par exemple, dépend de la délicatesse des téguments extérieurs, de l’abondance de leurs nerfs, des appendices mobiles sur lesquels ils se prolongent, et de la division des extrémités qui exercent plus particulièrement ce sens, en s’appliquant d’une manière plus ou moins exacte au corps que l’animal veut connaitre. C’est surtout dans le nombre, la mobilité des doigts et la petitesse des ongles, que l’anatomiste trouve des différences importantes, et dont il peut apprécier les effets.
Les yeux peuvent être plus ou moins mobiles, plus ou moins couverts, plus ou moins nombreux; leur composition intérieure, le diamètre de leurs diverses parties, peuvent admettre plus ou moins de rayons de lumière, ou les rendre capables de s’adapter avec plus ou moins de précision à la vivacité de ces rayons ou à la distauce des objets